| Environnement
et développement dans les régions côtières et les petites îles |
CSI info 7
DÉVELOPPEMENT DURABLE AUX SEYCHELLES : LE RÔLE DE L'EDUCATION
Michèle Martin, représentant le ministère de l'éducation des Seychelles
Il est beaucoup question, depuis quatre ans, aux Seychelles, du développement durable des régions côtières et de leur gestion intégrée. Parmi les personnes qui ont participé à toute une série d'ateliers nationaux et régionaux consacrés à ce sujet - parfois sans liens entre eux - se trouvaient des représentants du monde de l'éducation. L'une des conclusions évidentes de ces manife s t ations est la certitude que l'éducation doit jouer un rôle essentiel dans le développement d'une société qui soit en mesure de mener une existence durable dans les zones côtières.
En tant qu'archipel composé de petites îles, la majeure partie du territoire des Seychelles peut être considérée comme côtière, et la plupart des activités humaines ont un impact direct sur le milieu côtier. Pour prendre un exemple, à mesu re que de nouvelles routes et de nouveaux lotissements d'habitation s'ouvrent sur les hauteurs, la pluie entraîne des particules de terre rouge qui vontre couvrir les herbiers marins et les récifs coralliens. Le lessivage des pesticides et des engrais utilisés en agriculture finit sa course dans la mer. Des eaux usées provenant de fosses septiques défectueuses dans les habitations des collines et du littoral s'infiltrent dans les rivières et s'écoulent dans la mer. La plupart des installations industrielles se trouvent sur la côte : leurs effluents constituent un risque potentiel pour tout ce qui vit sur le littoral et en mer. La décharge de Mahé, la grande île, se trouve sur des terrains gagnés sur la mer (corail compacté) où le filtrat s'enfonce dans les eaux environnantes. Toute action d'éducation relative à l'environnement, visant à résoudre ces problèmes, pourrait avoir un effet positif sur le développement durable des régions côtières.
D epuis le début des années 80, le ministère de l'éducation des Seychelles accorde une large place à l'environnement dans le programme scolaire national - primaire et secondaire. Depuis, les élèves seychellois étudient la mer et la côte par le biais de disciplines aussi diverses que la science, l'anglais, le dessin, le français, le créole et la géographie. Tout récemment, le ministère de l'éducation a adopté une politique d'éducation relative à l'environnement, soulignant sa volonté de soutenir davantage son développement, depuis la crèche jusqu'à l'université. En 1997, un ensemble de directives a défini un certain nombre d'objectifs à intégrer dans le curriculum national en matière d'environnement. Le milieu marin y tient une très grande place. Un nouveau module sur les milieux côtiers est en préparation pour le programme scientifique des écoles primaires ; un autre est prévu pour la géographie dans les collèges et les lycées.
La stratégie du ministère de l'éducation pour assurer une meilleure place à l'éducation relative à l'environnement (EE) dans l'enseignement passe par la formation des enseignants avant et pendant l'exercice de leurs fonctions. Depuis 1993, de petits ateliers sur différents aspects de l'EE ont été proposés, chaque année, à des enseignants du primaire, du secondaire et des écoles professionnelles. En outre, l'Ecole normale locale a créé en 1994, à l'intention des futurs enseignants, un module facultatif sur l'EE qui est très apprécié. Ces actions visent à les familiariser avec l'environnement local, ses problèmes et son écologie, à leur impartir une expérience personnelle grâce à des excursions suivies de travaux pratiques.
Cependant, certaines difficultés empêchent actuellement les écoles de donner aux étudiants toutes les occasions de participer activement à des projets de développement durable des régions côtières, dans le cadre de leurs cours normaux. C'est plutôt par le moyen d'activités complémentaires et extra-scolaires que les élèves s'initient activement à la protection du milieu côtier et marin.
Chaque année, par exemple, le ministère du tourisme des Seychelles s'associe à des centres de plongée et au ministère de l'éducation pour organiser un festival de photographie sous-marine, le SUBIOS. Le programme comporte, pour les écoliers, des concours de dessin et de libre rédaction qui, en cours d'année, font l'objet de travaux complémentaires pour les professeurs de dessin et d'anglais. Cette fête populaire est une excellente occasion pour les élèves et les enseignants de s'appliquer à mieux connaître les zones côtières. De plus, des conférenciers (spécialistes de la photo sous-marine et de la biologie marine, de renommée internationale) sont invités à faire des exposés dans les écoles sur une large gamme de sujets liés au milieu marin.
Une ONG locale, les Clubs d'observation de la nature des Seychelles (WCS), s'efforce, en étroite collaboration avec le ministère de l'éducation, de coordonner dans les écoles un réseau de clubs concernant l' environnement et l'observation de la nature. Le WCS organise des stages pour faire connaître aux responsables des clubs la flore et la faune locales, ainsi que les problèmes de protection. Bon nombre de ces clubs se consacrent à des activités relevant du développement durable des régions côtières, telles que l'observation de la nature sur les côtes, la visite d'habitats côtiers, la plantation d'arbres sur le littoral, les excursions dans des parcs marins, le nettoyage des plages etc. En juin 1998, pour célébrer l'Année de l'océan, tous les clubs d'observation de la nature se sont unis pour défiler dans la capitale afin de faire avancer la cause de la protection des océans et de la vie marine. Plus récemment, des clubs ont organisé et produit un spectacle populaire centré sur la protection du milieu marin. A l'heure actuelle, le WCS rédige un ouv rage destiné aux enfants, leur proposant de nombreuses activités à faire à la maison/à l'école et à l' extérieur, pour mieux connaître l'environnement marin et participer à sa protection.
Le ministère de l'éducation collabore par ailleurs avec la Division de l'environnement (DOE) qui est chargée de coordonner les actions de sensibilisation du grand public à l'environnement. En collaboration avec les médias (télévision, radio, presse), la DOE produit régulièrement des articles et des émissions de télévision et de radio qui ont souvent trait au développement des régions côtières ainsi qu'à des initiatives lancées par les écoles dans ce domaine.
Dans l'ensemble, la situation aux Seychelles est favorable aux actions d'éducation relative à l'environnement, notamment dans les écoles et les collèges, où il existe désormais un réseau d'enseignants motivés et enthousiastes. La collaboration étroite entre le ministère de l'éducation et les clubs d'observation de la nature, ainsi que la Division de l'environnement des Seychelles, donne des résultats satisfaisants : nous assistons à la montée d'une génération de jeunes bien informés et prenant leurs responsabilités à l'égard de la durabilité, y compris celle de la mise en valeur des régions côtières.
Il reste cependant des efforts à faire pour poursuivre le développement et lancer de nouvelles initiatives, notamment pour renforcer notre coopération avec d'autres petits Etats insulaires. Nous espérons que notre participation à l'atelier de Maputo, au Mozambique, sur le Développement intégré et durable des régions côtières - rôle de l'éducation et de la communication, nous aidera à établir de nouveaux contacts avec d'autres personnes et d'autres organisations : nous pourrions ainsi ensemble approfondir nos connaissances et partager notre expérience.