| Environnement
et développement dans les régions côtières et les petites îles |
CSI info 7
EDUCATION ET DÉVELOPPEMENT DURABLE DES RÉGIONS CÔTIÈRES
Eunice A. C. Okeke, Université du Nigeria, Nsukka, Nigeria
INTRODUCTION
En exposant ma vision du rôle de l'éducation dans le développement durable des régions côtières, je limiterai mes réflexions au littoral du Nigeria et je m'appuierai, dans une large mesure, sur les résultats de l'étude d'environnement de 1997 concernant le delta du Niger. Mais je voudrais auparavant passer en revue les notions de développement durable des régions côtières, et celle d'éducation, afin de dégager les liens qui les unissent.
NOTIONS DE BASE
La définition du développement varie selon la qualité de son auteur. Pour l'économiste l'accent porte surtout sur l'accroissement du produit national brut. Le spécialiste de science politique souligne la démocratie et la stabilité gouvernementales. L'éducateur se concentre sur l'exploitation et l'utilisation des ressources humaines. Mais, de manière générale, le développement signifie simplement la mobilisation et l'utilisation du potentiel en ressources humaines et matérielles d'une communauté, ou d'une nation, permettant d'accroître sa productivité, ainsi que la répartition équitable des biens en vue d'améliorer la qualité de vie de la population. En tout état de cause, l'accent ou l'objectif porte sur une bonne qualité de vie qui se caractérise, entre autres, par :
Ces éléments servent souvent d'indicateurs pour distinguer les nations "développées" des nations "en développement". Le Nigeria fait partie de ces dernières.
On a assorti le terme "développement" de l'épithète "durable" afin de souligner le fait que certaines formes de développement peuvent ne pas être durables. Le développement durable désigne un type de développement qui, tout en exploitant et en utilisant les ressources, ne détruit pas les fondements écologiques sur les-quels il repose. La notion de développement durable contient celle de rationalité de la production, et de son usage en toute conscience de l'avenir. Le développement durable des régions côtières s'applique donc à la mise en valeur de nos côtes de façon à maintenir leur base écologique, tout en faisant usage et en tirant profit de leurs vastes ressources.
Eduquer quelqu'un, c'est l'aider à acquérir des connaissances, un savoir-faire et une attitude permettant de mener une vie satisfaisante dans la société d'aujourd'hui et de demain. Le mode d'éducation peut ne pas être institutionnel - lorsque le contenu n'en est ni organisé ni codifié - ou bien il peut l'être, lorsqu'un plan d'études, des conditions et une durée sont prescrits, comme c'est le cas de notre système scolaire. Il est non systématique lorsque seuls ses objectifs sont préétablis et que les conditions et les modalités restent souples afin de s'adapter à la situation de ceux à qui il s'adresse - des adultes, en général. Cette dernière formule est celle qu'adoptent le plus souvent les programmes d'éducation pour adultes destinés à mettre à jour le savoir-faire et les connaissances ou à modifier les comportements. Il faut absolument faire cette distinction entre enseignement et éducation pour comprendre les diverses méthodes d'éducation à utiliser pour obtenir un développement durable des régions côtières. Mais quels sont les problèmes de développement des régions côtières les plus fréquents ?
PROBLÈMES DE DÉVELOPPEMENT DES RÉGIONS CÔTIÈRES
Partout dans le monde, les régions côtières ont une géographie commune. Les conditions du milieu et les problèmes de développement sont semblables, à savoir : un système écologique relativement stable et équilibré, brusquement modifié et déstabilisé, en raison essentiellement des activités humaines.
La région côtière du Nigeria, surtout près du delta du Niger et du Bénoué, ainsi que sur le reste du rivage maritime, connaît de sérieux problèmes de développement qui menacent sa durabilité. Les habitants y vivent de la pêche et de l'agriculture, vendent leurs produits et contribuent ainsi à la sécurité alimentaire et au développement économique de la nation. Mais les activités liées au développement de la région, notamment l'industrie pétrolière et les usines dont elle a suscité l'installation, ont provoqué des difficultés d'une ampleur considérable. Le simple citoyen peut ainsi observer plusieurs modifications écologiques :
Ces préoccupations, associées à d'autres difficultés socio-économiques, ont poussé le gouvernement, les sociétés pétrolières, les communautés des régions pétrolifères et d'autres parties concernées à organiser l'Enquête sur l'environnement du delta du Niger (NDES). Elle avait pour mandat de "rechercher les causes historiques de l'évolution écologique et socio-économique et de proposer des correctifs... afin d'améliorer la qualité de vie pour les habitants et de contribuer au développement durable de la région". Publiées en 1997, ses conclusions recensaient les quatorze grands problèmes environnementaux suivants :
Ces problèmes peuvent être classés en trois catégories : d'origine naturelle, provoqués par le développement ou bien socio-économiques. Parmi les premiers se trouvent l'érosion et l'inondation des berges des rivières côtières, la sédimentation et l'envasement, l'invasion de plantes telles que les jacinthes d'eau. L'éducation permettra d'informer le public sur la nature de ces phénomènes, d'expliquer comment ils se développent, de montrer comment y faire face et quelle attitude adopter à leur égard. Ce sujet devrait figurer au programme de l'enseignement scolaire et de l'éducation des adultes. Une fois les gens correctement informés de la croissance et des effets des jacinthes d'eau, par exemple, ils seront moins effrayés et seront plus à même de trouver les moyens de combattre leur invasion. Il est possible d'intéresser le public à faire des recherches sur ce genre de phénomène par l'éducation et la sensibilisation.
Dans la catégorie des problèmes liés au développement, on trouve la dégradation des terres et la baisse de fertilité des sols, la déperdition de réserves forestières, la diminution de la biodiversité - notamment celle des poissons - les déversements accidentels de pétrole et la présence des torchères, le rejet des égouts et des déchets dans l'eau. Du fait que ces problèmes sont provoqués par le développement, leur origine s'explique par l'ignorance et l'analphabétisme, et parfois l'égoïsme de ceux qui les ont provoqués. C' est pourquoi des programmes d'éducation soigneusement élaborés s'adresseront à des jeunes et des adultes, sous forme d'enseignement ou de formation extra-scolaire et fourniront les moyens de mettre en lumière les causes des problèmes et les moyens de les gérer et de les prévenir. Un sujet tel que "l'industrie pétrolière et notre environnement " exposera les activités des compagnies pétrolières, les avantages économiques et les problèmes d'environnement qui en résultent.
Il est nécessaire de mettre sur pied un programme éducatif englobant le développement durable des régions côtières, qui apportera au public les connaissances et le savoir-faire approprié, et montrera l'attitude à adopter pour y parvenir. A cet égard, le Projet 2000+ "Science et technologie : éducation pour tous" est pertinent. Ce projet encourage à imaginer et à utiliser toutes sortes de procédés et de possibilités susceptibles de mener, dans le cadre scolaire et extra-scolaire, à un développement équilibré et durable. Lors d'un atelier de formation/de rédaction sur le Projet 2000+ pour l'Afrique, récemment tenu à Accra, au Ghana, les questions ayant trait à l'environnement tenaient une bonne place dans les documents recommandés au premier cycle des collèges comme lectures complémentaires. Pour tout dire, l'éducation a un grand rôle à jouer dans le développement des régions côtières, si elle compose et impose un programme d'enseignement qui inclue l'éducation relative à l'environnement côtier.
Le document NDES met également en lumière certaines retombées socio-économiques des activités du développement des régions côtières. Il s'agit, entre autres, du chômage, de la misère, des conflits d'intérêt, du déclin des valeurs sociales, de la non-participation de la communauté à la prise des grandes décisions. Il est facile de résoudre ces problèmes en ouvrant largement aux jeunes les portes de l'instruction et de la formation. L'éducation de la population est le plus important de tous les investissements. En éliminant l'illétrisme l' éducation aidera les jeunes à trouver des emplois, à sortir de la misère, à accéder à la classe des décideurs, à réduire ou à gérer les conflits, à rechercher la mise en application ou la production de lois et de règlements.
La participation de la communauté, indispensable au développement et à la gestion rationnels des côtes, deviendra réalité lors que celle-ci aura atteint une masse critique d'hommes et de femmes instruits qui comprennent les complexités du développement.
L'INITIATIVE DU NIGERIA POUR L'ÉDUCATION RELATIVE À L'ENVIRONNEMENT
Après avoir créé, en 1992, l'Agence fédérale de protection de l'environnent (FEPA) -dont le mandat élargi couvre aussi désormais la préservation des ressources naturelles et de la diversité biologique - le gouvernement s'efforce d'inculquer aux gens, par le biais de l'éducation, des connaissances et des pratiques rationnelles. Il a chargé le Conseil nigérian de l'éducation, de la recherche et du développement de mettre au point un programme de cours sur l'environnement à l'intention des écoles. Le document du projet s'engage à "aider le gouvernement à créer les structures institutionnelles et à mettre en application ses politiques d'enseignement relatif à l'environnement qui façonneront des citoyens conscients de l'environnement et dotés de suffisamment de pouvoirs pour traiter convenablement ses problèmes, tels que le développement durable". Un programme d'éducation relative à l'environnement destiné au premier cycle du secondaire a été rédigé et approuvé par le Conseil national de l'éducation.
Le programme est délibérément axé sur une méthode d'"infiltration" : les thèmes ayant trait à l'environnement ont été "infiltrés" dans les cours d'anglais, les cours sur la vie sociale, la santé, la science et l'agriculture. Ils relèvent de cinq domaines : bases écologiques, environnement/développement humain, évolution du milieu/impact sur le milieu et enfin développement durable.
Il est prévu, si l'innovation réussit son décollage, de l'étendre à d'autres secteurs de l'enseignement. Cependant, certaines universités et Ecoles préparatoires du Nigeria proposent déjà des cours d'éducation de gestion relative à l'environnement/à la gestion, au niveau du premier cycle, alors que d'autres universités ont même des programmes de deuxième et de troisième cycle consacrés à l'environnement. C'est au sein de ces derniers programmes que sera mis l'accent sur le développement durable des régions côtières.
Du côté de l'éducation extra-scolaire, on relève peu de possibilités d'actions déterminantes pour influencer les gens à changer d'attitude à l'égard du développement durable. Il est urgent d'entreprendre des campagnes de sensibilisation du public, utilisant tous les moyens possibles pour atteindre le développement durable des régions côtières.
Mettre au point un programme de cours ou planifier des interventions est une chose ; réussir à les mettre en pratique, en est une autre. Il existe souvent des obstacles et des difficultés.
PROBLÈMES DE MISE EN PRATIQUE DES PROGRAMMES D'ÉDUCATION RELATIVE À L'ENVIRONNEMENT
L'enseignement relatif à l'environnement exige l'emploi d'un grand nombre de moyens, qui ne visent pas seulement à faire passer des connaissances mais aussi à modifier l'attitude et le comportement du sujet à l'égard de l'environnement. Les méthodes qui ont donné de bons résultats sont des méthodes pratiques et interactives, telles que les discussions de groupe, les excursions, les débats et jeux de rôle, les manifestations, les projets et les travaux pratiques - d'analyse de la qualité de l'eau, par exemple - les expositions de photos et de dessins, les projections audiovisuelles.
SOLUTIONS
En premier lieu, nous avons besoin d'une coopération renforcée entre les systèmes éducatifs des différents pays africains, et avec les organismes internationaux compétents. La Commission d'enseignement de la biologie, organe de l'Union internationale des sciences biologiques (UISB), a réalisé et continue de réaliser des travaux sur l'éducation, le contenu des programmes scolaires et l'enseignement relatifs à l'environnement. Un programme d'enseignement soigneusement élaboré servira la cause du développement durable en sensibilisant le public, en l'informant, en diffusant les connaissances, en renforçant les capacités et le pouvoir de prendre des décisions, en modifiant les attitudes et la faculté de résoudre les problèmes.
En second lieu, il nous faut élaborer des programmes d'études appropriées sur l'éducation relative à l'environnement, à tous les niveaux. Et nous devons y ménager une place aux connaissances autochtones.