Environnement et développement
dans les régions côtières et les petites îles
  
SECTION I  Partie A

PRÉSENTATIONS DES PROJETS PILOTES

CSI info 10

INTÉGRER LES SCIENCES NATURELLES ET SOCIALES

QUATTENDENT LES SPÉCIALISTES EN SCIENCES NATURELLES DE LEURS HOMOLOGUES EN SCIENCES SOCIALES (ET VICE-VERSA) ?
LE CAS DE LESTUAIRE DU RÍO DE LA PLATA, URUGUAY

J. Calvo
, Facultad de Ciencias Sociales, Universidad de la República, Montevideo, Uruguay

AU SUJET DU PROJET ECOPLATA

Le programme EcoPlata a vu le jour en 1989 lors de la signature d’un Accord général de développement en coopération entre les gouvernements canadien et uruguayen. Un programme de recherche, dénommé EcoPlata, est devenu opérationnel en juillet 1994 avec pour objectif principal, de comprendre les effets de l’interaction entre facteurs environnementaux et humains dans une zone importante du littoral uruguayen. Un objectif secondaire était de renforcer et le développer les ressources humaines dans les communautés scientifiques et les communautés de pêcheurs afin de prévenir l’épuisement des ressources naturelles.

“ Le Río de La Plata, situé sur la côte Est de l’Amérique du Sud, couvre une superficie de près de 38800 km2 et draine un bassin versant d’environ 3170000 km2 (le deuxième du continent)”1. Ce bassin versant recoupe en partie les territoires de cinq pays et n’est dépassé en taille que par le bassin de l’Amazone. Les changements naturels et anthropiques dans le bassin versant et leur interaction avec la mer environnante peuvent potentiellement altérer les caractéristiques les plus significatives de l’estuaire, et par conséquent la vie de plus de dix millions d’habitants de la zone.

Cette région a connu récemment un ensemble de changements radicaux inscrits dans le contexte global de l’ouverture locale et de la libéralisation économique. À un niveau plus local, un processus régulier d’intégration économique se traduit par la naissance de l’union économique MERCOSUR (Marché économique commun du cône méridional) qui regroupe les deux principaux pays d’Amérique latine, l’Argentine et le Brésil, et leurs deux autres partenaires, l’Uruguay et le Paraguay, de moindre poids économique et démographique.

D’importants projets d’investissement dans les infrastructures sont associés à ce processus d’intégration, en particulier la construction d’un pont sur le Río de la Plata qui reliera les villes de Buenos Aires (Argentine) et Colonia (Uruguay), un port en eau profonde sur la côte Atlantique de l’Uruguay, la construction de l’autoroute Buenos Aires – São Paulo (Brésil), un accroissement du développement urbain sur les deux rives du fleuve ; un projet pour faciliter l’accès du trafic maritime en amont du fleuve (Hidrovia). MERCOSUR s’accompagne d’une augmentation du trafic maritime et ainsi des risques potentiels de pollution intermittente ou accidentelle. Le développement du tourisme et les problèmes du traitement des déchets qui l’accompagne sont aussi de sérieuses menaces. L’importante biodiversité qui caractérise ces zones côtières et les plans d’eau des environs est menacée par les utilisations non-durables de la zone. Dans la zone de gestion, les problèmes prioritaires à aborder dans le cadre d’une première approche sont :

INCORPORER LES SCIENCES SOCIALES DANS UN PROJET BIO-OCÉANOGRAPHIQUE

Les premières phases du projet EcoPlata (EcoPlata I et II) ont essentiellement été consacrées à la biologie marine et à l’océanographie. En juillet 1998, les institutions participantes2 se sont engagées dans une phase nouvelle : “Aide à la gestion intégrée de la zone côtière du Río de La Plata” (GIZC), à laquelle se sont intégrés des spécialistes en sciences sociales. La pratique de la GIZC nécessite des informations provenant à la fois du domaine des sciences naturelles et de celui des sciences sociales, un processus de prise de décision ouvert et participatif associé à une capacité à résoudre des conflits, de même qu’une communication adéquate avec ceux qui sont impliqués au niveau public et privé.

Au cours de la première approche, de juillet à novembre 1998, le projet EcoPlata s’est concentré sur l’évaluation-diagnostic des zones côtières propices au développement de programmes pilotes en GIZC. Le Département des sciences sociales de l’Université de la République a étudié les facteurs socio-démographiques et socio-économiques. Ce diagnostic a été réalisé à l’aide d’indicateurs reliant population et environnement, basés sur des données issues de recensements et d’entretiens approfondis. Ceci a permis de mettre en lumière des informations concernant l’intérêt et la disposition des populations à participer à la GIZC.

CONFLITS INTER-INSTITUTIONNELS

Le bilan d’ensemble, après un an de collaboration entre spécialistes des sciences naturelles et leurs homologues des sciences sociales, est à la fois positif et prometteur. Un dialogue multidisciplinaire productif s’est mis en place. Cependant, des problèmes majeurs liés à la dimension inter-institutionnelle sont apparus :

  1. Diversité institutionnelle
    Les institutions participantes proviennent de pays différents, ont des objectifs divers, des structures organisationnelles différentes ainsi que des relations de degré variable avec le pouvoir politique. Par exemple, l’Université de la République est autonome vis-à-vis de l’État alors que le SOHMA est un service qui dépend de l’armée.

  2. Conflits entre recherche et gestion
    L’idée que la recherche et la gestion devraient travailler de concert était partagée par tous ; cependant, lorsqu’il a fallu mettre en place des projets et des interventions concrets, les conflits recherche/gestion sont devenus évidents.

  3. Organisation structurelle
    Les diverses institutions participantes ont toutes des structures et des dispositions organisationnelles différentes. Ainsi, le fort degré d’autonomie des chercheurs de l’Université de la République dans la préparation et la présentation des projets n’était pas toujours compatible avec les méthodes administratives des autres institutions.

CONFLITS INTERDISCIPLINAIRES

La principale innovation mise en oeuvre au cours de la nouvelle phase du projet EcoPlata a été l’incorporation des spécialistes en sciences sociales qui sont venus avec leurs propres objectifs et activités. Ils considéraient leur incorporation au projet comme un indice positif du changement qui a ouvert de nouvelles voies pour la recherche et la gestion. Par contre, les spécialistes en sciences naturelles n’avaient pas clairement spécifié ce qu’ils attendaient de leurs homologues des sciences sociales et ne comprenaient pas leurs thèmes et leurs méthodes. Pour cette raison, “l’élément social” restait un champ flou qui demandait à être délimité. Voici quelques exemples :

  1. Quelques problèmes de langage:
    Bien que l’expression “effet anthropique” semblait être le slogan des spécialistes en sciences naturelles lorsqu’ils font référence aux problèmes socio-économiques du projet, aucun des spécialistes en sciences sociales impliqués dans EcoPlata ne semblait reconnaître dans cette expression un concept appartenant à leur domaine d’étude. Le processus qui s’ensuivit, à savoir la construction d’un “langage commun” qui permettrait une communication fluide entre membres des deux domaines, a été la principale pierre d’achoppement que les scientifiques concernés ont dû surmonter.

  2. Problèmes de budget (quand les sciences sociales ne sont pas aussi bon marché qu’on pourrait le penser): Par manque de connaissance des méthodes requises pour explorer les aspects socio-économiques du projet, les spécialistes des sciences naturelles semblent avoir sous-estimé les coûts associés à la recherche socio-démographique.

QUELQUES LEÇONS TIRÉES

Les exemples précédents pourraient s’avérer utiles dans le cadre d’une collaboration future. Les conflits entre les objectifs de la recherche et ceux de la gestion demeurent. Le dialogue entre les institutions est, cependant, meilleur maintenant qu’au début du projet, et ceci est le résultat de la création du Groupe Technique Inter-institutionnel (GTI)3 qui a servi à éviter certains des conflits entre gestion et recherche.

Les problèmes d’organisation ont finalement été résolus par un agent qui n’appartenait à aucune des institutions mais qui possédait assez de compétences techniques pour parvenir à faire fusionner les différentes propositions en une seule qui satisfasse toutes les parties. La leçon à tirer ici est que le Groupe technique inter-institutionnel devait avoir recours à un Coordinateur Général qui jouerait parfois le rôle d’arbitre, et qui, de préférence, serait un intervenant indépendant possédant un degré élevé d’autorité en matière politique et technique pour mettre en oeuvre les décisions administratives.

Une solution semblable a été trouvée afin de conforter la position des sciences sociales dans les phases d’élaboration du projet. Des agents extérieurs, qui n’appartenaient pas aux institutions concernées, et qui étaient au fait d’expériences similaires dans lesquelles la socio-économie avait contribué de manière bénéfique à un projet, ont été impliqués dans le projet.

Ces conflits, causés par l’absence d’un code commun de communication, ainsi que par le manque de connaissance des objectifs et des méthodes propres aux différentes disciplines, semblent évoluer vers une résolution positive. Des échanges horizontaux, des séminaires et des ateliers interdisciplinaires ont accru la compréhension entre les différents scientifiques. Ceci a contribué au développement d’un esprit d’équipe sain et les participants ont cessé de se considérer comme des membres de différents “clans” scientifiques ou institutionnels, mais bien plutôt comme faisant partie d’un projet en coopération.

RÉSUMÉ DES DÉBATS

La critique est valable aussi bien pour les spécialistes des sciences naturelles que pour ceux des sciences sociales. Le personnel des agences de gestion des ressources dans de nombreux pays est exclusivement composé de spécialistes des sciences naturelles. Ceux qui sont responsables de la gestion doivent être sensibilisés au besoin en expertise en sciences sociales. Après tout, la gestion des ressources naturelles n’est pas tant une gestion des ressources que celle des gens qui utilisent ces ressources. De l’autre côté, les spécialistes en sciences sociales, ignorent en grande partie le rôle que leurs sciences ont à jouer dans la gestion des ressources. Peu de spécialistes en sciences sociales travaillent sur des problèmes de ressources et quand ils sont invités à des réunions sur ces sujets, ils brillent par leur absence.

Adopter une perspective sous l’angle des sciences sociales peut éviter la tendance à présenter les résultats de projets en termes d’analyse coûts/bénéfices. Les résultats doivent en être productifs, mais non pas déconnectés des gens.

L’identification de buts communs entre institutions est un moyen de coordonner les activités entre scientifiques de différentes compétences, de sorte qu’ils abordent les problèmes dans une perspective complémentaire plutôt que sur le mode conflictuel. Les questions à aborder dans ce dialogue difficile incluent comment développer un langage commun, une communication réussie et des ressources humaines adéquates. Les personnes avec une formation interdisciplinaires font en général de très bon médiateurs.

Finalement, dans certains cas, notre compréhension scientifique des environnements côtiers pourrait tirer profit de la “sagesse” des communautés locales.

1. Lopez Laborde, J., « Geomorphology and Geology of Río de La Plata » in P.G. Wells and G.R. Daborn (1998) The Río de La Plata, en environmental overview (page 1), Dalhousie University.

2. Le projet EcoPlata est actuellement développé dans un cadre inter-institutionnel auquel participent les institutions suivantes : le Service océanographique, hydrographique et météorologique des armées (SOHMA), l’Institut national des pêches (INAPE), l’Administration nationale pour l’environnement (DINAMA), le Ministère du logement, du territoire et de l’environnement, l’École des sciences sociales de l’université de la république. Leur pendant canadien incorpore des scientifiques de l’université d’Acadie, l’université de Dalhousie, Environnement Canada, Pêches et océans Canada et le Service géologique. Le Centre international canadien pour la recherche et le développement (CICRD), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l’UNESCO par l’intermédiaire de son bureau de Montevideo et de son Unité pour les régions côtières et les petites îles (CSI) qui apportent aussi leur coopération aux aspects financiers et organisationnels du projet.

3. Un groupe Technique Inter-institutionnel (GTI) a une reunion hebdomadaireet fonctionne comme liaison technique entre les differentes institutions, servant aussi d’interface entre les techniciens et le Comite de Direction du projet.

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RÉCONCILIER LES DÉCIDEURS AVEC LES SCIENTIFIQUES ET LES AUTRES PRODUCTEURS DE SAVOIR

FOURNIR DES OUTILS DE GESTION DE LÉROSION DES PLAGES DANS LES ÎLES ORIENTALES DES CARAÏBES
G. Cambers, University of Puerto Rico, Sea Grant College Program, Mayagüez, Puerto Rico  

Un projet intitulé “Stabilité des côtes et des plages dans les Caraïbes” (COSALC) est en cours depuis 1985. Son but est de développer la capacité nationale des états des îles Caraïbes à mesurer, évaluer et gérer les ressources des plages dans le cadre d’une gestion intégrée de la zone côtière. Trois études de cas visant à réconcilier scientifiques et décideurs sont présentées sur Anguilla, la Grenade et Montserrat.

ÉTUDE DE CAS 1 :
DÉVELOPPEMENT DU LITTORAL À ANGUILLA

Pratique de gestion éclairée : promouvoir la protection des plages et la réduction de l’érosion côtière en installant les nouveaux bâtiments à une distance suffisante de la zone active de la plage.

Avant 1970 :
La plupart des constructions sont à l’intérieur des terres, éloignées de la plage en raison des risques d’inondation par la mer, de l’exposition aux embruns et de la présence de moustiques.
De 1980 à aujourd’hui :
Arrivée du tourisme et construction près de la plage et sur les dunes bordières.
1995 :
Passage de l’ouragan Luis, de 4ème catégorie ; dégâts importants des infrastructures côtières et sur l’environnement.
1996 :
Mise en place de nouvelles règles de construction en retrait du littoral à l’aide d’une nouvelle méthode intégrant étude des changements du trait de côte, de l’impact des ouragans, et de la montée du niveau marin. Incorporation des nouvelles règles de construction littorale en retrait dans un plan national d’aménagement (plan qui doit encore être approuvé par les responsables politiques).
1997 :  
Mise en oeuvre de nouvelles règles par l’Unité d’aménagement physique.
1997 à aujourd’hui :
Large campagne d’éducation et de sensibilisation par l’Unité d’aménagement physique. Succès du programme et de la campagne de sensibilisation indiqué par le fait qu’il y a eu moins de recours contre des décisions d’application de la règle de construction en retrait par rapport à la période d’avant 1995.

LEÇONS TIRÉES :

ÉTUDE DE CAS 2 :  
M
ATÉRIAUX DE CONSTRUCTION À MONTSERRAT

Pratique de gestion éclairée : réduire le recul du trait de côte et l’érosion des plages en empêchant le prélèvement de sable de plage et en faisant la promotion d’autres matériaux de construction.

19501979 :
Tout le sable de construction provient des plages ; passage graduel des maisons de bois aux maisons en ciment ; érosion des plages.  
1979 :  
Passage de l’ouragan David, érosion sévère pendant l’événement et aussi après, suite aux efforts de reconstruction après l’ouragan.
19801983 :
Réalisation d’études et préparation de plans pour contrôler le prélèvement de sable des plages.
19841989 :
Le prélèvement de sable de plage continue car la PGE n’est pas appliquée.
1989 :
Passage de l’ouragan Hugo, 70% des habitations détruites, une fois de plus importante érosion pendant et après l’ouragan.
19901992
Les
PGE sont de nouveau révisées.
19921993 :
Un nouveau gouvernement est formé et un nouveau concasseur à sable est obtenu.
19931995 :  
Les PGE sont mises en oeuvre en même temps qu’une importante campagne d’éducation et de sensibilisation ; des sources de sables pour la construction sont localisées à l’intérieur des terres ; l’extraction du sable sur les plages est contrôlée ; les plages commencent à se rétablir.
19951997 :
Crise volcanique, la moitié de la population fuit, l’autre moitié se déplace dans la partie nord de l’île considérée “sûre”. Du sable est récolté sur les plages pendant la crise car la carrière et le concasseur se trouve en zone “à risques”.
1995–1998 :
La PGE est mise en oeuvre de manière différente alors que Montserrat importe temporairement du sable pour la construction et étudie les possibilités d’utilisation des “nouveaux” dépôts volcaniques.

LEÇONS TIRÉES :

ÉTUDE DE CAS 3 :
M
ATÉRIAUX DE CONSTRUCTION À LA GRENADE

Pratique de gestion éclairée : changer les attitudes en matière de prélèvement de sable de plage.

19501998 :
Tout le sable de construction provient des plages ; passage graduel des maisons en bois aux maisons en ciment ; érosion des plages.
19851998 :
Les résultats du programme de suivi des plages montrent l’impact sur les plages du prélèvement de sable.
19941997 :
Plusieurs ateliers et rencontres sur le thème du prélèvement de sable de plage avec des représentants du gouvernement, des hommes politiques, des entrepreneurs et le public.
1997 :
Pendant un atelier, plusieurs représentants du gouvernement ont suggéré que les administrateurs et les hommes politiques connaissaient tout du problème, mais les préoccupations politiques divergent grandement des préoccupations environnementales. Il a été suggéré que ces problèmes et préoccupations soient mis sur la place publique de sorte que les électeurs puissent influencer les décisions prises par les élus.
1998 :
Ateliers de formation pour fournir aux personnes des agences environnementales et du réseau local de télédiffusion les compétences et l’équipement pour réaliser des court-métrages vidéo sur l’environnement, à diffuser fréquemment sur la station de télévision locale.

LEÇONS TIRÉES :

RÉCONCILIER LES DÉCIDEURS AVEC LA SCIENCE : RÉSUMÉ DES LEÇONS TIRÉES DES 3 ÉTUDES DE CAS

RÉSUMÉ DES DÉBATS 

Certains exemples d’expériences similaires de réponses à l’impact de l’érosion côtière/des risques naturels dans d’autres pays ont été donnés. En particulier, on a insisté sur les différents degrés d’existence et d’application des réglementations. Cependant, il a semblé que dans certains contextes, il ne fallait pas attendre que toutes les conditions politiques appropriées soient remplies. Il est préférable d’éduquer les communautés en matière de sensibilisation à l’érosion côtière. Dans certains cas, les gouvernements n’organisent pas un développement approprié dans les régions côtières fragiles, ils donnent un mauvais exemple en construisant dans des secteurs exposés et la population locale alors les imite. Il a été conclu qu’un manque de volonté politique constructive pourrait annihiler en une journée des années d’efforts de sensibilisation.  

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ÉTABLIR UN DIALOGUE ENTRE LES GESTIONNAIRES DE RESSOURCES ET LES COMMUNAUTÉS VIVANT DANS LES ZONES PROTÉGÉES

PARTAGER AUTORITÉ ET POUVOIR DE PRISE DE DÉCISION AVEC LES UTILISATEURS DES RESSOURCES : ASSOCIATIONS DE PÊCHEURS, GESTIONNAIRES MANDATÉS ET ZONES PROTÉGÉES EN JAMAÏQUE
P. Espeut, Fondation Caraïbe pour la gestion des zones côtières, Kingston, Jamaïque

Le contexte politique joue un rôle important dans le contexte de gestion. Le gouvernement jamaïcain a pris la sage décision d’instaurer la cogestion de ses zones protégées. Cependant, on a noté que toutes les pratiques n’étaient pas transférables.

La région de Portland Bight en Jamaïque est riche en ressources naturelles, en particulier par sa biodiversité floristique et faunistique, comme en témoignent les importantes zones de marais, à herbiers et à mangroves, le large plateau continental et un fort endémisme. Portland Bight est aussi un espace à usages multiples occasionnant de nombreux impacts :

La gestion des ressources naturelles doit être traitée comme une science sociale, et la cogestion adoptée comme philosophie opérationnelle : les approches hiérarchiques du haut vers le bas échouent et des approches plus transversales qui font intervenir différentes parties prenantes sont requises. Il faut développer des mécanismes tels que des conseils de cogestion pour les pêcheurs, les forestiers, les habitants, etc. ; de tels conseils devraient développer leurs propres statuts légaux et leurs propres modes de fonctionnement.

Le Conseil des pêcheurs en est un exemple. Comprenant 32 membres, il délivre les permis, détermine les frais d’accès et fixe les pratiques de pêche, y compris les réglementations et les amendes. Les amendes ont été les plus difficiles à négocier (jusqu’à $ 100 000 ou un an de prison). Les réglementations fixées ne sont pas encore des lois, mais des inspecteurs de la chasse et de la pêche ont été nommés – des pêcheurs qui font office de gardiens pour fixer les règles aux autres pêcheurs. De plus, les liens familiaux influencent l’attitude des gens, une mauvaise attitude étant honteuse pour le reste de la famille.

Une fois que toutes ces dispositions sont en place, alors, et alors seulement, le scientifique intervient avec la meilleure information et les meilleurs moyens de suivi disponibles. Le plan de gestion de la Baie de Portland repose sur un suivi continu des ressources naturelles (par exemple, des études botaniques, des études du récif corallien, des estimations des ressources en poisson, des études socio-économiques). Des vidéos pour l’éducation du public peuvent aider à diffuser les expériences issues de tels projets. 

LES AUTOCHTONES MOKEN ET LES AUTORITÉS DU PARC SUR LA CÔTE DE LA MER D’ANDAMAN, THAÏLANDE : RECONNAÎTRE ET ENCOURAGER LES PRATIQUES ÉCLAIRÉES
N. Hinshiranan, Institut de recherche sociale, Université de Chulalongkorn, Bangkok, Thaïlande 

Le peuple Moken, les “Nomades de la mer” des Îles Surin en Thaïlande, on gardé leur mode de vie traditionnel en raison de la protection qu’offre distance qui les sépare des régions d’habitation plus dense. Leur zone est un parc national depuis 1981 et va bientôt être classée site du Patrimoine mondial. La région est devenue à la mode chez les touristes thaïlandais il y a environ 15 ans. C’est le meilleur site de plongée en Thaïlande, mais qui n’est pas encore trop fréquenté par les touristes étrangers.

À présent, les autorités du parc national se soucient des prélèvements effectués par les Mokens sur certaines espèces, par exemple le concombre de mer, les “top shells”, les escargots verts et autres coquillages décoratifs qu’ils ramassent dans un but commercial. Les autorités du parc imposent l’interdiction de la collecte de ces espèces. Les Moken n’ont plus désormais de sources de revenus pour acheter le riz et autres nécessités. Le “Fonds Moken” a été mis en place par le directeur du parc pour suppléer aux besoins des Moken, mais il a été interrompu suite à quelques malentendus.

Il n’y a pas eu de politique précise au sujet des résidents locaux vivant dans les zones protégées. L’existence des Moken dans les Îles Surin est considérée comme un “privilège” par certains. Aussi la deuxième phase du projet pilote Andaman a été réalisée avec trois principaux objectifs :

  1. Fournir un forum pour la communication transversale entre les différentes parties prenantes et pour l’identification du type de soutien qu’apportera chacune des parties pour sauvegarder les Îles Surin en tant que patrimoine naturel et culturel partagé.

  2. Encourager le maintien des “pratiques éclairées” par les Moken, par exemple l’utilisation de technologies adaptées.

  3. Assurer que le potentiel touristique des îles se développe de manière durable et offrir la possibilité aux Moken de participer aux activités touristiques, afin d’obtenir une source additionnelle de revenu.

En novembre 1998, les coordinateurs du projet ont organisé deux réunions qui ont rassemblé les parties prenantes des Îles Surin pour discuter des questions clés et pour obtenir leur engagement et leur soutien.

La première réunion “Identification des options participatives pour le développement durable des Moken aux Îles Surin” s’est tenue à Bangkok. La réunion a servi de session de “brainstorming” pour les représentants du gouvernement, les universitaires, et les membres des ONG, dans le but d’identifier des questions cruciales orientées vers un but stratégique : les options de développement durable pour les Moken.

La deuxième réunion : “Vers le but stratégique du développement durable pour les Moken : engagement et soutien” était un atelier participatif, organisé dans les Îles Surin, suivi par les participants de la première réunion et par des représentants des Moken. Les activités ont inclus l’évaluation du potentiel chez les Moken pour l’organisation des activités touristiques, et la confirmation de l’engagement et du soutien de chaque partie.

RÉSUMÉ DES DÉBATS

La discussion a brièvement abordé la question de l’équilibre en matière de gestion des ressources, entre l’approche dite de la “carotte” et celle dite du “bâton”. Les communautés en Jamaïque font respecter leurs propres réglementations, même quand les contrevenants sont des membres de la famille ou des amis, parce que leur “gagne-pain” est directement concerné. D’un autre côté, aux Philippines, bien que les pêcheurs savent quand une pratique est mauvaise (par exemple la pêche à la dynamite), ils persistent simplement dans leurs habitudes, d’où le besoin pour une approche de type “bâton”.

Ces exposés ont mis en évidence la question plus vaste des conflits liés à la nécessité qu’ont les populations locales de s’adapter aux pressions exercées par les étrangers, par exemple les compagnies de Hong Kong qui opèrent dans les Territoires du nord-ouest en Australie. Dans le cas des Moken des Îles Surin, bien qu’ils soient partenaires dans la conservation du parc marin, ce sont les autorités du parc qui décident des activités (vente de l’artisanat aux touristes, emploi comme guides). Les Moken ne peuvent bénéficier des fonds disponibles pour développer leurs propres activités car ils ne sont pas Thaïlandais. À cet égard, l’aspect durable de l’éco-tourisme a été remis en question. Dans quelles mesures est-il durable, particulièrement quand on voit son impact sur le mode de vie local ?  

Partie B

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