| Environnement
et développement dans les régions côtières et les petites îles |
| SECTION I Partie A |
PRÉSENTATIONS DES PROJETS PILOTES |
CSI info 10 |
INTÉGRER LES
SCIENCES
NATURELLES ET
SOCIALES
QU’ATTENDENT LES SPÉCIALISTES EN SCIENCES NATURELLES DE LEURS HOMOLOGUES EN SCIENCES
SOCIALES (ET
VICE-VERSA) ?
J. Calvo, Facultad de Ciencias Sociales, Universidad de la República, Montevideo,
Uruguay
AU SUJET DU PROJET ECOPLATA
Le
programme EcoPlata
a vu le jour en 1989 lors de la signature d’un Accord général de développement
en coopération entre les gouvernements canadien et uruguayen. Un programme de
recherche, dénommé EcoPlata, est devenu opérationnel en juillet 1994 avec pour
objectif principal, de comprendre les effets de l’interaction entre facteurs
environnementaux et humains dans une zone importante du littoral uruguayen.
Un objectif secondaire était de renforcer et le développer les ressources humaines
dans les communautés scientifiques et les communautés de pêcheurs afin de prévenir
l’épuisement des ressources naturelles.
“
Le Río de La Plata, situé sur la côte Est de
Cette
région a connu récemment un ensemble de changements radicaux inscrits dans le
contexte global de l’ouverture locale et de la libéralisation économique. À
un niveau plus local, un processus régulier d’intégration économique se traduit
par la naissance de l’union économique
MERCOSUR (Marché économique commun du cône méridional) qui regroupe les
deux principaux pays d’Amérique latine, l’Argentine et le Brésil, et leurs deux
autres partenaires, l’Uruguay et le Paraguay, de moindre poids économique et
démographique.
D’importants
projets d’investissement dans les infrastructures sont associés à ce
processus d’intégration, en particulier la construction d’un pont sur le Río
de la Plata qui reliera les villes de Buenos Aires (Argentine) et Colonia
(Uruguay), un port en eau profonde sur la côte Atlantique de l’Uruguay, la
construction de l’autoroute Buenos Aires – São Paulo (Brésil), un
accroissement du développement urbain sur les deux rives du fleuve ; un projet
pour faciliter l’accès du trafic maritime en amont du fleuve (Hidrovia).
MERCOSUR s’accompagne d’une augmentation du trafic maritime et ainsi des
risques potentiels de pollution intermittente ou accidentelle. Le développement
du tourisme et les problèmes du traitement des déchets qui l’accompagne sont
aussi de sérieuses menaces. L’importante biodiversité qui caractérise ces
zones côtières et les plans d’eau des environs est menacée par les
utilisations non-durables de la zone. Dans la zone de gestion, les problèmes
prioritaires à aborder dans le cadre d’une première approche sont :
la
capacité limitée d’évaluation et de suivi de l’état de l’environnement.
l’expérience,
très limitée, en gestion et planification environnementales.
INCORPORER LES SCIENCES SOCIALES DANS UN PROJET BIO-OCÉANOGRAPHIQUE
Les
premières phases du projet
EcoPlata (EcoPlata I et II) ont essentiellement été consacrées à la biologie
marine et à l’océanographie. En juillet 1998, les institutions participantes2
Au
cours de la première approche, de juillet à novembre 1998, le projet EcoPlata
s’est concentré sur l’évaluation-diagnostic des zones côtières propices
au développement de programmes pilotes en GIZC. Le Département des sciences
sociales de l’Université de la République a étudié les facteurs socio-démographiques
et socio-économiques. Ce diagnostic a été réalisé à l’aide
d’indicateurs reliant population et environnement, basés sur des données
issues de recensements et d’entretiens approfondis. Ceci a permis de mettre en
lumière des informations concernant l’intérêt et la disposition des
populations à participer à la GIZC.
CONFLITS INTER-INSTITUTIONNELS
Le
bilan d’ensemble, après un an de collaboration entre spécialistes des
sciences naturelles et leurs homologues des sciences sociales, est à la fois
positif et prometteur. Un dialogue multidisciplinaire productif s’est mis en
place. Cependant, des problèmes majeurs liés à la dimension inter-institutionnelle
sont apparus :
Diversité institutionnelle
Conflits entre recherche et gestion
Organisation structurelle
CONFLITS INTERDISCIPLINAIRES
La
principale innovation mise en oeuvre
au cours de la nouvelle phase du
projet EcoPlata a été l’incorporation des spécialistes en sciences sociales
qui sont venus avec leurs propres objectifs et activités. Ils considéraient
leur incorporation au projet comme un indice positif du changement qui a ouvert
de nouvelles voies pour la recherche et la gestion. Par contre, les spécialistes
en sciences naturelles n’avaient pas clairement spécifié ce qu’ils attendaient
de leurs homologues des sciences sociales et ne comprenaient pas leurs thèmes
et leurs méthodes. Pour cette raison, “l’élément social” restait un champ flou
qui demandait à être délimité. Voici quelques exemples :
Quelques problèmes de langage:
Bien
que l’expression “effet anthropique” semblait être le slogan des spécialistes
en sciences naturelles lorsqu’ils font référence aux problèmes socio-économiques
du projet, aucun des spécialistes en sciences sociales impliqués dans EcoPlata
ne semblait reconnaître dans cette expression un concept appartenant à leur
domaine d’étude. Le processus qui s’ensuivit, à savoir la construction
d’un “langage commun” qui permettrait une communication fluide entre
membres des deux domaines, a été la principale pierre d’achoppement que les
scientifiques concernés ont dû surmonter.
Problèmes de budget (quand les
sciences sociales ne sont pas aussi bon marché qu’on pourrait le penser): Par
manque de connaissance des méthodes requises pour explorer les aspects socio-économiques
du projet, les spécialistes des sciences naturelles semblent avoir sous-estimé
les coûts associés à la recherche socio-démographique.
Les
exemples précédents pourraient s’avérer utiles dans le cadre d’une
collaboration future. Les conflits entre les objectifs de la recherche et ceux
de la gestion demeurent. Le dialogue entre les institutions est, cependant,
meilleur maintenant qu’au début du projet, et ceci est le résultat de la création
du Groupe Technique Inter-institutionnel (GTI)3
qui
a servi à éviter certains des conflits entre gestion et recherche.
Les
problèmes d’organisation ont finalement été résolus par un agent qui
n’appartenait à aucune des institutions mais qui possédait assez de compétences
techniques pour parvenir à faire fusionner les différentes propositions en une
seule qui satisfasse toutes les parties. La leçon à tirer ici est que le
Groupe technique inter-institutionnel devait avoir recours à un Coordinateur Général
qui jouerait parfois le rôle d’arbitre, et qui, de préférence, serait un
intervenant indépendant possédant un degré élevé d’autorité en matière
politique et technique pour mettre en oeuvre
les décisions administratives.
Une
solution semblable a été trouvée afin de conforter la position des sciences
sociales dans les phases d’élaboration du projet. Des agents extérieurs, qui
n’appartenaient pas aux institutions concernées, et qui étaient au fait
d’expériences similaires dans lesquelles la socio-économie avait contribué
de manière bénéfique à un projet, ont été impliqués dans le projet.
Ces
conflits, causés par l’absence d’un code commun de communication, ainsi que
par le manque de connaissance des objectifs et des méthodes propres aux différentes
disciplines, semblent évoluer vers une résolution positive. Des échanges
horizontaux, des séminaires et des ateliers interdisciplinaires ont accru la
compréhension entre les différents scientifiques. Ceci a contribué au développement
d’un esprit d’équipe sain et les participants ont cessé de se considérer
comme des membres de différents “clans” scientifiques ou institutionnels,
mais bien plutôt comme faisant partie d’un projet en coopération.
RÉSUMÉ DES DÉBATS
La
critique est valable aussi bien pour les spécialistes des sciences naturelles
que pour ceux des sciences sociales. Le personnel des agences de gestion des
ressources dans de nombreux pays est exclusivement composé de spécialistes des
sciences naturelles. Ceux qui sont responsables de la gestion doivent être
sensibilisés au besoin en expertise en sciences sociales. Après tout, la
gestion des ressources naturelles n’est pas tant une gestion des ressources
que celle des gens qui utilisent ces ressources. De l’autre côté, les spécialistes
en sciences sociales, ignorent en grande partie le rôle que leurs sciences ont
à jouer dans la gestion des ressources. Peu de spécialistes en sciences
sociales travaillent sur des problèmes de ressources et quand ils sont invités
à des réunions sur ces sujets, ils brillent par leur absence.
Adopter
une perspective sous l’angle des sciences sociales peut éviter la tendance à
présenter les résultats de projets en termes d’analyse coûts/bénéfices.
Les résultats doivent en être productifs, mais non pas déconnectés des gens.
L’identification
de buts communs entre institutions est un moyen de coordonner les activités
entre scientifiques de différentes compétences, de sorte qu’ils abordent les
problèmes dans une perspective complémentaire plutôt que sur le mode
conflictuel. Les questions à aborder dans ce dialogue difficile incluent
comment développer un langage commun, une communication réussie et des
ressources humaines adéquates. Les personnes avec une formation
interdisciplinaires font en général de très bon médiateurs.
Finalement,
dans certains cas, notre compréhension scientifique des environnements côtiers
pourrait tirer profit de la “sagesse” des communautés locales.
1. Lopez Laborde, J., « Geomorphology and Geology of Río de La Plata » in
P.G. Wells and G.R. Daborn (1998) The Río de La Plata, en environmental
overview (page 1), Dalhousie University.
2.
Le projet EcoPlata est actuellement développé dans un cadre inter-institutionnel
auquel participent les institutions suivantes : le
Service océanographique, hydrographique et météorologique des armées (SOHMA),
l’Institut national
des pêches (INAPE), l’Administration nationale pour l’environnement (DINAMA),
le Ministère du logement, du territoire et de l’environnement, l’École des sciences
sociales de l’université de la république. Leur pendant canadien incorpore des
scientifiques de l’université d’Acadie, l’université de Dalhousie, Environnement
Canada, Pêches et océans Canada et le Service géologique. Le Centre international
canadien pour la recherche et le développement (CICRD), le
Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l’UNESCO
par l’intermédiaire de son bureau de Montevideo et de son Unité pour les régions
côtières et les petites îles (CSI) qui apportent aussi leur coopération aux
aspects financiers et organisationnels du projet.
3. Un groupe Technique Inter-institutionnel (GTI) a une reunion hebdomadaireet fonctionne comme liaison technique entre les differentes institutions, servant aussi d’interface entre les techniciens et le Comite de Direction du projet.
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RÉCONCILIER
LES DÉCIDEURS
AVEC LES SCIENTIFIQUES
ET LES AUTRES “PRODUCTEURS
DE SAVOIR”
FOURNIR DES OUTILS DE GESTION DE L’ÉROSION DES PLAGES DANS LES ÎLES ORIENTALES DES CARAÏBES
Un
projet intitulé “Stabilité des côtes et des plages dans les Caraïbes”
(COSALC) est en cours depuis 1985. Son but est de développer la capacité
nationale des états des îles Caraïbes à mesurer, évaluer et gérer les
ressources des plages dans le cadre d’une gestion intégrée de la zone côtière.
Trois études de cas visant à réconcilier scientifiques et décideurs sont présentées
sur Anguilla, la Grenade et Montserrat.
ÉTUDE DE CAS 1 :
Pratique
de gestion éclairée : promouvoir la protection des plages et la réduction de
l’érosion côtière en installant les nouveaux bâtiments à une distance
suffisante de la zone active de la plage.
Avant 1970 :
LEÇONS TIRÉES :
La
mise en oeuvre
de pratiques de gestion éclairés (PGE) demande du temps.
Dans
le contexte des Caraïbes, il est nécessaire de faire la distinction entre les
cadres administratifs (fonctionnaires) et les hommes politiques (élus).
Certaines
PGE peuvent être au moins mises en oeuvre
partiellement avec le seul soutien des cadres administratifs (fonctionnaires).
Il
peut parfois être nécessaire de retarder la régularisation légale des
PGE
jusqu’à ce que les hommes politiques qui y sont favorables soient au pouvoir.
La
période suivant les catastrophes naturelles est souvent un moment propice pour
réconcilier administrateurs, les hommes politiques et aussi le public, avec
certaines
PGE, en particulier si les acteurs se sont montrés peu disposés à
en adopter la pratique avant la catastrophe.
ÉTUDE DE CAS 2 :
M
Pratique
de gestion éclairée : réduire le recul du trait de côte et l’érosion des
plages en empêchant le prélèvement de sable de plage et en faisant la
promotion d’autres matériaux de construction.
1950–1979 :
Le
prélèvement de sable de plage continue car la
PGE n’est pas appliquée.
Les
PGE sont de nouveau révisées.
La
PGE est mise en oeuvre
de manière
différente alors que Montserrat importe temporairement du sable pour la construction
et étudie les possibilités d’utilisation des “nouveaux” dépôts volcaniques.
LEÇONS TIRÉES :
Il
a fallu plus de 14 ans pour convaincre les responsables politiques d’adopter
la
PGE.
Il
a été nécessaire d’attendre que le climat politique soit “correct”
avant que la
PGE
puisse être mise en
oeuvre.
Il y a eu deux catastrophes naturelles (ouragans) avant que les gens ne soient convaincus du besoin d’adopter la PGE.
La
campagne d’éducation, qui s’adressait à tout le monde, de l’entrepreneur
à l’architecte en passant par le chauffeur de taxi, a joué un rôle très
important.
Si
la
PGE repose sur de solides bases, alors la pratique peut continuer malgré les
changements politiques et/ou les catastrophes naturelles.
ÉTUDE DE CAS 3 :
M
Pratique
de gestion éclairée : changer les attitudes en matière de prélèvement de
sable de plage.
1950–1998 :
1994–1997 :
Pendant
un atelier, plusieurs représentants du gouvernement ont suggéré que les
administrateurs et les hommes politiques connaissaient tout du problème, mais
les préoccupations politiques divergent grandement des préoccupations
environnementales. Il a été suggéré que ces problèmes et préoccupations
soient mis sur la place publique de sorte que les électeurs puissent influencer
les décisions prises par les élus.
L’implication
et l’adhésion des administrateurs et des hommes politiques sont essentielles
à la mise en oeuvre
complète des
PGE.
Dans
le contexte des Caraïbes, la télévision (vidéo) et la radio sont
probablement les formes médiatiques principales pour faire passer le message au
grand public, bien que le recours à la presse écrite ne doive pas être
abandonné.
La
science doit être transcrite en termes qui accrochent les administrateurs et
sur-tout les hommes politiques, par exemple, “le prélèvement de sable à
Pearl’s Beach est responsable de l’érosion” devient “La communauté de
Pearl’s Beach perd sa plage à cause du prélèvement de sable”.
RÉCONCILIER LES DÉCIDEURS AVEC LA SCIENCE : RÉSUMÉ DES LEÇONS TIRÉES DES 3 ÉTUDES DE CAS
Dans
le contexte des Caraïbes, le terme “décideurs” est trop général et il
est nécessaire de faire la distinction entre les “cadres administratifs”
(les fonctionnaires) et les “hommes politiques” (les élus).
L’implication
et l’adhésion des administrateurs et des hommes politiques sont essentielles
à la mise en oeuvre
complète des
PGE, bien que dans certains cas, les PGE
puissent être mises en oeuvre
partiellement avec le seul accord
d'un administrateur.
Les
préoccupations politiques sont différentes des préoccupations liées à
l’environnement. La science doit être introduite selon des termes et dans un
contexte qui soient directement reliés aux préoccupations politiques.
Réconcilier
les hommes politiques avec les
PGE peut nécessiter une approche à long terme
(15 ans et plus) et il peut être nécessaire d’attendre que le “bon”
groupe politique accède au pouvoir pour que la PGE soit mise en oeuvre.
Une
des principales manières d’influencer les administrateurs et surtout les
hommes politiques est d’agir par le biais des électeurs (le grand public).
Dans
les Caraïbes, la télévision et la radio sont les meilleurs médias pour
influencer et éduquer le grand public.
Si
une
PGE repose sur des bases solides, alors elle survivra à un changement
politique et à d’autres catastrophes naturelles, bien que son assise puisse
évoluer dans le temps.
Les hommes politiques, les administrateurs, et aussi le grand public, peuvent être plus réceptifs à une PGE après une catastrophe naturelle.
RÉSUMÉ
DES DÉBATS
Certains
exemples d’expériences similaires de réponses à l’impact de l’érosion
côtière/des risques naturels dans d’autres pays ont été donnés. En
particulier, on a insisté sur les différents degrés d’existence et
d’application des réglementations. Cependant, il a semblé que dans certains
contextes, il ne fallait pas attendre que toutes les conditions politiques
appropriées soient remplies. Il est préférable d’éduquer les communautés
en matière de sensibilisation à l’érosion côtière. Dans certains cas, les
gouvernements n’organisent pas un développement approprié dans les régions
côtières fragiles, ils donnent un mauvais exemple en construisant dans des
secteurs exposés et la population locale alors les imite. Il a été conclu
qu’un manque de volonté politique constructive pourrait annihiler en une
journée des années d’efforts de sensibilisation.
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ÉTABLIR
UN DIALOGUE
ENTRE LES GESTIONNAIRES
DE RESSOURCES
ET LES COMMUNAUTÉS
VIVANT
DANS LES ZONES
PROTÉGÉES
PARTAGER AUTORITÉ ET POUVOIR DE PRISE DE DÉCISION
AVEC LES UTILISATEURS DES RESSOURCES : ASSOCIATIONS DE PÊCHEURS,
GESTIONNAIRES
MANDATÉS ET ZONES PROTÉGÉES EN JAMAÏQUE
Le
contexte politique joue un rôle important dans le contexte de gestion. Le
gouvernement jamaïcain a pris la sage décision d’instaurer la cogestion de
ses zones protégées. Cependant, on a noté que toutes les pratiques n’étaient
pas transférables.
La
région de Portland Bight en Jamaïque est riche en ressources naturelles, en
particulier par sa biodiversité floristique et faunistique, comme en témoignent
les importantes zones de marais, à herbiers et à mangroves, le large plateau
continental et un fort endémisme. Portland Bight est aussi un espace à usages
multiples occasionnant de nombreux impacts :
logement
et plantations de marijuana qui détruisent les forêts et exacerbent le
ruissellement sur les terres agricoles,
conflits
d’utilisation des sols,
surpêche
et pollution par les marées noires et les égouts.
La
gestion des ressources naturelles doit être traitée comme une science sociale,
et la cogestion adoptée comme philosophie opérationnelle : les approches hiérarchiques
du haut vers le bas échouent et des approches plus transversales qui font
intervenir différentes parties prenantes sont requises. Il faut développer des
mécanismes tels que des conseils de cogestion pour les pêcheurs, les
forestiers, les habitants, etc. ; de tels conseils devraient développer leurs
propres statuts légaux et leurs propres modes de fonctionnement.
Le
Conseil des pêcheurs en est un exemple. Comprenant 32 membres, il délivre les
permis, détermine les frais d’accès et fixe les pratiques de pêche, y
compris les réglementations et les amendes. Les amendes ont été les plus
difficiles à négocier (jusqu’à $ 100 000 ou un an de prison). Les réglementations
fixées ne sont pas encore des lois, mais des inspecteurs de la chasse et de la
pêche ont été nommés – des pêcheurs qui font office de gardiens pour
fixer les règles aux autres pêcheurs. De plus, les liens familiaux influencent
l’attitude des gens, une mauvaise attitude étant honteuse pour le reste de la
famille.
Une
fois que toutes ces dispositions sont en place, alors, et alors seulement, le
scientifique intervient avec la meilleure information et les meilleurs moyens de
suivi disponibles. Le plan de gestion de la Baie de Portland repose sur un suivi
continu des ressources naturelles (par exemple, des études botaniques, des études
du récif corallien, des estimations des ressources en poisson, des études
socio-économiques). Des vidéos pour l’éducation du public peuvent aider à
diffuser les expériences issues de tels projets.
LES AUTOCHTONES MOKEN ET LES AUTORITÉS DU PARC SUR LA CÔTE DE LA MER D’ANDAMAN, THAÏLANDE
: RECONNAÎTRE ET ENCOURAGER LES PRATIQUES ÉCLAIRÉES
Le
peuple Moken, les “Nomades de la mer” des Îles Surin en Thaïlande, on gardé
leur mode de vie traditionnel en raison de la protection qu’offre distance qui
les sépare des régions d’habitation plus dense. Leur zone est un parc
national depuis 1981 et va bientôt être classée site du Patrimoine mondial.
La région est devenue à la mode chez les touristes thaïlandais il y a environ
15 ans. C’est le meilleur site de plongée en Thaïlande, mais qui n’est pas
encore trop fréquenté par les touristes étrangers.
À
présent, les autorités du parc national se soucient des prélèvements effectués
par les Mokens sur certaines espèces, par exemple le concombre de mer, les
“top shells”, les escargots verts et autres coquillages décoratifs qu’ils
ramassent dans un but commercial. Les autorités du parc imposent
l’interdiction de la collecte de ces espèces. Les Moken n’ont plus désormais
de sources de revenus pour acheter le riz et autres nécessités. Le “Fonds
Moken” a été mis en place par le directeur du parc pour suppléer aux
besoins des Moken, mais il a été interrompu suite à quelques malentendus.
Il
n’y a pas eu de politique précise au sujet des résidents locaux vivant dans
les zones protégées. L’existence des Moken dans les Îles Surin est considérée
comme un “privilège” par certains. Aussi la deuxième phase du projet
pilote Andaman a été réalisée avec trois principaux objectifs :
Fournir un forum pour la communication transversale entre les différentes
parties prenantes et pour l’identification du type de soutien qu’apportera
chacune des parties pour sauvegarder les Îles Surin en tant que patrimoine
naturel et culturel partagé.
Encourager le maintien des “pratiques éclairées” par les Moken, par
exemple l’utilisation de technologies adaptées.
Assurer que le potentiel touristique des îles se développe de manière
durable et offrir la possibilité aux Moken de participer aux activités
touristiques, afin d’obtenir une source additionnelle de revenu.
En
novembre 1998, les coordinateurs du projet ont organisé deux réunions qui ont
rassemblé les parties prenantes des Îles Surin pour discuter des questions clés
et pour obtenir leur engagement et leur soutien.
La
première réunion “Identification des options participatives pour le développement
durable des Moken aux Îles Surin” s’est tenue à Bangkok. La réunion a
servi de session de “brainstorming” pour les représentants du gouvernement,
les universitaires, et les membres des ONG, dans le but d’identifier des
questions cruciales orientées vers un but stratégique : les options de développement
durable pour les Moken.
La
deuxième réunion : “Vers le but stratégique du développement durable pour
les Moken : engagement et soutien” était un atelier participatif, organisé
dans les Îles Surin, suivi par les participants de la première réunion et par
des représentants des Moken. Les activités ont inclus l’évaluation du
potentiel chez les Moken pour l’organisation des activités touristiques, et
la confirmation de l’engagement et du soutien de chaque partie.
RÉSUMÉ
DES DÉBATS
La
discussion a brièvement abordé la question de l’équilibre en matière de
gestion des ressources, entre l’approche dite de la “carotte” et celle
dite du “bâton”. Les communautés en Jamaïque font respecter leurs propres
réglementations, même quand les contrevenants sont des membres de la famille
ou des amis, parce que leur “gagne-pain” est directement concerné. D’un
autre côté, aux Philippines, bien que les pêcheurs savent quand une pratique
est mauvaise (par exemple la pêche à la dynamite), ils persistent simplement
dans leurs habitudes, d’où le besoin pour une approche de type “bâton”.
Ces
exposés ont mis en évidence la question plus vaste des conflits liés à la nécessité
qu’ont les populations locales de s’adapter aux pressions exercées par les
étrangers, par exemple les compagnies de Hong Kong qui opèrent dans les
Territoires du nord-ouest en Australie. Dans le cas des Moken des Îles Surin,
bien qu’ils soient partenaires dans la conservation du parc marin, ce sont les
autorités du parc qui décident des activités (vente de l’artisanat aux
touristes, emploi comme guides). Les Moken ne peuvent bénéficier des fonds
disponibles pour développer leurs propres activités car ils ne sont pas Thaïlandais.
À cet égard, l’aspect durable de l’éco-tourisme a été remis en
question. Dans quelles mesures est-il durable, particulièrement quand on voit
son impact sur le mode de vie local ?