Environnement et développement
dans les régions côtières et les petites îles
  
SECTION I  Partie B

PRÉSENTATIONS DES PROJETS PILOTES

CSI info 10

ÉTABLIR DES LIENS ENTRE LADMINISTRATION MUNICIPALE ET LES HABITANTS DES VILLES

À LA RECHERCHE D’UNE JUSTICE SOCIALE/ENVIRONNEMENTALE AUX MARGES D’UNE MÉGACITÉ : MOYENS D’EXISTENCE ALTERNATIFS À DJAKARTA ET PULAU SERIBU, INDONÉSIE
H. Sangkoyo, Département des sciences sociales et de la planification, Melbourne, Australie

Djakarta, la capitale de l'Indonésie est une grande mégacité tropicale avec une population de plus de 20 millions d'habitants. Dans la baie au nord de Djakarta s'étend une chaîne de petites îles, les Pulau Seribu, sur lesquelles les activités de Djakarta ont un impact important. Depuis les années 1980, il y a un afflux important de migrants pauvres vers Djakarta et ses environs, ce qui a augmenté la densité de la population de façon considérable. Dans un contexte de pauvreté généralisée et en l'absence de services minimums vitaux pour beaucoup d'habitants de la ville, ainsi que l'absence d'une approche stratégique par l'état pour gérer l'environnement ou l'économie, l'impact grandissant de la crise fiscale, qui a commencé en 1997, a porté un coup réel à la région.

Le taux élevé d'accroissement de la population, ajouté à l'expansion de la ville de Djakarta, a conduit à un sérieux problème de pollution et à l'exploitation excessive des ressources côtières et marines. Ceci comprend la dégradation des récifs coralliens, la disparition de la mangrove pour le développement de l'aquaculture en eau douce, et la pollution de la baie de Djakarta par les égouts, la sédimentation, les effluents agricoles et industriels, et les déchets solides de Djakarta et ses environs.

Dans les îles, les Pulau Seribu, il y a une variété de problèmes qui ont besoin d'être abordés. Des îles ont disparu suite au dragage. Le parc national n'a pas de gestion adéquate ; en conséquence, les sanctuaires de la nature, bien que protégés par la loi, sont détruits par le développement. Les récifs, ainsi que la pêche dont dépendent de nombreux insulaires comme moyen de subsistance, sont en déclin.

Les efforts de l'état pour résoudre ces problèmes ont échoué, à cause des politiques fragmentées de l'utilisation des ressources, de l'incapacité d'intégrer des politiques et des programmes, et d'une planification insuffisante de l'usage du sol aux niveaux urbain et local. De plus, la suppression des droits politiques et l'absence de droits élémentaires pour les communautés Kampong locales ont aggravé la situation.

L'initiative de l'UNESCO-CSI a essayé d'aborder certains de ces problèmes en se concentrant sur une gestion communautaire, en aidant certaines communautés, les plus pauvres à gérer leurs ressources et à nettoyer leur environnement et en encourageant des changements de mode de vie par des campagnes d'éducation. D'autres efforts de collaboration ont aussi permis d'adopter une approche communautaire en développant des réseaux sociaux et des programmes de “nourriture contre travail”, un réseau de soutien contre la pêche destructrice à Pulau Seribu et la révision de la Loi Agraire.  

LES VILLAGES CÔTIERS URBAINS DE MOTU KOITABU DU DISTRICT DE LA CAPITALE NATIONALE, PAPOUASIE-NOUVELLE-GUINÉE
H. Gaudi, propriétaire foncier et ancien maître de conférence, Université de Papouasie-Nouvelle-Guinée

En tant que propriétaire foncier et spécialiste des sciences sociales, l’auteur s’intéresse à l’impact sur l’environnement lié à la pression générée par les populations nouvellement implantées, et les investisseurs, dans la région de Port Moresby en Papouasie-Nouvelle-Guinée, en particulier les effets sur les villages urbains côtiers de Motu Koitabu.

La Papouasie-Nouvelle-Guinée présente 3000 groupes ethniques, et les deux cinquièmes (80) des langues au monde. Les Motu Koitabu sont les propriétaires fonciers traditionnels des villes. L’arrivée de migrants dans les villes génère des problèmes de logements (40% sont des squatters) et crée en parallèle une compétition pour le bois de mangrove qui est maintenant utilisé comme matériau de construction, réduisant ainsi sa disponibilité comme bois de chauffage pour la population autochtone. L’évacuation des ordures non-biodégradables près des maisons génère des mauvaises odeurs et des conditions favorables à la propagation du typhus et du choléra.

Les environnements côtiers sont aussi menacés par les riches étrangers qui investissent d’importantes sommes d’argent pour gagner des terres sur les récifs coralliens afin de construire des marinas.

La demande étrangère pour les concombres de mer (une friandise sur les marchés malaysiens et japonais) épuise les ressources, et les locaux investissent dans du matériel de plongée pour tirer profit de cette activité lucrative. Faute d’une formation correcte, de nombreux plongeurs meurent de décompression, et par les explosifs.

La question se pose de savoir pourquoi les populations Motu Koitabu ne sont pas consultées sur les développement qui auront finalement un impact sur leurs vies. Il a été noté aussi que des campagnes de sensibilisation sont nécessaires pour les aider à prendre des décisions informées.

RÉSUMÉ DES DÉBATS

Quelques participants ont souligné l’importance de la participation communautaire à la gestion. L’exemple de la gestion des oasis en Égypte a montré que la participation des gens, en particulier des femmes, est d’importance capitale. Cette approche de gestion durable d’écosystèmes fragiles dans le désert pourrait être transférée aux zones côtières sensibles. Faire la démonstration des bénéfices à court terme de l’implication des communautés, a souvent un effet boule de neige, qui fait que de plus en plus de gens veulent être informés des moyens qui pourraient leur être bénéfiques.

En ce qui concerne le manque de réponse des gouvernements face aux marées noires, il a été suggéré que les communautés locales pouvaient trouver sur Internet des informations concernant les moyens d’affronter la pollution sans avoir d’attendre de l’aide des autorités.

Les leçons tirées des pratiques non-éclairées ont été discutées, par exemple la pêche destructrice à Samoa et l’épuisement des mangroves au Nigeria. En ce qui concerne les activités de pêche, il a été fait référence à l’impact positif du transfert des responsabilités de gestion des ressources à la population locale à Samoa, au Chili et à l’île Maurice. L’importance de maintenir une continuité avec les pratiques de pêche traditionnelles a aussi été soulignée.   

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ÉTABLIR UN DIALOGUE ENTRE GESTIONNAIRES DES CENTRES URBAINS ET DES SITES INDUSTRIELS

PATRIMOINE CULTUREL SOUS-MARIN, ÉROSION CÔTIÈRE ET TRAITEMENT DES EAUX USÉES : VERS UN PLAN DE GESTION INTÉGRÉE POUR ALEXANDRIE, ÉGYPTE
S. Riad, Département de géologie, Université d’Assiout, Le Caire, Égypte

Le projet de construction d’une marina dans le Port oriental d’Alexandrie est une question d’intérêt majeur pour l’UNESCO car elle s’inscrit dans son mandat de promotion du développement et de la gestion intégrée des régions côtières. Ceci comprend, entre autres, la nécessité de préserver le patrimoine culturel côtier (sur le rivage et sous l’eau).

En réponse aux recommandations de l’atelier international sur l’archéologie sous-marine et la gestion des régions côtières (SARCOM 97) organisé à Alexandrie en avril 1997 par l’Université d’Alexandrie, le Conseil suprême des antiquités et l’UNESCO et suite à la demande du Conseil suprême égyptien des antiquités, une mission d’évaluation a recommandé diverses actions pour protéger la zone de la Citadelle, le site sous-marin du phare de Pharos, et le Port oriental.

L’objectif principal de développement futur des sites de la Citadelle et du phare de Pharos est d’établir un plan de gestion intégrée pour leur préservation et leur usage à des fins touristique. À cet égard, il serait judicieux d’incorporer dans ce plan, le site archéologique sous-marin connu sous le nom de “Palais de Cléopâtre”, situé dans le Port Oriental.

Ces trois sites se trouvent à proximité les uns des autres, ce qui milite en faveur d’un concept de parc culturel à thème unique qui prendrait l’aspect d’un musée de plein air et de pleine mer ou d’une réserve archéologique marine.

Afin de déterminer la faisabilité de la mise en place d’un tel parc, des experts en environnement, en océanographie et en archéologie ont été consultés. Les sites sous-marins doivent être étudiés à l’aide de techniques avancées pour acquérir une vue précise de la répartition des éléments archéologiques. De plus, la pratique courante qui consiste à rejeter des effluents non traités dans le Port Oriental et dans d’autres sites adjacents proches du rivage est un obstacle au développement d’un tourisme durable. Il a été recommandé que le Programme Hydrologique International (PHI) de l’UNESCO participe au développement d’un plan de gestion intégré de l’eau urbaine pour Alexandrie, qui inclut une évaluation du problème des eaux usées.

Quand toute la valeur culturelle des sites archéologiques aura été établie, un groupe de réflexion comportant des représentants de toutes les organisations intéressées devra être mis en place pour élaborer un plan à long terme. La mise en oeuvre de ce plan pourrait impliquer la construction de structures côté mer, et de ce fait nécessite une connaissance exhaustive de l’océanographie, de la géologie et de la dynamique sédimentaire d’une zone plus étendue que celle des sites proprement dits. En conséquence, un programme de collecte de données conçu avec soin devra être mis en oeuvre une fois qu’une décision concernant le futur des sites sous-marins sera prise.

Les données nécessaires incluent :

Plusieurs actions ont été entreprises au cours de la deuxième moitié de 1998. Deux consultants UNESCO ont visité Le Caire et Alexandrie entre le 11 et le 18 septembre 1998, pour examiner les points suivants :

  1. La faisabilité de la mise en place d’un musée sous-marin sur le site des restes archéologiques que l’on pense être l’ancien phare d’Alexandrie, au large de la côte d’Alexandrie près des ports, occidental et oriental, dans la localité de Qait Bey Fort.

  2. Proposer une stratégie de mise en place d’un tel musée, y compris les différentes solutions de présentation, et un schéma de gestion pour l’accès des touristes au site.

On a fait appel à un Consultant UNESCO en hydrologie pour évaluer et développer un plan de gestion intégré de l’eau urbaine pour Alexandrie, incluant l’évaluation du problème des eaux usées. Il a étudié l’impact du système d’écoulement de l’eau urbaine d’Alexandrie vers la zone du projet. Il a indiqué qu’actuellement trois émissaires d’eaux usées non traitées rejettent en mer, dont l’un très proche de la zone du projet.

Une table ronde, sur “l’archéologie sous-marine et la gestion de la zone côtière de Qait Bey” (Alexandrie) a été organisée à Alexandrie le 16 septembre 1998 par le bureau de l’UNESCO du Caire en collaboration avec le Conseil suprême égyptien des antiquités. Le but était de réunir toutes les parties concernées, en présence des deux consultants en archéologie sous-marine de l’UNESCO et de celui en hydrologie, pour discuter de leurs résultats. Le fort de Qait Bey et le site sous-marin avoisinant, ont aussi été visités, ainsi que le théâtre romain où des objets archéologiques prélevés sur le site sous-marin sont mis à l’abri.

Les experts ont déduit que le site présente un intérêt essentiel et une importance unique à l’échelle mondiale. Il est possible de mettre en place un musée sous-marin sur le site en raison de sa proximité du rivage et des autres restes archéologiques sous-marins dans le Port oriental. Le fort de Qait Bey pourrait aussi être un lieu pratique pour abriter les équipements d’entretien et servir de centre d’orientation pour le musée sous-marin proposé ; le fort pourrait devenir un véritable musée à part entière. Les experts ont insisté sur le fait que le projet ne peut être un succès que si le problème des effluents est résolu.

Le bureau de l’UNESCO au Caire (UCO) et le Conseil suprême égyptien des antiquités ont passé un accord de principe concernant le partage des coûts de la prochaine étape, incluant la collecte des données nécessaires au développement du projet. Il a été convenu qu’au moins une autre table ronde devrait être organisée en décembre pour discuter du plan d’action préliminaire, actuellement en préparation par le Consultant de l’UCO.

RENDRE DURABLE UN DÉVELOPPEMENT NON-DURABLE : LE CAS DES CHANTIERS DE DÉMANTÈLEMENT DE NAVIRES D’ALANG À GUJARAT, INDE
H.C. Dube, Département des sciences de la vie, Université de Bhavnagar, Gujarat, Inde

INTRODUCTION

Le chantier de démantèlement de navires d’Alang et Sosia (ASSBY) se trouve sur la côte du district de Bhavnagar, dans le Golfe de Cambay, à 56 km au sud de la ville de Bhavnagar dans l’État de Gujarat, en Inde. Le Golfe de Cambay est réputé pour son fort marnage, qui approche les 10 mètres. Les vastes étendues intertidales sont découvertes pendant le jusant ce qui facilite les activités de démantèlement de navires, alors que les marées hautes permettent d’accueillir de grands navires. Alang et Sosia, ensemble, peuvent se targuer d’avoir la plus importante industrie de démantèlement de navires de toute l’Asie. Aujourd’hui, cette activité s’organise sur 182 concessions tout au long de l’année. L’ASSBY concerne différents groupes de gens, selon des intérêts propres.

Il y a fondamentalement quatre groupes d’intérêt impliqués et concernés directement par l’activité de démantèlement de navires. Il s’agit du gouvernement du Gujarat par l’intermédiaire de la Direction maritime de gujarat, des propriétaires des concessions à navires, des travailleurs et manoeuvres, et des villageois dans la zone de l'ASSBY.

Chacun des quatre groupes d’intérêt a sa propre culture et parfois des intérêts conflictuels. La pratique éclairée pourrait alors consister en la création d’une culture commune pour un futur commun selon les orientations du développement durable.

PRÉOCCUPATIONS DE LA DIRECTION MARITIME DE GUJARAT

PRÉOCCUPATION DES RESPONSABLES DES ACTIVITÉS DE DÉMANTÈLEMENT DE NAVIRES

PRÉOCCUPATIONS DES TRAVAILLEURS

Les propriétaires de concessions de l’ASSBY emploient près de 30 000 travailleurs directement aux activités de démantèlement de navires. Il y aurait un nombre égal de travailleurs employés dans les activités de servitude. Les travailleurs engagés dans les activités de démantèlement sont des travailleurs migrants qui viennent des régions de l’Utah Pradesh, de Bihar et d’Orissa. Ce sont des hommes jeunes, dont près de 70% vivent dans des baraques louées à proximité de l’ASSBY. La plupart d’entre eux n’ont pas l’eau potable. Leur revenu mensuel est d’environ Rs 3600. Ce montant se trouve dans la tranche haute des salaires pour un tel travail manuel, temporaire et dangereux. Les préoccupations de ce groupe de travailleurs concernent :

PRÉOCCUPATIONS DES VILLAGEOIS DE L’ASSBY

Il y a environ dix villages à proximité de l’ASSBY, chacun avec une population d’environ 1000 habitants. Tous ces villages se trouvent à proximité ou au bord du rivage et dans un rayon de 12 km autour de l’ASSBY. Une majorité d’habitants de ces villages est de la “caste des Koli” qui est un groupe en retard du point de vue social et éducatif, connu à Gujarat sous le nom populaire de “bakshipanch”. Les Paleval (brahmin), les Garasia (kshatria) et les Kharak (agriculteurs) sont les trois autres groupes principaux de ces villages. Les villages font partie de la région reculée de Talaja taluka. Ils se préoccupent principalement de :

MESURES DE SENSIBILISATION AUX PRATIQUES ÉCLAIRÉES

Les intérêts des quatre groupes concernés doivent converger vers un point, et ce point est le développement durable. Un dialogue ouvert et la compréhension qui en découlera aideront à évoluer vers une culture commune et un programme partagé.

Mis à part les groupes mentionnés ci-dessus, il existe des groupes périphériques pour qui l’ASSBY n’a qu’un intérêt partiel. Ce sont les représentants des populations, les médias et le organisations non gouvernementales (ONG).

CONCLUSION

Un programme de sensibilisation n’est pas un simple exercice académique, il est supposé amener les participants à un certain niveau de connaissances, transférer l’information et générer les attitudes nécessaires ou changer les attitudes. De plus, il devrait préparer les participants à faire évoluer la situation au mieux, et à trouver un terrain d’entente où les différentes parties prenantes puissent interagir et participer au programme de développement durable.

RÉSUMÉ DES DÉBATS

Étant donnée l’importance culturelle et historique universelle du site du phare d’Alexandrie et les implications économiques du tourisme pour Alexandrie et l’Égypte en général, un effort international majeur paraît nécessaire. En particulier, les importants problèmes d’effluents et d’ingénierie doivent être résolus. On a estimé qu’aucun projet touristique, tel que celui d’un musée sous-marin, ne pouvait être mis en place de manière réaliste avant environ 10 ans. Une contrainte majeure est d’arriver à un accord entre les parties prenantes.

Le problème de l’impact du démantèlement ou de la construction de navires sur l’environnement naturel et la population est aussi une préoccupation au Bangladesh, en particulier le problème de savoir ce que les navires transportent (par exemple des produits chimiques). Une évaluation des dangers et des dommages potentiels devrait être réalisée mais c’est une question d’ordre économique dans les pays en développement où l’industrie contrôle entièrement l’accès aux chantiers. La sensibilisation des populations et la disponibilité des informations sont effectivement des problèmes majeurs. Une solution envisageable serait d’augmenter la pression sur les gouvernements ou d’impliquer des donateurs.

Certains participants ont fait remarquer que la vision que l’on a du développement durable varie selon la situation économique que l’on connaît : les déchets des uns sont les ressources des autres. 

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RELATIONS ENTRE SAVOIRS TRADITIONNELS/LOCAUX ET SAVOIRS SCIENTIFIQUES/TECHNOLOGIQUES

SYSTÈMES DE GESTION COUTUMIERS À SAMOA : UN AVENIR POUR LA PROTECTION DE LA NATURE PAR LA CULTURE
P. Varghese, Département de l’éducation, Apia, Samoa

INTRODUCTION

À Samoa, la grande majorité de la population réside dans les zones côtières ou à proximité, et a maintenu le mode de vie traditionnel typique de subsistance d’un peuple de fermiers/pêcheurs. La culture et les traditions Samoa sont très fortes et vivantes malgré les conflits entre les pratiques traditionnelles et modernes. La pêche de subsistance continue d’être d’une importance cruciale pour la majorité de ceux qui vivent dans les zones rurales.

Les ressources naturelles exploitables font cruellement défaut à Samoa. La principale industrie, le coprah, s’est effondrée dans les années 1980 en raison de la chute de la demande à l’exportation. L’économie de Samoa a été sévèrement affectée par de forts cyclones en 1990 et en 1991. Une moisissure catastrophique a détruit en 1992 la principale récolte nationale, le taro. La culture du taro est encore aujourd’hui impossible sans fongicides.

L’unité sociale de base dans un village, l’aiga (famille étendue) est dirigée par le matai (chef). Comme pour la plupart des îles en Polynésie, la société traditionnelle à Samoa n’avait pas d’autorité politique centrale ni de gouvernement. L’organisation politique repose en majorité sur le conseil de village au sein duquel les principaux membres des familles étendues et leurs chefs se rassemblent pour traiter les problèmes locaux et de l’ordre.

PRATIQUES TRADITIONNELLES DE PÊCHE

Le partage équitable des ressources de pêche est au coeur des pratiques traditionnelles qui font participer l’ensemble ou ne grande partie de la communauté. L’utilisation de la plupart des ressources était soigneusement contrôlée et protégée par les tabous et le folklore. Les conditions socioculturelles dans les communautés côtières faisaient que de telles coutumes et traditions étaient assez fortes pour soutenir et faire appliquer les pratiques de gestion. Cependant ceci a décliné, car le pêcheur pense plus maintenant à son gain personnel. Par exemple, la connaissance et l’information sur le palolo (ver de mer), qui est une friandise de Samoa, se transmettent de génération en génération. Traditionnellement, le palolo n’est pas à vendre mais on le trouve aujourd’hui sur les marchés.

LES CHANGEMENTS ACTUELS

La croissance rapide de la population, l’urbanisation, les techniques plus efficaces de pêche et de stockage, l’utilisation de techniques destructrices de pêche telles que l’emploi d’explosifs et de poisons, l’introduction des pêches commerciales et la perte d’habitats essentiels pour les poissons ont exercé des pressions considérables sur les pêches littorales de Samoa, dont l’exploitation n’est plus durable. De nombreux marais et marécages à mangrove, qui sont des frayères importantes pour beaucoup d’espèces de poissons telles que le mulet, trevallies et les crabes, ont été drainés et poldérisés. Le défrichement des pentes et des forêts a crée de sérieux problèmes d’érosion des sols avec des effets désastreux sur les récifs littoraux. Des surfaces importantes de récifs coralliens et de lagons ont été dégradées par des pratiques de pêche destructrices.

La gestion des pêches est aujourd’hui sapée par des facteurs tels que l’importance donnée à la production, la participation à l’économie moderne, une capacité de pêche accrue, un manque de formation sur lequel faire reposer la gestion, et l’effet déstabilisateur de l’économie monétaire. Les connaissances qui ont pris des centaines d’années à s’accumuler sont rapidement rejetées à mesure que les gens adoptent des modes plus contemporains d’utilisation de leurs ressources marines. Il y a peu de chance que les générations futures puissent profiter d’un environnement marin sain et de produits de la mer abondants à moins que de réels plans de gestion durable soient mis en place.

RÉPONSES DU GOUVERNEMENT

Le gouvernement, par ses initiatives politiques et ses mesures institutionnelles, a montré son engagement pour la conservation et la protection de l’environnement local (par exemple, le décret sur les terres, le cadastre et l’environnement, le décret sur les pêches, les conventions et les traités internationaux).

Le décret sur les pêches permet de transformer certaines réglementations de village en arrêtés municipaux. C’est une reconnaissance gouvernementale de ces lois qui permet au village de poursuivre et de punir les contrevenants. De nombreuses lois établies par le gouvernement sont difficiles à appliquer et à faire respecter. Les arrêtés municipaux au contraire sont créés par les populations mêmes qui ont un intérêt direct dans la gestion et la conservation des ressources de la pêche. Le village sera ainsi plus enclin à intervenir en cas de non-respect de ces lois.

Le Programme d’Accroissement des Pêches Villageoises, développé par le Département de l’agriculture, de la forêt et des pêches, aide les communautés villageoises à examiner de manière approfondie leur situation et à planifier des actions qui permettront aux lagons et aux récifs de se rétablir, et finalement aux prises de poissons d’augmenter. Le programme cherche à établir des pratiques communautaires de pêche qui entraînent une productivité maximale et durable des ressources marines. Ce programme est original en ce qu’il reconnaît que la solution réelle au problème est entre les mains des villageois et de leurs Fonos (conseils de village).

Le village définit quels sont ses problèmes prioritaires et quelles actions doivent être menées. La division des pêches aide le village à évaluer l’état de l’environnement marin et à décider des manières pratiques de l’améliorer. Il apporte un soutien technique au village pour qu’il établisse son propre “Plan de gestion des pêches du village”.

L’éducation permet de faire prendre conscience de la mauvaise gestion. Une approche intégrée est utilisée pour enseigner selon les différents niveaux de scolarité les questions pertinentes en matière d’environnement. La participation des écoles aux différentes campagnes nationales de sensibilisation est encouragée. Une approche plurisectorielle est souvent utilisée pour organiser et coordonner de telles activités. Un projet UNESCO de création de matériel d’accompagnement scolaire en sciences marines pour les écoles du Pacifique sud, mené avec le soutien de l’AIDAB, a permis de réaliser six manuels scolaires et un guide pour les enseignants. Des ateliers de formation continue ont été organisés en 1997 pour environ 40 enseignants de diverses écoles secondaires et un ensemble de livres a été remis à chaque école secondaire. Ces livres ont été bien accueillis par les enseignants.

CONCLUSION

“Le développement durable tout le monde en parle avec expertise, mais personne ne peut indiquer une manière claire d’y arriver.est devenu un ‘objet de convoitise’ que chacun s’efforce d’obtenir. Il est clair que dans le cas des pays des îles du Pacifique, le développement durable passe par l’intégration des aspects culturels et des pratiques traditionnelles dans l’approche et la planification des activités pertinentes”. (Vili A. Fuivao, Directeur, Programme Régional Sud Pacifique pour l’Environnement). L’un des plus importants défis auquel doivent faire face les nations des îles du Pacifique, à l’approche du vingt et unième siècle, est de s’assurer que les ressources naturelles limitées dont elles dépendent continuent à être disponibles en quantité acceptable.

SAVOIR ET SAVOIR-FAIRE CRÉOLES : UTILISATION ET CONNAISSANCE DES RESSOURCES CÔTIÈRES LOCALES EN HAÏTI
J. Wiener, Fondation pour la protection de la biodiversité marine, Port au Prince, Haïti

L’utilisateur des ressources côtières et marines haïtien, qu’il ou qu’elle soit pêcheur, charbonnier (coupe des mangroves), hôtelier, ou pêcheur sportif, est très conscient des problèmes de dégradation et de perte des ressources. Bien qu’il existe le plus souvent des lois, plus qu’adéquates, concernant l’utilisation et la gestion des ressources côtières et marines, ces lois et réglementations sont plutôt ignorées. L’agence gouvernementale principale chargée de leur application, le ministère de l’Agriculture, a un personnel extrêmement réduit (23 agents pour 1771 km de côtes), et virtuellement aucuns moyens de jouer son rôle de gendarme. Ces problèmes sont responsables de l’attitude de “libre service pour tous” en matière d’utilisation des ressources, et personne ne veut dénoncer les utilisateurs “renégats”, en raison du manque de soutien. Les attitudes du type “je ne peux pas empêcher quelqu’un de gagner sa vie”, “la mer appartient à tout le monde” et “si je ne me sers pas, quelqu’un d’autre le fera” sont monnaie courante et posent d’importants problèmes en termes de gestion des ressources. Une pauvreté telle sévit qu’il est difficile, sinon impossible, de dire à un pêcheur, par exemple, de rejeter une petite langouste, ou une langouste attrapée hors saison, quand il a une famille à nourrir aujourd’hui. Il est difficile de penser à demain quand on a faim aujourd’hui.

La plupart des utilisateurs sont conscients de la pollution, de la surpêche et des problèmes de comblement par les sédiments, qui affectent l’environnement côtier et marin. Cette prise de conscience reste toutefois minimale, et ne repose pas sur des connaissances “réelles” en science, en biologie ou en écologie, en particulier des relations de cause à effets.

Les pêcheurs possèdent une connaissance de base transmise de génération en génération par les autres (famille, amis), qui leur permet de pêcher, finalement, de la même manière que ceux de la génération précédente. Cette connaissance peut concerner l’emplacement des zones de pêche, comment fabriquer des pièges, à quel moment pêcher, etc.

Le travail sur la nomenclature et la classification des poissons et des autres ressources marines, a montré qu’il existe des différences dans les noms donnés à différents poissons même parmi les membres d’une même communauté de pêcheurs. Les différences, en général, disparaissent presque quand la taille, et par conséquent ainsi la valeur commerciale du poisson, augmentent. Ainsi, alors que les petits poissons “sans valeur” tels que les holocentres rouge, castagnoles et “hamlets” peuvent être classés en rébéka, bouki, , sélinet ou simplement réjet (rejets) en tant que groupe, les plus gros poissons intéressants commercialement ont une classification plus distinctive et plus uniforme, telle que dorad (dauphin), tiara (coryphènes), sad (“snapper”) ou nëg (mérou).

Les poissons sont aussi classifiés par lieu, par exemple, en fliet (en pleine eau), zèb (dans les herbiers), ou roch (dans les zones rocheuses et les récifs coralliens). Les poissons sont aussi classifiés commercialement en pwason rouge, pwason blanc par la plupart des utilisateurs, ou en pwason nwa (réjet). pwason rouge inclut généralement les plus gros poissons intéressants commercialement tels que les thons, le coryphène, ou le “snapper”. pwason blanc inclut les balistes, les grand poissons perroquets, le chirurgien et certains des plus petits “snappers”. pwason nwa inclues poissons chirurgiens, “hamlets”, “sergeants majors”, et d’autres poissons plus petits normalement classifiés en réjet.

Les pwason rouge se vendent en général sur les marchés bourgeois, aux hôtels et aux particuliers. Les pwason blanc se vendent généralement sur les marchés des classes moyennes, et les pwason nwa sont d’habitude mangés par les pêcheurs, ou vendus au marché des plus pauvres.

Il est important de noter qu’un même poisson peut être classé selon ce système de manière différente selon sa taille. La classification d ’ un même poisson peut aussi changer en fonction de ses différents stades d’évolution. Par exemple, le scaridae (poisson perroquet), est classifié en flérin, , rébeka (pwason nwa) quand il est petit, et puis grimpe d’un échelon dans la classification à mesure qu’il grandit pour devenir pwason blanc, et peut finalement devenir pwason rouge selon l’espèce et la taille finale.

CONCLUSION

Pour limiter la surexploitation des ressources, il faut une éducation qui combine, de manière intégrée, connaissances traditionnelles (empiriques) et scientifiques, en particulier par la retranscription écrite des traditions orales. Les pêcheurs ont souvent une compréhension intime du comportement des poissons. Mais une partie de cette connaissance n’est transmise qu’à un nombre limité de personnes.

RÉSUMÉ DES DÉBATS

La discussion sur la relation entre pauvreté et exploitation de l’environnement s’est poursuivie. Au Nigeria, par exemple, les rejets de poissons sont transformés en nourriture à volailles et ainsi très peu est gaspillé.

En termes de société, il a été souligné qu’aux niveaux extrêmes de pauvreté, le système de valeur doit être remis en cause, et si possible ajusté ou modifié par une sorte de travail d’ingénierie ethnique/sociale. Il est particulièrement important de changer l’attitude de “laisser-faire” des gens vis-à-vis des dégâts causés à l’environnement et de l’épuisement des ressources, sinon la situation va simplement s’aggraver. Il faut éduquer les pêcheurs et les communautés afin d’améliorer leur compréhension de la gestion des ressources.

Puisque les facteurs industriels et sociaux sont les moteurs du changement, peut être faudrait-il prendre en compte ces indicateurs avant de s’intéresser aux bio-indicateurs.

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IMPLIQUER LES POPULATIONS :PARTICIPATION DES COMMUNAUTÉS AU DÉVELOPPEMENT DES RÉGIONS CÔTIÈRES

PARTICIPATION DE LA COMMUNAUTÉ : EXEMPLES DE LOCÉAN INDIEN
A. Boina, Commission de l’océan Indien, Centre national de documentation et recherche scientifique, Comores

INTRODUCTION

La participation, ou développement partagé, est un processus qui permet aux populations, aux communautés, ou aux pays d’exprimer leurs points de vue et d’augmenter leur autonomie. Par la négociation, leur rôle n’est plus passif ou servile, et ils deviennent ainsi des intervenants actifs. La participation est un élément essentiel du processus de gestion intégrée durable des régions côtières. Elle implique la formation des populations afin de perpétuer et de soutenir certaines actions.

TACTIQUES POUR UN DÉVELOPPEMENT PARTAGÉ

Un processus judicieux de consultation, combiné à une observation et une analyse prolongées devrait précéder la définition des projets. Avant tout, il est également nécessaire de prendre en compte les éléments suivants :

La planification et l’organisation d’un projet doivent rester souples afin de donner aux gens une véritable opportunité de participer aux différentes phases du projet. Les expérimentations et la recherche devraient fortement influencer les orientations à prendre et des changements devraient pouvoir avoir lieu pendant toute la durée du projet. Les responsables du projet doivent éviter de prendre une attitude pédante et un ton condescendant.

GOUVERNANCE

À toutes les étapes du processus de gestion intégrée des régions côtières, légalité et légitimité doivent constituer un objectif majeur. Ceci peut être réalisé dans un cadre qui associe la gouvernance locale (laquelle constitue l’ensemble des arrangements institutionnels incluant les structures gouverne-mentales et non gouvernementales), le cadre légal, et les normes traditionnelles et sociales de la population locale.

MOBILISER LES POPULATIONS

RÉFLEXION STRATÉGIQUE POUR L’ACTION ENVIRONNEMENTALE

Un exemple de réflexion stratégique a été donné par l’auteur concernant la gestion des déchets ménagers et l’entretien des plages dans la baie d’Itsandra (Comores). En référence à ces objectifs, il a décrit les problèmes, les actions, les moyens, les intervenants, et les outils impliqués. Il a souligné qu’une gestion réussie se réalise à l’aide d’un comité de collaboration, et par l’action des membres des villages de la baie.

CONCLUSION

Pour permettre aux populations de participer, il faut :

La liste n’est pas exhaustive étant donné qu’il n’existe pas de concepts universels visant à encourager la participation des populations.

APPROCHES EXPÉRIMENTALES SUR LA PARTICIPATION DE LA POPULATION DANS LES PÊCHERIES CÔTIÈRES ARTISANALES EN AMÉRIQUE LATINE
O. Defeo, Département des ressources marines, CINVESTAV, Unité Mérida, Yucatán, Mexique

Les écosystèmes côtiers d’Amérique latine sont affectés par des activités à terre et en mer en pleine croissance : le tourisme, les loisirs, la pêche, la mariculture, l’évacuation des déchets domestiques et industriels, les activités militaires, le transport, les industries minières sont liés à l’énergie. Lorsqu’elles ne sont pas planifiées, ces activités ont un impact et sont une menace pour la biodiversité, y compris celle des importantes espèces de valeur économique. Les pêcheries artisanales à petite échelle constituent un élément socio-économique important du monde de la pêche de l’Amérique latine et des Caraïbes. Ces pêcheries représentent un important bassin d’emploi et représentent une source clé de produits alimentaires de grande qualité, qui génèrent d’importants revenus directs aux communautés artisanales et de forts revenus à l’exportation pour les pays d’Amérique latine. Le développement de ces pêches peut être caractérisé par six phases contrastées qui reflètent les tendances à long terme de la valeur des prises et des exportations :

  1. développement

  2. expansion

  3. surexploitation

  4. fermeture

  5. stabilisation

  6. institutionnalisation/consolidation.

Dans la majorité des cas, seules les trois premières phases ont eu lieu et plusieurs pêcheries côtières sont, à présent, surexploitées de manière dramatique et se sont effondrées. Une des causes principales de ces effondrements est l’absence de participation des pêcheurs dans les discussions au sujet de la gestion. Sont présentés ci-dessous, deux cas pour lesquels des pratiques expérimentales et de cogestion ont été utilisées.

LA PALOURDE JAUNE MESODESMA MACTROIDES EN URUGUAY

La palourde jaune Mesodesma mactroides est un bivalve sédentaire que l’on trouve le long des zones intertidales tempérées chaudes de la côte atlantique de l’Amérique du Sud. Cette espèce est ramassée de manière artisanale (à la pelle et à la main) sur les plages sableuses du Brésil, d’Argentine et d’Uruguay. En Uruguay, les phases de l’histoire des pêches à la palourde jaune ressemble de près à celles décrites ci-dessus. Les prises de palourdes jaunes étaient faibles avant les années 80, période pour laquelle il n’existe pas de données statistiques sur l’activité. La phase d’expansion a débuté dans les années 80, lorsque les prises ont été multipliées par 3.5 en cinq ans (de 62 tonnes en 1981 à 219 tonnes en 1985). Les prises ont diminué de plus de 100% entre 1985 et 1986, et dans le premier quart de 1987, seulement 11 tonnes ont été ramassées (phase de surexploitation). Les pêcheries ont alors été fermées pour 32 mois consécutifs, d’avril 1987 à novembre 1989. Cette idée a été encouragée par des biologistes spécialistes des ressources, comme expérience de gestion afin d’étudier les effets des activités de pêche sur la démographie de la palourde jaune. Pendant la fermeture de la pêche, l’interaction entre les utilisateurs de la ressource, l’administration des zones côtières marines et les biologistes des pêches pendant le processus expérimental a été identifiée comme une pratique éclairée. Le petit groupe bien identifié de pêcheurs locaux a été particulièrement impliqué dans l’application des réglementations afin de mettre en place un contrôle précis de l’expérience. L’Institut national des pêches a approuvé et encouragé l’initiative scientifique (un bon climat politique était présent).

L’expérience a livré des informations significatives du point de vue écologique. L’étude à long terme a montré que la pêche peut avoir une influence sur la démographie et l’abondance des coquillages, au-delà des effets de l’exploitation, mettant ainsi en évidence les implications écologiques des hommes en tant que prédateurs au sommet de la hiérarchie du système, et aussi comme source de perturbation du milieu physique par le biais du ramassage. La manipulation expérimentale des pêcheries a permis d’identifier les effets positifs et négatifs de la pêche avec des implications significatives pour la gestion. La pêcherie a été rouverte à partir de décembre 1989, période au cours de laquelle deux stratégies de gestion opérationnelle supplémentaires ont été mises en oeuvre :  

  1. un volume minimum de prise par pêcheur, la priorité étant donnés aux pêcheurs les plus anciens dans l’activité,  

  2. un schéma de gestion de l’espace, en raison de l’hétérogénéité de l’habitat, qui prend en compte les variations dans l’espace et dans le temps de l’abondance des ressources et de l’effort de pêche exercé.  

Le rétablissement solide et rapide s’est traduit par un taux élevé dans l’effort de prise par unité réalisé par les pêcheurs quand la pêcherie a été rouverte pendant l’été 1990. L’attribution de droits de propriété à chaque pêcheur a débouché sur un mécanisme utile qui a évité “la tragédie des communs”, pour maintenir les stocks à des niveaux souhaitables et pour améliorer la qualité de vie des pêcheurs (ces deux derniers éléments sont des indicateurs quantitatifs). Ainsi, la phase de stabilisation s’est produite après que la pêcherie ait été fermée. Pendant cette période, l’effort de prise par unité était deux fois plus élevée que pendant les années précédant la fermeture.

Suivant une décision du conseil de gestion, la pêcherie a été laissée en libre accès depuis 1992 ce qui a entraîné un second effondrement une année plus tard. Ainsi, la sixième phase, dite période de “consolidation”, n’a pas été atteinte en raison d’une décision non éclairée des responsables du gouvernement.  

EXPLOITATIONS ARTISANALES CÔTIÈRES DE COQUILLAGES AU CHILI

La faune benthique chilienne est variée. Plus de soixante espèces d’invertébrés génèrent des prises annuelles de l’ordre de 150 000 tonnes, d’une valeur à l’exportation dépassant 100 millions de dollars. Le ramassage est réservé aux plongeurs artisanaux et à ceux pour qui, il s’agit de nourriture de subsistance. Au cours des quinze dernières années, un certain nombre de coquillages ont été surexploités et, dans certains cas, la pêcherie s’est écroulée. Les fermetures des pêcheries n’ayant pas été efficaces, des activités illégales à grande échelle se sont développées le long de la côte. En 1991, la Loi chilienne sur les Pêches et l’Aquaculture a été adoptée. Elle prend en compte les principales connaissances en matière de pêches et d’écologie développées par les scientifiques locaux, telles que la mise en place de réserves marines et de “Zones Marines d’Exploitation” (ZME). Ces ZME, définies dans des petits secteurs côtiers (c’est-à-dire moins de 100 ha de fonds marins), ne sont accessibles qu’aux communautés artisanales organisées, et ont été octroyées pour deux ans sur la base de plans de gestion et d’exploitation adoptés en commun par les pêcheurs, les autorités maritimes et les scientifiques.

L’implication de la communauté a amélioré l’efficacité des programmes de gestion des coquillages et constitue un outil efficace par le biais duquel les pêcheurs, les scientifiques et les gestionnaires peuvent améliorer la qualité du processus de régulation. La cogestion des petites ZME s’est traduite par une augmentation des prises, des efforts de prises par unité et des revenus perçus par les pêcheurs en raison de la plus grande qualité du produit (taille des individus) par comparaison à ceux des zones de pêche en libre accès. Les résultats prometteurs de repeuplement naturel en coquillages dans les anses ou “caletas” gérées par les communautés organisées de pêcheurs donnent l’espoir d’une utilisation durable des ressources benthiques. La cogestion permet aux pêcheurs de partager les prises de décision. En fait, le sentiment d’appropriation par les pêcheurs est un des éléments les plus importants qui a déterminé le succès de cette pratique de gestion éclairée développée au Chili.

Ces deux cas représentent deux exemples réussis d’expériences pilotes de cogestion. Mais un problème d’échelle empêche de les généraliser à d’autres cultures ou régions. Chaque région suit ses propres voies pour atteindre ses objectifs de cogestion éclairée.

RÉSUMÉ DES DÉBATS

La question a été posée de savoir si le projet des Comores sera durable une fois que le financement extérieur aura cessé. Des efforts d’autofinancement par l’éco-tourisme et l’artisanat devraient transformer ces voeux en réalité.

En ce qui concerne les projets de cogestion des pêcheries en Amérique du sud, l’importance de la volonté politique dans le succès des projets a été soulignée. Le succès et l’acceptation de la fermeture des pêcheries pourraient aussi dépendre de l’existence de sources alternatives de revenus pour les pêcheurs.

Les deux intervenants de cette session ont traité le thème selon des points de vue différents qui reflètent leurs profils personnels, respectivement les sciences sociales et les sciences naturelles, et il était intéressant de noter les points de convergence et de divergence dans les présentations.

À la suite de la discussion sur les présentations, quelques participants ont souligné la nécessité de développer des perspectives claires à partir de cette réunion, étant donné en particulier les divergences et les réflexions stimulantes des interventions.

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