Environnement et développement
dans les régions côtières et les petites îles
  
SECTION II

CRÉER UN RÉSEAU DE PROJETS PILOTES

CSI info 10

LE RÉSEAU NORDIC BALTIQUE SUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE DES RÉGIONS CÔTIÈRES

ASPECTS GÉNÉRAUX DES BUTS DU RÉSEAU
A. Sandberg, Université de Tromsö, Norvège

Permettez-moi une observation provocante avant que je n’aborde le réseau mer du Nord – mer Baltique. Vu du nord du cercle arctique, les gens ne sont pas toujours en train de dégrader l’environnement. En fait, dans de nombreux cas, les gens améliorent l’environnement. Ce que l’on appelle les paysages culturels côtiers, possèdent très souvent une plus grande biodiversité que les espaces sauvages littoraux.

Une pratique non éclairée des pays du nord est de permettre ou d’encourager le dépeuplement rural des côtes. Ceci entraîne parfois une perte de la biodiversité littorale. Par exemple, la dégradation de l’habitat du canard Eider, qui est un environnement amélioré par l’homme, signifie moins de canards. Même l’amélioration des stocks de saumons souffre de la disparition des gens. La présence humaine est donc nécessaire lorsque l’on parle d’écologie.

Le réseau Nordic – Baltique est un projet à long terme car la coopération entre les pays doit se construire sur la confiance. Cela se construit lentement. Notre expérience nous enseigne que lorsqu’on aborde la gestion durable des ressources, on touche aux questions constitutionnelles nationales, c’est-à-dire à la façon dont un pays donné est structuré. Les gens doivent avoir confiance les uns en les autres pour discuter des dilemmes constitutionnels en relation avec leurs pays respectifs. Je suis sûr que ces discussions vous sont familières.

Le réseau consiste aujourd’hui en cinq pays nordiques et trois pays baltes et il devrait s’étendre en Baltique, à la Russie (St Petersbourg et Kaliningrad), la Pologne et l’Allemagne. Il est constitué de scientifiques et de formateurs en GZC, de directeurs et planificateurs au niveau local, et de décideurs de politiques nationales, qui à la fois facilitent, mais aussi rendent parfois plus difficile la GZC.

Nous avons jusqu’ici tenu deux réunions, l’une en 1997 à Oslo où nous nous sommes mis d’accord sur les objectifs à atteindre pour 1998, et l’autre en 1998, à Jurmala (Lettonie). Une troisième rencontre est prévue en mai 1999 à Frederikstad. Nous avons démarré un processus de synthèse des expériences nationales en développement côtier en 1997.

Il y a énormément de projets de développement côtier dans la région, en particulier au niveau municipal, certains en cours d’exécution, d’autres pas. En Europe occidentale et du nord, il y a 38 projets de démonstration de l’UE, qui doivent être achevés au printemps 1999. Nous avons même des plans provinciaux côtiers qui tentent d’aller au-delà du niveau municipal. Une des problématiques urgentes en matière de planification et de gestion le long des côtes de l’Atlantique et de la Baltique concerne la croissance de l’aquaculture qui exerce une pression sur les écosystèmes et, dans une certaine mesure, sur les sociétés littorales.

Il est temps de commencer le travail de synthèse des expériences dans les différents pays, sur leur base légale et leur structure institutionnelle. C’est un stade qui va au-delà d’une approche par étude de cas. Ces comparaisons permettent aux scientifiques des analyses plus approfondies. Les expériences des autres pays présentent des perspectives différentes sur les problèmes individuels. Elles offrent aussi aux responsables politiques une occasion de développer des politiques plus efficaces (plus de transparence et moins de dépenses de transaction) et peuvent favoriser la décentralisation administrative et donner du pouvoir aux communautés littorales en cas de réussite.

Cet exemple de huit petits pays coopérant entre eux et échangeant des expériences en planification et gestion des zones côtières, peut être copié et appliqué ailleurs. 

COOPÉRATION INTER-MUNICIPALE IMPLIQUANT RECHERCHE INTERDISCIPLINAIRE ET FORMATION INTERACTIVE POUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE DES ZONES CÔTIÈRES EN LETTONIE
R. Ernsteins, Centre pour les sciences de l’environnement et les études en gestion, Université de Latvia, Riga, Latvia

INTRODUCTION

Les plans gouvernementaux en Lettonie, envisagent des dispositions qui visent à la durabilité à long terme, par un développement équilibré basé sur l’agriculture, l’industrie et les méthodes traditionnelles de développement, tout en incorporant de nouveaux éléments tels que le “tourisme vert”, la prévention maximale des pollutions environnementales, la promotion accrue de la culture locale (en accordant un intérêt particulier aux minorités nationales), et par l’introduction de technologies respectueuses de l’environnement dans les principaux domaines d’activités de production locale.

De manière générale, la situation est fragile en raison du régime frontalier avec l’ancienne Union Soviétique (à environ 30 km de la côte de la Baltique). Des conditions spécifiques en découlent qui créent des obstacles au développement, d’une part, par la nature fermée de certaines de ces régions et leur accès limité, et d’autre part par la présence d’une nature protégée et d’espèces rares. Aujourd’hui, les autorités ont toutes les responsabilités mais pas assez d’expérience, de compétences et de connaissances. Dans de nombreux cas, elles doivent démarrer leur planification de “zéro”, car elles disposent d’infrastructures insuffisantes, de peu de finances et n’ont pas assez de capacités de production industrielle ou agricole sur leurs territoires. Les conditions actuelles les limitent ainsi dans leur utilisation souple des avantages de l’économie de marché.

POLITIQUE DU GOUVERNEMENT ET PRATIQUES POUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE DES ZONES CÔTIÈRES

Le plan national de la politique environnementale (PNPE) pour la Lettonie a été adopté par le gouvernement en 1995. Un ensemble de priorités a été identifié concernant les investissements dans le secteur de l’environnement. Celles-ci incluent les domaines de l’eau, de l’air, des déchets et de la protection de la nature, ainsi que des projets de développement durable. Le programme national pour la protection de l’environnement de la Mer Baltique a inauguré un programme d’investissement en gestion intégrée des zones côtières. Ces programmes sont co-financés par différentes sources nationales et internationales. Les municipalités contribuent à hauteur de 10%. Les décisions des institutions internationales de financement se fondent de plus en plus sur une approche de programme d’investissement et non plus de projets uniques.

Ce qui suit est un court aperçu des projets en gestion intégrée des zones côtières en cours par/sous la responsabilité du Ministère de la protection de l’environnement et du développement régional de Lettonie (VARAM) financés par le programme PHARE et la Banque Mondiale. L’accent principal est mis sur le développement des projets de gestion de la nature dans les territoires potentiels de protection du littoral, par exemple, le Parc national de Slitere, le Parc national de Kemeri, Engure Nature, ainsi que le développement de l’éco-tourisme et les applications des SIG.

Le projet de gestion intégrée des zones côtières (financé par le programme PHARE de l’UE) pour la Lettonie et la Lituanie, s’est achevé cette année. L’ensemble du projet a été sélectionné comme projet de démonstration européen et a suscité l’intérêt municipal.

Afin de faciliter la réalisation du projet municipal, VARAM envisage de signer un “accord de principe” identifiant les responsabilités et les obligations de toutes les parties. La diffusion de l’information et l’implication des municipalités dans l’ensemble du cycle du projet, y compris la supervision et la sensibilisation du public, doivent être assurés. Il est évident qu’il existe une demande croissante pour la recherche inter-disciplinaire et la formation interactive. Le Centre pour la science de l’environnement et les études de gestion (CESAMS) joue un rôle prépondérant dans ces approches innovantes.

RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT INTERDISCIPLINAIRES POUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE DES ZONES CÔTIÈRES (DDZC)

Au CESAMS, une unité multidisciplinaire de l’Université de Lettonie, des projets de recherche et de développement transectoriels socio-environnementaux dans les domaines de sensibilisation à l’environnement et de participation du public sont en cours. Ils incluent la résolution de problèmes environnementaux et la mise en application de l’Agenda 21 local aux différents niveaux administratifs : municipalités rurales, groupes/partenariat entre municipalités rurales, villes et districts.

ÉDUCATION ET FORMATION INTERACTIVES POUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE DES ZONES CÔTIÈRES

Le séminaire interactif d’auto-formation (en 1996/97) “Développement durable et démocratie dans les municipalités de Lettonie” a été organisé pour différents niveaux municipaux et différents groupes cibles (enseignants, ONG, hommes politiques, entrepreneurs, fermiers, etc.).

L’éducation et la gestion environnementale pour les zones côtières ont été conjointement intégrées dans le programme d’études du Mastère ainsi que d’autres programmes et cours de formation des deuxièmes et troisième cycles. Les étudiants en maîtrise venant des municipalités et des autorités chargées de l’environnement font leurs études de terrain et leurs rapport de Mastère sur les zones côtières. Les données obtenues par les activités de recherche sont utilisées pour développer des recommandations pour une gestion éclairée de certains écosystèmes des zones côtières.

COOPÉRATION INTER-MUNICIPALE POUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE DES ZONES CÔTIÈRES

L’expérience en recherche et formation tirée des projets de développement dans les municipalités lettoniennes, en particulier dans les territoires côtiers, fournit des conclusions générales quant au transfert et à l’application des connaissances environnementales aux administrations locales.

On peut en conclure que les municipalités ne sont pas préparées et sont surchargées par les nécessités quotidiennes. Elles sont rarement capables de demander, recevoir, discuter et inclure les connaissances environnementales dans les activités de développement de leurs territoires. Malheureusement, la communauté des chercheurs et les administrations chargées de l’environnement n’ont pas l’expérience ou la motivation suffisantes pour transmettre et communiquer, juste les connaissances existantes, aux municipalités, aux décideurs et au grand public.

Le public local est rarement bien représenté dans les ONG, et n’est pas informé de manière satisfaisante. Par conséquent, le fossé qui existe entre compréhension et coopération, par tous les acteurs, entraîne une gestion du type “apprentissage par la pratique”.

Il est aussi reconnu que les programmes et les projets de développement régional, ainsi que les lois et l’évolution de l’administration dans la République de Lettonnie, n’en sont qu’au tout début de leur mise en oeuvre. Un certain degré de confusion et d’instabilité existe.

Dans la pratique, les intérêts urgents actuels des municipalités pourraient aller à l’encontre des intérêts à long terme des spécialistes de la protection de l’environnement, conduisant souvent à une approche hiérarchique du haut vers le bas en matière de gestion de l’environnement, sans véritable dialogue. Récemment, un certain nombre d’ONG locales et régionales, des associations professionnelles (agriculture bio-dynamique, tourisme, etc.), les médias et d’autres nouveaux acteurs ont émergé et pourraient avoir des rôles importants à jouer.

DÉVELOPPEMENT DES PRATIQUES ÉCLAIRÉES POUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE DES ZONES CÔTIÈRES

Il est de toute première importance de diffuser sous forme de documents imprimés ou pendant des séminaires, la transcription en “histoires à succès”, ou “pratiques éclairées” des études de cas pilotes positifs.

Des programmes de formation réguliers pour les responsables locaux et autres représentants des municipalités de niveau local, ont une grande valeur et sont d’une importance cruciale pour le succès. Ces programmes s’adressent à des responsables actifs, jeunes et modernes de municipalités de niveau local, à des groupes d’employés et de personnes intéressées, des ONG locales, et les médias locaux.

Quelques projets locaux sont listés ci-dessous :

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LE PROJET SUR LES PROCESSUS DE SURVIE DANS LA RÉGION CIRCUMPOLAIRE
J. Baerenholdt, Département de géographie, Université de Roskilde, Danemark

La présentation a décrit brièvement quelques idées générales issues du projet sur les processus de survie dans la région circumpolaire UNESCO (MOST), un projet international en science sociale comparative qui se concentre sur des localités de la zone circumpolaire nord (Canada, Groenland, Islande, les Féroé, Danemark, Norvège, Suède, Finlande et Russie). Le projet traite des changements sociaux, qui sont associés au défi de l’intégration d’éléments à caractère non local. En d’autre termes : la menace de marginalisation par la “globalisation”.

Les études de cas du programme MOST sur les pêcheries de l’Atlantique nord ont un intérêt particulier pour la plate-forme CSI, car les ressources, les partie prenantes et les marchés ont un caractère extra-local, en raison de la mobilité et des variations des stocks de poissons, des quotas de pêche (en particulier dans le cas des “quotas individuellement transférables”) et des entreprises de pêche. Il existe une compétition entre les États et les localités, qui dépendent en partie des mêmes ressources, des mêmes systèmes de gestion, des mêmes sociétés et des mêmes marchés.

Dans un ouvrage récent, nous avons défini des “stratégies de survie” comme principes à suivre. Les stratégies de survie sont :

  1. Innovantes (pour répondre à la restructuration mondiale)

  2. Collectives, fondées sur le face-à-face

  3. Tournées vers l’action et constructives, générant une identité

La question principale pour la recherche est : comment les liens locaux (entre entreprises, autorités, organisations de volontaires, etc.) renforcent-ils le pouvoir des résidents pour qu’ils maîtrisent les marchés extra-locaux, les administrations et organisations nationales/régionales ?

Ces définitions et cette question doivent être envisagées dans le contexte spécifique des problèmes rencontrés dans le Nord circumpolaire, c’est-à-dire la marginalisation et la dépopulation des régions à ressources. L’approche ainsi est centrée sur la façon de restructurer les économies locales en relation avec les ressources extra-locales, les parties prenantes extra-locales et les marchés extra-locaux.

Pendant la conférence PSRC sur la stratégie des utilisateurs, à Isafjordur en Islande en mars 1998, où se sont retrouvés des responsables municipaux et des chercheurs de 12 localités différentes du Canada, du Groenland, d’Islande, des Îles Féroé, du Danemark, de Norvège, de Suède, de Finlande et de Russie. Une expérience partagée semble indiquer que le succès du développement d’une localité est lié au le contrôle de quatre formes différentes de “capital” :

Il existe de bons exemples nordiques, mais il y a aussi des localités perdues de vue en raison des crises dues à un manque de capital économique et surtout de capital social (en Russie) et aussi à un manque de capital naturel (fermeture des pêcheries au Labrador et à Terre-Neuve). Dans ce contexte, cela vaut la peine de s’attarder sur l’étude de cas PSRC de Teriberka sur la côte Murman de la région de Murmansk en Russie, car cette localité pourrait aussi intéresser la plate-forme CSI.

Sur la base du PSRC, les résultats suivants peuvent être escomptés :

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LES PETITES VILLES CÔTIÈRES DINTÉRÊT HISTORIQUE : RÉSEAU INTERRÉGIONAL DE SOUTIEN POUR LA ZONE MÉDITERRANÉENNE

LEÇONS TIRÉES DU CAS D’ESSAOUIRA : RESTAURATION DES REMPARTS DU BASTION OUEST
A. El Mouatez, Conseiller Municipal d’Essaouira, Maroc

DESCRIPTION DU PROJET DE RESTAURATION DU REMPART

Sur la partie terrestre, le projet est co-sponsorisé par la municipalité et le Bureau du secrétariat d’État chargé des affaires culturelles. L’objectif du projet est de renouveler l’enduit de la muraille de la ville d’Essaouira. L’enduit sur le mur a commencé à s’effriter car la chaux a été mal éteinte, et l’enduit qui aurait dû comporter de la pâte de chaux, était composé de lait de chaux. Par conséquent, l’enduit sèche trop vite et n’adhère pas au mur.

La procédure normale à suivre pendant de tels travaux est d’établir un cahier de prescriptions spécifiques (CPS). La direction du patrimoine lance un appel d’offre pour sélectionner une entreprise, et un architecte privé pour suivre le projet en collaboration avec l’inspecteur des monuments historiques d’Essaouira.

Les causes du problème mentionné ci-dessus sont les suivantes

  1. Le CPS donnait la composition de l’enduit, c’est-à-dire les éléments et les matériaux à mélanger ainsi que le dosage, mais il n’expliquait pas la méthode pour obtenir un élément essentiel, la pâte de chaux.

  2. Le CPS n’expliquait pas non plus le protocole à suivre pour arriver au résultat désiré, dans le cas présent, une succession de couches fines, espacées dans le temps pour leur permettre de sécher convenablement et de bien adhérer.

  3. La commission mixte chargée du suivi (constituée de représentants de la municipalité, de la province, des travaux publiques et de l’inspection des monuments historiques) a exigé de l’entrepreneur qu’il reprenne le travail à ses frais. Le travail a été refait, mais selon les experts, Alain Charles Perrot (architecte en chef des monuments historiques de Paris) et Claude Monteil (directeur des Compagnons du Devoir) qui ont vu les travaux, cette opération n’est toujours pas satisfaisante car le travail a été fait à la hâte sans suffisamment respecter les phases mentionnées ci-dessus.

À partir de cette expérience, deux conclusions peuvent être tirées en ce qui concerne les “mauvaises pratiques”. D’une part, on a essayé d’associer deux logiques opposées : d’abord celle de la restauration qui nécessite le respect des techniques, de la minutie, et surtout du temps, et ensuite, celle de l’entreprise dont la motivation est de réaliser le travail le plus vite possible pour des raisons économiques. La deuxième conclusion est que les ouvriers manquent de formation à la restauration des monuments historiques. En réalité, la “culture de restauration” n’est pas encore enracinée. Il est donc nécessaire d’encadrer les ouvriers au moins pendant une période pilote initiale sur le chantier.

Sur les remparts côté mer, la muraille délabrée a présenté quelques problèmes, tels les brèches profondes et les cavités dans les rochers de soubassement, dues à la force des vagues et à l’érosion chimique accélérée par les eaux usées et les acides déversés directement dans la mer.

Les travaux de consolidation en ciment ont eu des effets néfastes (le ciment se décolle avec les éléments constitutifs de la muraille). Des missions d’experts ont examiné la question. Elles s’accordent sur la nécessité d’assurer une protection à long terme de la muraille. Ceci peut être réalisé par la mise en place d’une structure comblant le vide existant entre les récifs rocheux se trouvant à peu près à 300 m de la muraille.

Mais dans l’immédiat, elles ont souligné la nécessité d’une méthodologie commune. Des consultations doivent avoir lieu entre les différents spécialistes pour proposer une méthode pour la protection provisoire du chantier, qui soit efficace et tienne compte des mouvements des marées. Leur première conclusion donc est que le travail au pied de la muraille et sur la façade côté mer devra attendre le printemps. Pendant ce temps, un plan pour poursuivre les travaux sur le chemin de ronde et les créneaux devrait être élaboré.

En attendant le printemps, il faudrait tester les enduits et des parpaings de chaux sur les parties accessibles de la muraille pour voir comment réagissent les matériaux exposés à la mer au cours de l’hiver. Au printemps prochain, plusieurs approches devront être testées sur des linéaires réduits.

Pour un chantier aussi complexe, l’approche expérimentale est la seule possible. Pour pouvoir définir plus rapidement une méthodologie applicable par la suite à l’ensemble de la muraille, il faut multiplier la nature des expériences en utilisant des méthodes et des matériaux variés.

LE BASTION OUEST

Ce projet de restauration est réalisé par la municipalité en collaboration avec la province, l’Agenda 21, l’ambassade de France, l’ADEFRAM et les Compagnons du devoir. Les travaux ont commencé fin février et devraient se terminer fin décembre.

L’originalité de ce travail réside dans son approche “chantier-école”. Les apprentis sont suivis en continu par des représentants des différents partenaires cités ci-dessus, et surtout par des Compagnons du devoir. Tous les observateurs s’accordent sur la qualité des travaux. La restauration est effectuée selon “les règles de l’art”.

La méthodologie adoptée a permis d’une part un contrôle quotidien par des professionnels, et d’autre part la formation d’apprentis qui pourront intervenir de manière plus professionnelle sur d’autres chantiers. À cette occasion, il serait souhaitable d’aider ces jeunes à monter leurs propres entreprises.

À travers ces exemples, j’ai essayé de montrer que dans toute expérience il y a des “bonnes pratiques” et des “mauvaises pratiques”. Les premières sont importantes car elles serviront de modèles pour les autres villes du Maroc ou celles du réseau des villes côtières coordonné par l’UNESCO. À mon avis, les “mauvaises pratiques” ont encore plus d’importance, car au niveau local elles permettent de rectifier le tir et de dégager les facteurs qui ont conduit à l’échec. Ceci pourrait aider nos partenaires à gagner du temps et à ne pas commettre les mêmes erreurs. Nous espérons qu’au cours du prochain atelier nous pourrons découvrir les expériences des autres villes appartenant au réseau.

Enfin, il apparaît que la restauration des monuments historiques est une opération complexe, très coûteuse, réclamant une qualification professionnelle et surtout du temps pour sa mise en oeuvre. Cette “culture de restauration” à Essaouira est encore à un stade “embryonnaire”. Au vue de la prise de conscience des autorités et de la population locale vis-à-vis de l’importance de la sauvegarde des monuments pour la promotion et le développement économique de la ville, rend ce but apparaît accessible.

LA PETITE VILLE CÔTIÈRE DINTÉRÊT HISTORIQUE D’OMISALJ, CROATIE
G. Campeol, Institut universitaire d’architecture de Venise, Italie

Cette étude de cas à Omisalj sur la côte nord de la mer Adriatique a été développée en coopération avec l’université de Venise, la faculté d’agronomie de Gemble (Belgique) et la faculté d’architecture de Zagreb (Croatie).  Les sites étudiés et que l’on utilise actuellement pour définir le projet final, sont des exemples très intéressants et pertinents pour le thème des “Petites villes historiques côtières”.

Du point de vue géographique, Omisalj est un cas représentatif des autres villes d’Italie, telles que Venise, Syracuse, Augusta, Notto, Otranto, Brindisi et Tarente. Une étude de cas est prévue pour la ville de Kotor au Monténégro. Ce projet aboutira à un partenariat entre l’université de Gènes, la faculté d’architecture de Florence et l’École polytechnique de Milan. L’objectif principal est d’encourager une approche transdisciplinaire pour créer des projets intégrés qui associent les municipalités, les gouvernements régionaux et la population.

Omisalj, en Croatie, se trouve dans le nord de l’Adriatique. Le site permet d’identifier des zones géographiques homogènes et hétérogènes, au regard de la situation environnementale.

Le cas d’Omisalj est un exemple de ville méditerranéenne qui a su garder sa valeur symbolique. Cependant, il n’existe aucun lien entre le développement du tourisme et le patrimoine historique. Le développement de l’industrie pétrochimique et des aciéries dans les zones urbaines est à l’origine de problèmes de pollution et des risques d’explosion. Et bien que les sites historiques soient des enclaves dans ces zones industrielles, ils n’en demeurent pas moins des paysages marins extraordinaires. Ces conditions ne sont, certes, pas spécifiques à Omisalj.

L’examen de la carte du site montre que la ville est située sur l’île de Kerke, la plus grande de Croatie. Le centre ville est médiéval, avec une architecture de type vénitien. Le tourisme s’est développé récemment dans le secteur, et la population a quitté le centre ville et a été relogée dans une nouvelle zone résidentielle. Au-delà, on trouve la zone industrielle, l’enclave archéologique de Fulsinum qui est un exemple très important de site de l’ancien régime romain, et enfin, la réserve naturelle avec ses lacs et ses marais.

Ces caractéristiques se retrouvent aussi à Venise, Syracuse, etc. et sont typiques du développement des villes côtières de l’Adriatique et de la zone méditerranéenne en général.

Que peut-on faire ? Dans une première phase, il est nécessaire de développer des ceintures vertes dans les zones industrielles, de déplacer les zones industrielles dangereuses vers des sites plus appropriés, de réinstaller la population dans les zones historiques, et de développer le tourisme et l’éco-tourisme dans les réserves naturelles.

Le cas d’Omisalj permet d’avancer les propositions suivantes :

Les pratiques éclairées consistent à définir des zones géographiques homogènes, et ensuite à fixer les catégories géographiques suivantes :

  1. Les zones urbaines côtières diversifiées ayant de graves problèmes environnementaux – on ne peut qu’envisager des méthodologies et des interventions pratiques dans ces zones ;

  2. De vastes zones côtières d’intérêt environnemental telles que, les villes côtières où les marais et les lagons sont encore préservés ;

  3. Les villes côtières entièrement urbanisées, qui n’ont pas de valeur environnementale.

La définition des zones homogènes permet de faire des recommandations environnementales à l’aide d’une méthodologie transdisciplinaire, d’identifier des collaborateurs locaux, de réaliser des études d’impact, et aussi de faire participer la population.

RÉSUMÉ DES DÉBATS

Ces présentations illustrent deux approches différentes : d’un côté un projet local, qui fait également partie d’une activité intégrée globale décrétée par un gouvernement local et, de l’autre, une approche scientifique basée sur les études de quelques petites villes historiques côtières. Dans les deux approches, la perception des habitants sur les projets est un élément important.

Des éclaircissements supplémentaires ont été recherchés concernant les villes côtières et trois catégories ont été proposées : les zones mixtes où les paysages historiques et industriels sont présents, les zones urbaines continues (par exemple entre Venise et Bari), et les villes côtières aux ressources naturelles de grande qualité.

Il a aussi été souligné que la restauration de bâtiments dans les petites villes historiques de la Méditerranée vise un double objectif :

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ÉCHANGES ENTRE ASSOCIATIONS DE PÊCHEURS DE JAMAÏQUE ET DHAÏTI

LES PÊCHEURS HAÏTIENS TOURNENT LEUR REGARD VERS LEXTÉRIEUR : LÉCHANGE HAÏTI-JAMAÏQUE ENTRE PÊCHEURS
J. Wiener, Fondation pour la protection de la biodiversité marine, Port au Prince, Haïti

CONTEXTE

En décembre 1996, l’Unité chargée des régions côtières et des petites îles (CSI) de l’UNESCO a organisé un séminaire en Haïti dans le but de rassembler des informations locales et d’obtenir un soutien pour la promotion de la protection et de l’utilisation durable des ressources côtières et marines en Haïti. Une des recommandations à la fin de la réunion était qu’il y ait un échange d’idées entre les pêcheurs haïtiens et jamaïcains afin qu’ils partagent leurs réflexions sur les “pratiques éclairées” en cours de développement dans chaque pays.

Deux organisations jumelles ont aidé à réaliser ce programme : la Fondation Caraïbe pour la gestion des zones côtières (CGZC) en Jamaïque, et la Fondation pour la protection de la biodiversité marine (FoProBim) en Haïti.

Grâce au soutien technique et financier de l’UNESCO, aux moyens de transport mis à disposition par les gardes côtes jamaïcains, au carburant fourni par des compagnies pétrolières jamaïcaines, et aux efforts infatigables de la CGZC et de la FoProBiM, l’échange a été prévu pour la période du 25 août au 5 septembre 1998.

Le bureau de l’UNESCO (Haïti) ainsi que la Commission nationale haïtienne de l’UNESCO ont aidé à canaliser la demande pour obtenir des ministères concernés un accord officiel du gouvernement pour l’entrée d’un navire militaire étranger dans les eaux territoriales haïtiennes. Des dispositions ont été prises avec les officiels de l’immigration haïtiens et l’administration du port pour aller à la rencontre du navire des gardes côtes à son arrivée à destination, l’hôtel de la Plage dans la baie de Wahoo, à quelques kilomètres au nord du village de Luly, ainsi que pour son départ d’Haïti, et le retour des Haïtiens une semaine après. Le consul de Jamaïque a facilité la préparation rapide des visas.

Les villages haïtiens participants sont situés dans la baie de la Gonâve : Grand Gonâve, Léogane et Janti sur la côte sud, et Mitan, Cont et Luly sur la côte nord. Chacun de ces villages est représenté au sein de COOPECHE, la fédération départementale de pêche, et chacun a fourni au moins un participant. Les directeurs des Pêcheries et de la Division des ressources naturelles du ministère de l’Agriculture ont été invités, mais n’ont pu participer en raison de leurs obligations.

OBJECTIF DE LÉCHANGE

L’échange a été organisé afin d’offrir une opportunité pour les pêcheurs, et ceux dont les activités ont un lien direct avec la pêche, de partager des idées sur des pratiques qui pourraient avoir un intérêt pour leurs voisins des îles et contribuer à lutter contre la destruction et la dégradation des ressources. La fonction essentielle de la rencontre était donc l’échange de “pratiques éclairées”.

LA RÉACTION HAÏTIENNE À LÉCHANGE

Les Haïtiens qui ont participé à l’échange étaient tous de l’avis que ce type d’activité est extrêmement précieux en termes d’échange d’idées et de méthodes, et pour forger des amitiés. Ils ont reconnu avoir beaucoup à apprendre des Jamaïcains en termes de gestion des ressources côtières et marines, et d’amélioration des méthodes de pêche.

Le centre d’intérêt de la discussion s’est porté sur les différences dans la participation des gouvernements à la gestion et la protection des ressources. En Jamaïque, il a été noté qu’une grande variété d’institutions des secteurs public et privé participent activement, incluant le Service national de conservation des ressources (SNCR) et l’Union des coopératives de la Jamaïque. Le SNCR prend au sérieux son rôle de régulateur et de gestionnaire des ressources marines. D’un autre côté, la plupart des institutions haïtiennes, qu’elles soient publiques ou privées (plus particulièrement dans le secteur public), ont, selon l’expression de quelques pêcheurs haïtiens, “démissionné de leur rôle de structures opérationnelles”. En d’autres termes, le pêcheur haïtien pense avoir été abandonné par les services du gouvernement qui devraient se trouver en première ligne en matière d’activités de gestion côtière et marine. Les pêcheurs haïtiens pensent donc qu’ils doivent organiser eux-mêmes des structures qui s’occuperont de leurs propres besoins et joueront le rôle régulateur que le gouvernement a totalement abandonné

Les Jamaïcains ont trouvé archaïques de nombreuses méthodes de pêches haïtiennes, en particulier le fait que les haïtiens aient encore à ramer ou naviguer à la voile pour se rendre sur leur lieux de pêche quand presque tout pêcheur jamaïcain peut utiliser au moins un moteur hors-bord. Une technique qui a failli causer la colère des Jamaïcains est celle qui consiste, en Haïti, à laisser les filets en place pour une durée maximum de trois jours et que les Jamaïcains ont jugé quasi-criminelle, puis-qu’eux-mêmes ne laissent leur filets que pour une durée maximum de trois heures. La méthode haïtienne est responsable d’un gaspillage souvent important, alors que celui-ci est réduit au minimum avec la méthode jamaïcaine. Les Haïtiens furent surpris de la taille des zones à mangroves qu’ils ont visitées. Ils ont pu prendre conscience de l’impact réel de la pollution haïtienne sur les autres pays lors-qu’ils ont découvert des ordures haïtiennes sur plusieurs plages de Jamaïque.

Les nasses à poissons observées étaient assez similaires à celles fabriquées en Haïti, si ce n’est que les pièges en Haïti sont essentiellement fabriqués en bambous, alors que ceux de Jamaïque ont une structure en bois et sont recouverts de treillis métalliques.

Le choix des pêcheurs de la SNCR d’être eux-mêmes gardes-pêche pour gérer et protéger les pêcheries a particulièrement intéressé les Haïtiens. Ils se sont montrés particulièrement intéressés d’établir ce type d’activité en Haïti. Mais étant donné les faiblesses institutionnelles de la Division des pêches du ministère de l’Agriculture et du ministère de l’Environnement, il n’y a que peu de chances de s’engager dans ce type d’activité en Haïti dans le proche avenir. Les pêcheurs haïtiens ont faits des remarques sur des sujets tels que le besoin d’inscription de tous les pêcheurs auprès du ministère de l’Agriculture. Ceci est déjà exigé par la loi mais n’a jamais été appliqué.

Les Haïtiens ont été impressionnés par le style et les qualités des bateaux de pêche jamaïcains, et sont intéressés par l’acquisition d’une unité pour des essais en Haïti.

De nombreuses coopératives ou associations en Haïti sont impliquées dans plusieurs types différents d’activités dans leurs communautés locales, telles que les écoles, les paroisses et les organismes de prêts. Les coopératives en Jamaïque ne participent pas à la commercialisation du poisson et se concentrent sur la vente de matériel de pêche. Les Haïtiens prirent note de la possibilité de concentrer les activités des coopératives davantage sur une activité unique, la pêche.

Au cours de la réunion, il a aussi été question d’un programme d’assurance des pêcheurs jamaïcains, géré par le Conseil de gestion des pêches de Portland Bight. Les Haïtiens ont montré un intérêt considérable quant à la possibilité d’établir un programme similaire en Haïti. Cependant ce programme, n’en est encore, en Jamaïque, qu’au stade de : “l’élimination de ses anomalies”. Aussi, est-il jugé plus sage d’attendre que soit développé en Jamaïque un programme qui fonctionne correctement et que les Haïtiens pourront ensuite modifier selon leurs propres besoins.

RECOMMANDATIONS/ACTIVITÉS À POURSUIVRE

Des investigations devraient être menées sur les possibilités suivantes :

début Introduction Activités Publications recherche
Pratiques éclairées Régions Thèmes