| Environnement
et développement dans les régions côtières et les petites îles |
| SECTION III |
FAIRE PASSER LE MESSAGE : LE RÔLE DE LA COMMUNICATION ET DE L’ÉDUCATION |
CSI info 10 |
AU-DELÀ DE LA CONFÉRENCE PACSICOM, MAPUTO (JUILLET 1998) (Report de la conferénce)
FAIRE PASSER LE MESSAGE :
LE CAS DE LA PRESSE AU KENYA
W.
Kiai, École de journalisme, Nairobi, Kenya
INTRODUCTION
Dans
cette présentation, l’accent est mis sur la nécessité de changer le
comportement et l’attitude de l’homme vis-à-vis de l’environnement et en
particulier du développement durable des régions côtières. L’attitude de
l’homme et par conséquent son comportement, est complexe car elle a été
apprise au cours de longues périodes, parfois des siècles. De plus, les êtres
humains sont, à tout moment, affectés par de nombreux facteurs. Il est
difficile de prescrire une quelconque formule pour le changement du comportement.
Le contexte de la situation en est un élément critique.
Il
est réconfortant de constater que le rôle vital des médias est reconnu, bien
que son influence précise soit difficile à qualifier.
QUELS SONT LES FACTEURS IMPORTANT D’UNE COMMUNICATION EFFICACE ?
Il
serait bénéfique d’emprunter quelques leçons tirées des secteurs de la
santé et de la population. Le terme “communication pour le changement du
comportement” a été développé et c’est maintenant un véritable concept.
En l’occurrence, il faut être attentif à bien faire la distinction entre
disséminer l’information, informer et communiquer. Le dernier concept est à
double sens, cyclique et dynamique, avec un accent mis sur la rétroaction et la
participation. Les deux autres termes font référence à un émetteur
transmettant un message.
Le
principe de base d’un changement du comportement repose sur les éléments
suivants : une compréhension approfondie de l’auditoire, l’utilisation de
moyens multimédia, le développement de messages efficaces et significatifs, et
un système intégral de suivi et d’évaluation.
UN CADRE D’ACTION
Dans
notre cas particulier, nous avons choisi les mass médias parce qu’ils jouent
un rôle crucial au niveau des politiques et de la prise de décision. Les mass
médias peuvent introduire et maintenir un sujet ou un thème au sein du public
aussi longtemps que possible, encourageant ainsi un débat et, si cela est bien
fait, générer une pression de l’opinion publique.
Mais
il faut être conscient des contraintes en journalisme de l’environnement,
parmi les-quelles : l’absence d’un programme général de communication au
Kenya et dans les autres pays d’Afrique, l’absence de consensus sur qui
devrait être un journaliste de l’environnement (ceux ayant une formation en
environnement ou les journalistes), l’absence de spécialisation en
journalisme de l’environnement, la suspicion que portent les spécialistes en
environnement envers les mass médias, les contraintes de temps associées au
fonctionnement des mass médias et le manque de normalisation dans les offres de
formation en journalisme de l’environnement.
Le
Conseil africain pour l’éducation à la communication (CAEC) – Branche
Kenya, a opté pour une approche différente de la formation au journalisme de
l’environnement. Au lieu d’utiliser la manière classique de présentation
des articles en environnement, une formation pratique a été donnée mettant
l’accent sur l’apprentissage par les journalistes des notions de base sur
l’environnement. Y ont été inclues des sessions pratiques concentrées sur
le contenu environnemental. On espère que cette approche aidera les
journalistes à bien expliquer les phénomènes liés à l’environnement,
fournira des liens vitaux entre toutes les parties prenantes en encourageant et
motivant le public à participer, et promulguera les idées d’un groupe
environnemental de pression puissant.
D’autres
stratégies concernent le renforcement du travail en réseau entre experts en
environnement et journalistes, la production de documents de formation pour les
médias, et l’intégration de l’environnement dans les programmes de
formation en communication/média. L’une de ces publications est un ouvrage
sur les concepts en environnement pour les médias qui a été financé par
l’Institut britannique et qui sera publié vers la fin décembre.
Ceci
intéresse aussi les organisations des médias impliquées dans la formation sur
le tas de journalistes en environnement. Les représentants des institutions de
formation aux médias et les organisations de médias devraient développer et
s’accorder sur les grandes lignes des formations afin de les synchroniser,
d’éviter les répétitions et les contradictions, et d’offrir une approche
systématique de la formation.
RÉSUMÉ DES DÉBATS
La
question a été soulevée de la propriété des articles et de la censure
possible sur les questions environnementales par les propriétaires des journaux
ou les gouvernements. Toutefois, quand les causes des échecs deviennent trop évidentes,
il est difficile pour les éditeurs d’éviter d’aborder une question, même
si la pression des gouvernements les y encourage. Un élément essentiel est
donc d’aider les communautés à faire connaître leur situation parti-culière.
Mais à ce niveau, l’écriture a un impact bien moindre que celui de la radio
(souvent entre les mains des gouvernements). Une façon de contourner ces
contraintes est d’utiliser les médias vernaculaires (les échanges entre
personnes peuvent aider les nouvelles à voyager vite), ou d’utiliser une
information périphérique pour souligner une question plus spécifique.
Finalement, les lecteurs et les groupes d’intérêt ont plus de pouvoir
qu’ils n’en sont conscients.
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INTERACTION
PROJETS
DE TERRAIN
– UNIVERSITÉS : ASSOCIER
LES CHAIRES UNESCO
AUX
PROJETS
PILOTES
L’ASSOCIATION DES CHAIRES AUX PROJETS PILOTES COMME OUTILS DE DÉVELOPPEMENT
DES MOYENS : LES
PROJETS PILOTES DE YEUMBEUL/YOFF ET LA CHAIRE UNESCO DE
DAKAR, SÉNÉGAL
S. Diop et M.
Sall, Université Cheikh Anta Diop, Dakar, Sénégal
PHILOSOPHIE DE LA CHAIRE DE DAKAR
La
Chaire de Dakar, qui a été
développée dans une perspective transdisciplinaire, assure des cours et des séminaires
en sciences naturelles, mais aussi en sciences sociales et humaines, en droit,
en économie et en anthropologie. Les modules dédiés aux travaux pratiques (imagerie
satellite, développement de modèles numériques) sont tout aussi importants,
ainsi que les travaux de terrain.
ACTIVITÉS DE LA CHAIRE
Avec
l’aide de nombreux partenaires, les cours, les séminaires et les conférences
ont été organisés autour de différents thèmes. Les thèmes de gestion intégrée
et de développement durable des régions côtières dans les États et les sociétés
des petites îles tropicales ont été abordés. En ce qui concerne la gestion
et la conservation des ressources marines et côtières, les sciences naturelles
et sociales ont été combinées, tant du point de vue technique et scientifique
que du point de vue politique, contractuel et législatif.
Le
développement des régions côtières est aussi une de nos priorités, en
particulier la gestion du développement de projet tels que les grands barrages,
l’étude de la qualité de l’eau souterraine côtière non-traitée en
environnement urbain, et les problèmes liés à l’érosion côtière.
Dans
le domaine socio-économique, notre travail couvre les politiques d’ajustement
et l’étude de la pauvreté dans les régions côtières, ainsi que l’impact
socio-économique du développement du tourisme dans les régions côtières sénégalaises.
Dans
le cadre de l’étude des sociétés littorales, les concepts, les règles et
les organisations culturelles de ces sociétés font l’objet d’études,
ainsi que les problèmes des villes côtières et de leur développement durable
en Afrique de l’ouest.
Organisations,
corps, instituts participant :
ESP
: École supérieure polytechnique, UCAD
de Dakar
FASEG
: Faculté des sciences économiques et gestion, UCAD
FLSH
: Faculté des lettres et sciences humaines, UCAD
FST
: Faculté des sciences et techniques, UCAD
FSJP
: Faculté des sciences juridiques et politiques, UCAD
FMPOS
: Faculté de médecine, de pharmacie et d’odonto-stomatologie, UCAD
CRODT
: Centre de recherche océanographiques de Dakar-Thiaroye/ISRA
SENAGROSOL
: société de consulting en aménagement des sols
CSE
: Centre de suivi écologique et des milieux naturels
Autres
organisations impliquées : ENDA,
INFAN, OCEANIUM,
ORSTOM (maintenant
IRD).
Un
travail pratique de laboratoire est organisé par tous les étudiants de la
Chaire, incluant les techniques associées à l’imagerie satellite et à la
cartographie. Les questions et les problèmes sont davantage développés au
cours d’entretiens de suivi entre les tuteurs et les étudiants, et deviennent
l’objet de sorties sur le terrain. Les sorties sur le terrain les plus
productives font l’objet de publications.
INTERACTION ENTRE PROJETS PILOTES QUI TENTENT DE DÉVELOPPER
DES PRATIQUES ÉCLAIRÉES ET LA CHAIRE
UNESCO DE DAKAR
Au
vu des résultats obtenus pendant les cinq dernières années, cette expérience
apparaît très concluante. En effet, sur les 15 étudiants inscrits au niveau
de la Chaire, et qui ont travaillé en étroite collaboration avec les projets
pilotes développés sur la côte sénégalaise, 12 ont réussi à achever leur
mémoire de DEA de manière satisfaisante. C’est un bon taux de succès,
considéré comme plutôt élevé, en comparaison du niveau moyen atteint par la
plupart des étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar.
CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS
En
terme de développement des moyens, l’expérience est l’outil le plus précieux.
Les meilleurs étudiants peuvent continuer leur recherche dans le cadre d’une
thèse de doctorat de 3ème cycle. Les recommandations sont les suivantes :
Renforcer
les liens entre les projets pilotes et la Chaire de Dakar afin de rendre la
formation des étudiants aussi efficace que possible.
Développer une plus grande interaction et coopération entre les Chaires (par exemple, entre Dakar et Las Palmas), en particulier dans les domaines considérés prioritaires : le tourisme et le développement durable, la qualité de l’eau et la gestion intégrée des régions côtières, la gestion durable des patrimoines culturels et archéologiques des régions côtières.
COMMENT RELIER DIRECTEMENT LE
SAVOIR SCIENTIFIQUE À LA GESTION :
LE PROJET
PILOTE DE LA BAIE
D’ULUGAN ET LA CHAIRE UNESCO DE
MANILLE, PHILIPPINES
M. Fortes,
Université des Philippines, Quezon City, Philippines
En
Asie du sud-est, les éléments les plus cruciaux d’intérêt environnemental
global sont les taux élevés de croissance de la population et de développement
industriel. Ceci se reflète dans la similitude des problèmes et des questions
aux-quels les gestionnaires des zones côtières et marines doivent faire face
aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement, à
savoir la dégradation de l’environnement, la pollution marine, l’épuisement
des pêcheries et la perte des habitats marins. La gestion intégrée des zones
côtières (GIZC) est nécessaire pour gérer les activités et les usages
apparemment conflictuels des régions côtières et des zones marines. La
science a un rôle précis à ce titre. Mais le plus gros problème consiste à
optimiser les bénéfices apportés par la science et à les lier directement à
la gestion. En Asie du sud-est, il n’existe pas de modèle ni de “langage”
appropriés reliant les sciences naturelles aux sciences humaines, et au-delà,
liant celui-ci à l’environnement et au développement.
En
GIZC, un souci
premier est la gestion des systèmes écologiques face à l’incertitude. Pour
faire face à cette incertitude des prédictions écologiques, il faut tout
d’abord en identifier les sources et les conséquences, car cette information
est souvent la plus utile qu’un scientifique puisse donner à un gestionnaire
en environnement. En effet, l’écologie est une science clé pour
l’utilisation durable de l’environnement et de ses ressources, puisqu’elle
étudie la nature des liens inhérents, ou qui en résultent, à l’utilisation
de ces ressources par l’homme, définissant ainsi des limites (capacité de
prise en charge).
Mais
l’écologie est-elle utilisée en GIZC
? La théorie écologique telle qu’elle est décrite dans les manuels d’écologie
est rarement appliquée directement à la GIZC en Asie du sud-est. Il semblerait
que les approches en GIZC dans la région utilisent une information écologique
de mauvaise qualité et peu fiable. Nous en savons moins qu’il ne serait nécessaire.
C’est pourquoi nous manquons d’une théorie en écologie marine
d’application générale qui rationalise les structures et fonctions des écosystèmes
et dont les résultats seraient d’une importance fondamentale pour une de
prise de décision motivée. Une question centrale en gestion des régions côtières,
est, qu’il reste à savoir comment les décideurs peuvent choisir à partir
d’une information insuffisante
Mais
l’écologie seule n’est pas suffisante pour traiter efficacement les
questions de gestion des régions côtières. Malgré tout ce que les
biologistes connaissent de la dynamique des populations de dugong (vaches de mer)
ou de la dynamique écosystèmique des herbiers marins, il ne sera pas possible
de les protéger ou de les utiliser durablement sans comprendre les causes et
les conséquences humaines de leur rareté croissante. De plus, la connaissance
scientifique doit aider les gens à faire d’une part, le lien entre
l’importance de la nature et d’un environnement naturel en bonne santé pour
le bien être humain, et d’autre part, à répercuter complètement ceci dans
la planification économique et la prise de décision.
Mais
où se trouvent les liens entre la science et la gestion ? Dans cet article,
deux nouveaux projets UNESCO
aux Philippines servent à illustrer une tentative d’intégration des sciences
à la gestion dans un cadre plus large d’interdisciplinarité. Ce sont les
projets CSI en Baie
d’Ulugan intitulé “Gestion des
ressources côtières et tourisme durable” et le projet de Chaire
UNESCO en gestion intégrée des régions côtières (la Chaire régions côtières
UNESCO). Dans ces initiatives, l’effort de liaison entre science et gestion se
traduit par la nature et l’engagement des consultants qui sont eux-mêmes les
détenteurs de la Chaire et qui forment une équipe interdisciplinaire
comprenant un spécialiste en écologie marine, un sociologue, un anthropologue,
un économiste des ressources et un expert en droit. Ils enseignent et
traduisent les résultats de leur recherche en un plaidoyer et en actions dans
la baie d’Ulugan afin d’aider les gens à gérer les ressources côtières
et leur utilisation. Cette “pratique éclairée” est envisagée dans le but
d’améliorer le programme en sciences de l’environnement de l’université
– ce qui est la principale raison d’être de la Chaire régions côtières
UNESCO. Les concepts de base en écologie sont ainsi intégrés dans les
dimensions humaines, économiques et légales du changement environnemental, car
celles-ci participent aux futurs efforts de développement dans la Baie
d’Ulugan. Cette intégration est prévisible à tous les stades du processus
de GIZC:
Stade 1 : identification et évaluation des problèmes. Étape au
cours de laquelle la science fournit des données techniques qui caractérisent
les habitats importants de la baie et leurs composants ; ressources vivantes
et non-vivantes et leurs inter-relations, repérage des tendances dans les
conditions et l'utilisation des ressources et des aménagements ; estimation
des implications à court et long terme de tels changements pour
l’environnement et les communautés humaines, interprétation de ceux-ci
de manière aussi directe que possible ; et aider au classement des préoccupations
par priorité.
Stade 2 : préparation de programme. La science explique et détaille
les acquis du stade 1 et aide à la définition et à la planification d’études
pour pourvoir aux manques d information, et aide également à préparer le
projet scientifique en relation avec les problèmes de la gestion.
Stade 3 : adoption officielle et financement. La science donne un
avis utilisable au cours des débats sur les analyses coûts-bénéfices, et
répond rapidement aux questions des gestionnaires par une information
pertinente par rapport aux échelles de temps et d’espace requises.
Stade 4 : mise en oeuvre.
Le scientifique discute avec les gestionnaires de la nature de la recherche
et du suivi requis pour fournir une information valide.
Stade 5 : suivi et évaluation. Le scientifique aide à évaluer
la pertinence, la fiabilité, et la rentabilité de l’information
scientifique générée par la recherche et le suivi, donne un avis sur le
bien fondé des données de contrôle et sur l’efficacité de nouvelles
mesures.
CONCLUSION
Les
environnements côtiers et marins d’Asie du sud-est sont en danger parce que
les gens qui les altèrent ne comprennent pas leur valeur et leur vulnérabilité.
Les écologistes ont un rôle crucial à jouer dans les efforts en GIZC
dans la région. Les écologistes et les experts en sciences sociales ont le rôle-clé
de mener et d’interpréter des études dont dépendent le public et les décideurs.
Ils doivent mener une recherche et faire un suivi pour comprendre plus en
profondeur et de manière plus complète les processus affectant les
environnements côtiers et marins. Ils doivent coopérer sérieusement afin de
trouver des manières efficaces de faire passer les résultats des recherches
aux personnes qui en ont grandement besoin. Sans la connaissance, la prise de décision
repose sur l’intuition, ou sur la chance.