Environnement et développement
dans les régions côtières et les petites îles
  
SECTION V  Partie A

DISCUSSIONS

CSI info 10

DISCUSSIONS SUR LES PRATIQUES ÉCLAIRÉESPRÉLIMINAIRES

INTRODUCTION

À plusieurs occasions au cours de l’atelier, des sessions plénières ont été tenues sur le thème des “pratiques éclairées” pour le développement durable des régions côtières et des petites îles. Pour faciliter ces échanges, des communications écrites ont été préparées avant l’atelier, et distribuées pendant les réunions. Les documents “Indicateurs pour identifier les pratiques éclairées” et “pratiques éclairées exemplaires” étaient basés sur les Contributions sur les pratiques éclairées, remises par les participants, ainsi que sur les résultats d’un groupe de discussion électronique organisé en septembre octobre 1998. Ils sont reproduits dans les sections ci-dessous.

Un troisième document de discussion intitulé “Mise en oeuvre des pratiques éclairées” a aussi été préparé et distribué. En raison de l’intensité des discussions générées par les deux premiers textes, le thème de la mise en oeuvre, n'a cependant pas pu être abordé en détail, mais étant donné sa pertinence vis-à-vis du présent rapport, le document est inclus dans l’Annexe 3.

Afin de bien saisir les idées et les commentaires générés par les présentations et les débats, les participants ont également préparé pendant la réunion des transparents, qui ont été par la suite présentés à différentes occasions pendant les sessions plénières. Ces transparents ont rassemblé d’importantes réflexions, et ont également servi à stimuler davantage les discussions. Ils sont inclus dans l’Annexe 2.

COMMUNICATION SUR LES INDICATEURS POUR IDENTIFIER LES PRATIQUES ÉCLAIRÉES  
basé sur les communications sur les pratiques éclairées et sur les discussions électroniques

VERS UNE COMPRÉHENSION INITIALE DU TERME PRATIQUES ÉCLAIRÉES

Il paraît clair que l’on ne peut identifier des “pratiques éclairées” ou désigner des indicateurs de “pratiques éclairées” si l’on ne sait pas ce que l’on entend par ce terme. En même temps, nous devons accepter que notre définition du terme évolue, et qu’elle soit précisée par les expériences de terrain et les discussions pendant cet atelier, et au-delà. Aussi, comme point de départ, nous pouvons sans doute être d’accord sur un concept général de “pratique éclairée” qui reste (pour l’instant) un peu vague, donc flexible.

M. Fortes a décrit les “pratiques éclairées” comme issues d’un ensemble d’expériences. Il souligne que le temps est un facteur, et note que dans certains cas, les “pratiques éclairées” peuvent apparaître de manière inattendue, comme tombées du ciel, leur existence étant révélée par l’effet cumulatif bénéfique qu’elles ont sur les populations et leur environnement (ou un effet cumulatif négatif dans le cas d’une pratique non-éclairée).

Un processus simple par étape peut être le suivant :

  1. cela débute par un ensemble d’expérience/ d’actions en développement côtier ;

  2. à partir de ces expériences, des “pratiques (non) éclairées” préliminaires émergent, qui sont identifiées à l’aide d’indicateurs ;

  3. les pratiques éclairées préliminaires sont ensuite analysées et généralisées pour en élargir l’application, les élevant ainsi au niveau de principes prioritaires de “pratiques éclairées” ;

  4. les principes des “pratiques éclairées” sont ensuite testés en les appliquant dans d’autres contextes et à d’autres sites, et les résultats permettent alors leur affinage et leur finalisation.

ÉBAUCHE DE DÉFINITION DE PRATIQUES ÉCLAIRÉES

Les actions, les processus, les principes ou les décisions qui contribuent de manière significative à la réalisation d’un développement des régions côtières et des petites îles, socialement équitable, culturellement approprié, économiquement viable et durable pour l’environnement.

INDICATEURS POUR IDENTIFIER LES PRATIQUES ÉCLAIRÉES

Comment savons-nous que nous sommes en présence d’une “pratique éclairée” ?

Ou comme l’a reformulé J. Calvo :

Quel type d’indicateur quantitatif ou qualitatif devrait-on utiliser pour identifier des pratiques éclairées et expliquer pourquoi elles le sont ?

MAIS QUEST-CE QUUN INDICATEUR ?

Il peut être défini comme une variable-clé, mesurable assez facilement, qui indique l’état d’un ensemble plus large de variables (un système) dont il est plus difficile d’effectuer le suivi régulier, par exemple, la mortalité infantile donne une indication sur la qualité des services de santé, ou la mesure des métaux lourds dans les moules peut indiquer la qualité de l’eau.

D’APRÈS CES DÉFINITIONS, EST-CE QUE LES ÉLÉMENTS ÉNUMÉRÉS CI-DESSOUS SONT DES INDICATEURS ?

Ou bien sont-ils l’ébauche d’une liste de thèmes fondamentaux de “pratiques éclairées” et de leurs buts associés ? En évaluant le progrès fait en direction de ces buts, ou la régression, on pourrait juger une pratique “éclairée” ou “non-éclairée”. Dans cette perspective, les indicateurs sont des outils pratiques qui donnent des mesures (qualitatives ou quantitatives) de notre progrès en direction de buts, tels que ceux listés ci-dessus, qui sont une part fondamentale des pratiques éclairées.

QUELQUES INDICATEURS PROPOSÉS PAR G. CAMBERS : 

  • Bénéfice à long terme :
    est-ce que les bénéfices de l’activité seront encore évidents dans “x” années à partir d’aujourd’hui, en gardant à l’esprit que les bénéfices peuvent être quantitatifs – par exemple une amélioration des stocks de poisson – ou qualitatifs – par exemple une compréhension et une sensibilisation accrues ?

  • Renforcement des institutions :
    est-ce que l’activité a contribué à l’amélioration des capacités de gestion pour les individus/groupes impliqués ?  

  • Durabilité :
    est-ce que l’activité intègre les principes de durabilité ?

  • Transférabilité :
    est-ce que l’activité peut s’appliquer à d’autres sites dans le pays/la région ?

  • Bénéfice pour la majorité :
    est-ce que l’activité a été bénéfique pour une majorité de parties prenantes ?

  • Sensibilisation :  
    est-ce qu’une majorité de personnes parmi le grand public, dans la zone concernée, est au courant de l’activité ?

  • Documentation :
    est-ce que le déroulement de l’activité a été entièrement consigné par écrit ?

QUELQUES AUTRES INDICATEURS POSSIBLES SUGGÉRÉS DANS LES CONTRIBUTIONS AVANT LATELIER :

  • Gouvernance :
    est-ce que cette pratique reconnaît l’importance de la dimension politique de la gestion des régions côtières – en particulier, l’importance essentielle de la façon dont s’exerce la gouvernance ? (A. Boina)

  • Donne du pouvoir aux utilisateurs :
    est-ce que les utilisateurs des ressources – plus particulièrement ceux à faible niveau de vie – tirent davantage de pouvoir de cette pratique ? (P. Espeut)

  • Bénéfice pour la minorité :
    est-ce que cette pratique bénéficie à un (des) groupe(s) de partie prenante(s) minoritaire( s ), qui est (sont) désavantagé(s) par rapport à la majorité de la population (un groupe indigène, ethnique ou culturellement distinct), une minorité économiquement pauvre ; etc. ? (N. Hinshiranan)

  • Question de genre (féminin/masculin) :
    est-ce que tous les aspects liés au genre ont été pris en compte dans l’élaboration de cette pratique ? (W. Kiai)

  • Dialogue inter-institutionnel/inter-disciplinaire :
    est-ce que les conflits inter-institutionnels/ interdisciplinaires ont été résolus, et le dialogue facilité, par cette pratique ?
    (J. Calvo)  

COMMUNICATION SUR LES PRATIQUES ÉCLAIRÉESEXEMPLAIRES
basée sur les communications sur les pratiques éclairées, et sur les discussions électroniques

SOURCES DE PRATIQUES ÉCLAIRÉESEXEMPLAIRES

Les activités des projets pilotes de la “plate-forme des régions côtières et des petites îles” représentent une source directe de pratiques éclairées exemplaires. Il faut garder à l’esprit, cependant, que ces projets ne sont pas entrepris ex-nihilo. D’un côté, en tant que directeurs de projet vous définissez des activités sur la base de votre grande expérience et de votre connaissance des réalités écologiques et sociales locales. Ainsi, les pratiques éclairées exemplaires qui voient le jour bénéficient de votre longue expérience et de votre perspicacité.

De l’autre, les idées et expériences pertinentes pour le développement de “pratiques éclairées” exemplaires sont disponibles à partir des autres projets de développement durable des régions côtières. Ces autres sources ne doivent pas être ignorées. Par conséquent, un inventaire de “pratiques éclairées” doit se baser à la fois sur les apports de CSI et sur ceux hors-CSI.

Au delà du contexte des projets officiels de développement des régions côtières, G. Cambers nous rappelle aussi la richesse d’information disponible de manière non officielle, “dans l’esprit des gens”. Faisant référence plus particulièrement aux acteurs locaux dont l’enregistrement par écrit des choses ne fait pas partie des traditions, elle souligne que leur connaissance et leur expérience doivent aussi être répertoriées, car c’est une source inestimable de “pratiques éclairées” exemplaires.

Finalement, H. Gaudi, N. Hinshiranan et P. Varghese, attirent notre attention sur une autre source importante d’exemple de “pratiques éclairées” : les pratiques traditionnelles/indigènes en relation avec l’utilisation et la gestion des ressources, et les systèmes de connaissances et de perceptions du monde dont ils sont un sous-ensemble. Alors que la valeur écologique et culturelle de beaucoup de ces pratiques est claire, un défi majeur aujourd’hui réside dans l’intégration des pratiques traditionnelles aux contextes contemporains qui sont en rapide évolution.

“PRATIQUES ÉCLAIRÉESEXEMPLAIRES

S. Diop prévient du risque de réinventer la roue et encourage le groupe à faire un pas en avant de la manière suivante :

À partir de tous les projets pilotes et autres projets de recherche développés dans les régions côtières dans le monde entier, quels cas concrets peut-on présenter qui permettent d’illustrer notre concept des pratiques éclairées ?

S. Diop présente comme pratique éclairée exemplaire pour les côtes sénégalaises le “Plan de gestion intégrée du delta à mangroves du Saloum” qui a été réalisé dans le cadre d’un travail interdisciplinaire, impliquant les populations locales dans leur propre langage (comités de village), et mettant en place des mécanismes bien définis, pour le développement des moyens et pour le suivi.

D’autres ont illustré les “pratiques éclairées” exemplaires par des séries d’actions/décisions reliées entre elles. Par exemple, P. Espeut présente nombre de “pratiques éclairées” qui visent au renforcement du pouvoir des utilisateurs locaux des ressources. Ses séries emboîtées de “pratiques éclairées” dans le contexte jamaïcain incluent :

  1. La gestion des régions côtières par le biais des zones protégées,

  2. zones, qui sont gérées par les ONG locales,

  3. par un processus de cogestion,

  4. par lequel les utilisateurs des ressources renforcent leur pouvoir,

  5. pour faire appliquer les réglementations qu’ils ont eux-mêmes fixées.

M. Fortes fournit une liste de 12 “pratiques éclairées”, et analyse ensuite, dans un tableau, dans quelle mesure celles-ci ont été adoptées par un nombre de sites de GIZC aux Philippines :

LISTE DE PRATIQUES ÉCLAIRÉES

  1. S’intéresse à des questions bien définies.

  2. Oriente les recherches vers les questions directement pertinentes à la gestion des ressources (conseil scientifique aux gestionnaires).

  3. Est multi-sectoriel, multi-agence, et interdisciplinaire.  

  4. Crée des occasions de lier planification et mise en oeuvre.

  5. Implique ceux qui sont affectés par les plans de gestion dans toutes les phases du processus de GIZC. 

  6. Promeut le partage des expériences entre les gestionnaires des ressources.

  7. Intègre tous les usages de la zone côtière, présents et potentiels.

  8. Présente une coordination fonctionnelle entre les parties prenantes (esprit d’équipe).

  9. A des limites définies.

  10. A une identité.

  11. Est sensible du point de vue spirituel et culturel.

  12. Est sensible aux questions de genre.

QUELQUES SITES DE GESTION INTÉGRÉE DES ZONES 
CÔTIÈRES
À SUCCÈSAUX PHILIPPINES
Les numéros correspondent aux éléments des “pratiques éclairées” 
ci-dessus (++ s’applique fortement,+ s’applique dans une moindre mesure)  

PRATIQUES ÉCLAIRÉES  

SITES 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
Cape Bolinao ++ ++ ++ + ++ ++ ++ + +
Baie d’Ulugan + ++ ++ + + ++ ++ ++ ++ +
Tubbataha + ++ ++ ++ + + + ++ + ++ ++
El Nido + ++ ++ + + + + + + + + +
Baie de Batangas ++ ++ ++ + ++ ++ + ++ +
Anilao ++ ++ + ++ ++ + ++
Baie de San Miguel ++ ++ ++ + + + + + + +
San Salvador + + ++ + + + + ++ + +
Puerto Galera + ++ ++ + + + +

D’autres encore ont fait référence aux “pratiques éclairées” spécifiques suivantes :

Un langage commun devrait être développé, qu’il soit compréhensible par tous les acteurs sociaux : les spécialistes des sciences naturelles et des sciences sociales, les membres des communautés locales, les décideurs, les gestionnaires des ressources, etc. (S. Diop).

Dans le cas des pêcheries artisanales, il faudrait remplacer la gestion centralisée et hiérarchique des ressources côtières par des arrangements participatifs assurant l’implication de la communauté dans le processus de gestion (O. Defeo).

Dans le cas de la préservation du patrimoine culturel d’Essaouira (Maroc), A. El Mouatez présente une évaluation structurée et exigeante de ce qui “à mal tourné”, et “pourquoi”. Il conclut que les “pratiques non éclairées” sont aussi importantes, sinon plus, que les “pratiques éclairées”, car les premières offrent une opportunité de comprendre pourquoi une activité a échoué, et comment de tels échecs peuvent être évités dans le futur.

Qu’est-ce qu’une “pratique éclairée exemplaire” ? Que devons-nous inclure et exclure de cette catégorie ? Les “pratiques éclairées” proposées sont très diverses.

DISCUSSION PLÉNIÈRE

INDICATEURS : QUANTITATIFS ET QUALITATIFS

Il a été souligné que les indicateurs du développement durable des régions côtières, malgré leur centre d’intérêt géographique spécifique, avaient peu de raisons d’être différents des indicateurs de développement durable qui ont fait l’objet d’un énorme travail depuis la Conférence de Río, par exemple, le développement d’outils qui combinent des stratégies de gestion des ressources et de réduction de la pauvreté gestion fiable des ressources comme source de revenus. À cet égard, ces discussions et ces conclusions doivent être prises en considération pour faire avancer le travail concernant les indicateurs des régions côtières. On a insisté sur le fait que les indicateurs doivent être compris des acteurs locaux, être mesurables par des moyens simples et directs, et contribuer au suivi à long terme. Dans cet état d’esprit, l’acronyme SMARTER (Simple, Measurable, Actual, Replicable, Transferable, Equitable, Reliable) a été proposé indiquant que les indicateurs doivent être simples, mesurables, actuels, reproductibles, transférables intemporels, équitables, et fiables. Il faut reconnaître cependant que la résolution des indicateurs varie. Il faut prendre garde de sélectionner des indicateurs dont la précision soit appropriée en fonction du contexte.

Quelques personnes ont contesté le concept de mesure. Comment peut-on mesurer la durabilité, le bénéfice à long terme ou l’acquisition de davantage de pouvoir ? La quantification a été attaquée en tant qu’approche positiviste réservée aux sciences naturelles, qui devrait céder la place à des modèles plus stochastiques et moins déterministes. La question de savoir qui décide des bons indicateurs et qui doit les mesurer est encore plus fondamentale. Il a été souligné que les indicateurs ne peuvent être améliorés que par rapport à certains buts prédéterminés, et que ces buts colportent inévitablement des jugements de valeur, par exemple, les indicateurs qui mesurent l’accroissement du pouvoir des communautés et de la gouvernance. On se retrouve rapidement dans les domaines de l’éthique et de la politique. Il a été en outre suggéré que la notion d’indicateurs était statique et qu’il serait donc plus intéressant de se concentrer sur les processus et les procédures.

Enfin, la question a été posée de savoir s’il était convenable de considérer les éléments discutés dans la première Communication comme des indicateurs, ou si, comme il a été suggéré à la fin de la contribution, il ne s’agirait pas plutôt d’un inventaire de questions, de buts, ou de caractéristiques liés aux pratiques éclairées ?

À PROPOS DE BUTS ET DE DÉFINITIONS

Afin de faciliter le débat, un petit document a été rédigé.

Quelques participants ont discuté de la définition de la gestion des régions côtières, des termes corrects à utiliser, et du besoin de bien faire la distinction entre méthodes et buts. Certains pensaient qu’il n’était pas nécessaire de discuter des définitions mais plutôt d’identifier une approche commune. Il a cependant été indiqué qu'afin d’atteindre ce but, il fallait qu’existent auparavant une structure pour répertorier l’information, un mécanisme de tri et un protocole de partage de l’information.

Suite à une proposition d’utilisation du “concept d’écosystème”, l’Étape 1 dans le texte “procédure proposée” a été modifiée comme suit : “Le but de la gestion intégrée des régions côtières est d’améliorer la qualité de vie des communautés humaines qui dépendent de ces ressources sans menacer la diversité et la productivité des écosystèmes”.

Quelques personnes étaient d’avis de s’en tenir à des définitions générales alors que d’autres ont attiré l’attention sur le risque de trop simplifier alors que les questions demeurent complexes. Il a également été signalé qu’il fallait faire attention aux recommandations trop rigides et aux approches dogmatiques qui peuvent générer des visions trop idéalistes de la GIZC (prendre ses désirs pour des réalités). 

PROCÉDURE PROPOSÉE

Étape 1. But d’ensemble
La gestion intégrée des zones côtières (GIZC) est un processus dynamique dans lequel le gouvernement et la communauté, les scientifiques et les gestionnaires, les secteurs privé et public, formulent et mettent en oeuvre un plan intégré pour protéger et développer les écosystèmes côtiers, leurs ressources et leur usages. Son but est d’améliorer la qualité de vie des communautés humaines qui dépendent de ces ressources, sans menacer la biodiversité et la productivité de ces écosystèmes.

Étape 2. Définition d’une pratique éclairée
Actions, processus, principes ou décisions qui contribuent de manière significative à la réalisation d’un développement des régions côtières et des petites îles qui soit socialement équitable, culturellement approprié, économiquement viable et durable pour l’environnement.

Étape 3. Qu’est-ce qui fait partie des pratiques éclairées exemplaires ?
Examiner les critères/les questions pour désigner les “pratiques éclairées exemplaires”

Étape 4. Essayer d’organiser notre ensemble de pratiques éclairées

  • En comparant sujet et contenu.

  • En déterminant les niveaux des pratiques éclairées (par exemple, des pratiques éclairées de premier niveau à application large, des pratiques éclairées de second niveau à application plus étroite, etc.).

 

L’OBJECTIF DE LA GIZC EST-IL LE DÉVELOPPEMENT DURABLEOU LA GESTION DU CHANGEMENT” ?

Alors que le terme “pratiques éclairées” (plutôt que celui plus fréquemment rencontré de “meilleures” pratiques) a été accepté par tous, il a été discuté de savoir si l’objectif d’ensemble était la pratique d’une “gestion éclairée” telle qu’on l’entend dans gestion intégrée des zones côtières (GIZC) ou une pratique éclairée pour le “développement durable”. Certains ont suggéré que le terme gestion englobait ceux de développement et conservation, d’autres considéraient la gestion comme un sous-ensemble du développement durable, et d’autres encore trouvaient les termes très proches et facilement inter-changeables.

Pour concilier ces différents points de vue, il a été suggéré, par emprunt à une série de débats ayant eu lieu en Indonésie, qu’un terme plus approprié pourrait être “la gestion du changement”. Cette expression plus modeste a été présentée comme plus ancrée dans la réalité, reflétant par là les possibilités limitées de progresser (ce que suggère “développement”) que l’on rencontre le plus souvent.

Reconnaissant que la plupart des changements échappent au contrôle de l’État ou du secteur des entreprises, sans parler des communautés locales, la “gestion” de ce changement est déjà une tâche ambitieuse. Il a donc été proposé que notre objectif soit défini comme “la gestion du changement pour soutenir la qualité de la vie”. Le terme “gestion du changement” permet un dialogue qui va relier les communautés locales et les gouvernements locaux et les autres acteurs tout en reconnaissant que leurs actions sont influencées par des facteurs extérieurs. Toute tentative pour essayer de trouver une définition complète au terme “qualité de vie” a été considérée vaine. Bien que cette proposition ait reçu l’accord général, il a toutefois été noté que le terme “gestion” a des connotations économiques et souligne la notion de manipulation, et à la fois des gens et de l’environnement.

DU RÔLE DES SCIENTIFIQUESAU RÔLE DE CSI”

Les participants ont été fortement encouragés à réfléchir de manière critique au modèle conventionnel selon lequel les scientifiques fournissent l’information initiale, les politiciens la transforment en recommandations, et finalement ces recommandations sont communiquées au public qui agit en fonction de ces informations. La réalité est plutôt différente. Il a été indiqué qu’une part de ce modèle de pensée conventionnelle était toujours présente dans la Communication sur les indicateurs et qu’il serait plus approprié de dépeindre les scientifiques comme ceux qui présentent différents scénarios ou alternatives. Par ailleurs, les populations peuvent acquérir de l’information sur elles-mêmes et leur situation par une confrontation directe avec d’autres ensembles de connaissances et séries d’expériences, avec ou sans le concours des scientifiques.

Mais parler d’alternatives, comme si une logique ultime environnementale ou sociale devait prévaloir, n’est pas suffisant. Il faut reconnaître l’existence d’intérêts différents et, comme dans le cas d’Alang, considérer les intérêts de certaines parties prenantes qui ne sont pas locales. Il faut aussi reconnaître les pratiques et les expériences (connaissances) qui existent déjà. Dans notre poursuite des “pratiques éclairées”, nous devons développer une approche plus critique et faire davantage d’auto-évaluation.

TRANSFÉRABILITÉ DES PRATIQUES ÉCLAIRÉES

D’importantes discussions ont concerné la question de la transférabilité des pratiques éclairées. Certains participants ont insisté sur la spécificité des situations locales, faisant référence à la force des facteurs culturels et des circonstances uniques dans lesquelles une “ pratique éclairées” peut évoluer. À cet égard, ils ont émis des réserves sur la possibilité qu’une pratique jugée “éclairée” en un lieu puisse aussi l’être dans un autre. Sans pour autant dénier l’importance de ce dernier commentaire, d’autres ont trouvé ce point de vue un peu exagéré car il suppose qu’il existe peu d’opportunités d’apprendre par l’expérience. Une solution a été proposée de faire la distinction entre les pratiques “générales” ou “méthodes” qui peuvent avoir une application universelle, et ainsi être hautement transférables (par exemple, faire une analyse sociale), et des solutions spécifiques propres à un contexte/un lieu, et donc moins transférables (par exemple, des conseils locaux d’utilisateurs des ressources pour la gestion).

Il a été proposé, sur la base du projet “Petites villes côtières”, d’extraire les leçons tirées de chaque exemple/contexte, par exemple Essaouira et Saïda, et de transférer les leçons tirées de chaque cas dans un nouveau contexte, dans le cas présent une troisième ville. Le transfert des leçons tirées demandera des adaptations qui en elles-mêmes pourraient être des pratiques éclairées.

SUR LEFFICACITÉ DE LÉDUCATION ET DE LA SENSIBILISATION DU PUBLIC

Bien que la nécessité d’une éducation environnementale et d’une sensibilisation du public ait été soulignée à plusieurs reprises, quelques participants ont aussi montré un certain scepticisme à l’égard de telles mesures. À leur avis, de nombreux problèmes sociaux et environnementaux n’ont pas été causés et ne sont pas perpétués par un manque d’information. D’autres problèmes, tels que le manque de confiance dans le système politique en place, ou la faiblesse des mécanismes de contrôle social, leur ont semblé d’un intérêt plus fondamental. En résumé, l’éducation reste un outil précieux dans le processus de changement, mais ce n’est qu’une partie de la solution “... L’éducation n’est pas tout ... Le développement de politiques et de structures allant au-delà de la sensibilisation des gens doit être encouragé”.

AU SUJET DE LIMPORTANCE DES POLITIQUES INTERNATIONALES

Les modes de gestion doivent être adaptés à des situations institutionnelles et internationales complexes. Il faut également soutenir des modes de gestion qui maintiennent l’intégrité des systèmes écologiques, par exemple une approche à l’échelle d’une île entière dans les systèmes insulaires. De plus ces modes de gestion doivent être intégrés aux principaux processus écologiques et aux politiques économiques pour éviter d’avoir deux mondes différents travaillant côte à côte de manière improductive. Par exemple, il faut comprendre comment les centres urbains majeurs sont reliés aux processus économiques transnationaux. Les fruits des initiatives CSI devraient alimenter ces enjeux. 

SUR LE PARTAGE DES EXPÉRIENCES ET DES SYSTÈMES INTÉGRÉS

De nombreux participants ont indiqué que l’atelier a été une occasion de partager des expériences et les leçons tirées des différents projets pilotes. Dans la même perspectives, partager les expériences d’autres situations dans lesquelles une gestion intégrée est requise pourrait être utile, par exemple, les systèmes de transport intégrés.

Lors d’une réunion tardive, les discussions précédentes ainsi que les transparents préparés par les participants (Annexe 2) ont été utilisés pour compiler une liste de critères/caractéristiques et de qualificateurs des pratiques éclairées. Cette liste est présentée ci-dessous, et a été discutée en détail dans les sessions de groupes parallèles.

LISTE DES CRITÈRES POUR LES PRATIQUES ÉCLAIRÉES

  • Bénéfice à long terme :
    est-ce que les bénéfices de l’activité seront encore évidents dans “x” années ?

  • Renforcement institutionnel :
    est-ce que l’activité a permis l’amélioration des activités de gestion entre les individus ou les groupes impliqués ?

  • Renforcement des capacités :
    est-ce que l’activité a été l’occasion d’une formation structurée, d’une formation “sur le tas”, d’une éducation ?

  • Durabilité :
    est-ce que l’activité s’inscrit dans les principes de durabilité ?

  • Transférabilité :
    est-ce que l’activité peut s’appliquer à d’autres sites dans le pays ou la région.

  • Sensibilisation :
    est-ce qu’une majorité de personnes du grand public dans la zone affectée par l’activité est au courant de son existence ?

  • Développement d’un consensus :
    est-ce que l’amélioration de la communication a amélioré la compréhension mutuelle ?

  • Culturellement acceptable :
    est-ce que l’activité est acceptable dans le cadre traditionnel et culturel local de la zone ?

  • Processus de participation :
    est-ce que l’activité a permis la participation de tous les acteurs, est-ce que tous les acteurs ou groupes de parties prenantes ont participé au processus de prise de décisions ?

  • Indépendance de la communauté :
    est-ce que l’activité a permis l’indépendance de la communauté ?

  • Renforcement de l’identité ethnique :
    est-ce que l’activité a renforcé l’identité ethnique?  

  • Bénéficie à une majorité :
    est-ce que l’activité a bénéficié à une majorité des parties prenantes ?

  • Bénéficie à une minorité :
    est-ce que la pratique a bénéficié à un groupe minoritaire désavantagée par mis les parties prenantes ?

  • Documentation :
    est-ce que l’activité a été entièrement co-signée par écrit ?

  • Gouvernance :
    est-ce que la pratique reconnaît l’importance de la dimension politique de la gestion des régions côtières, en particulier l’importance de la façon dont s’exerce le processus de gouvernance ?

  • Donner du pouvoir aux utilisateurs :
    est-ce que les utilisateurs des ressources, en particulier ceux au plus bas niveau de vie, accroissent leur pouvoir par ce processus de gestion ?

  • Questions des genres (féminin/masculin) :
    est-ce que les nombreuses dimensions des questions des genres ont été prises en compte pour l’élaboration de cette pratique éclairée ?  

  • Amélioration du dialogue :
    est-ce que le dialogue entre les différents groupes, par exemple, entre les spécialistes en sciences sociales et en sciences naturelles, entre les ONG et les hommes politiques, a été amélioré par cette pratique ?

  • Dimensions politique et culturelle :
    est-ce que l’activité a élargi l’espace politique et culturel pour les protocoles locaux de gestion sociale, les pratiques, les entités ?

  • Droits de l’homme :
    est-ce que l’activité respecte les droits de l’homme, par exemple assure la liberté d’expression ?

LISTE DE QUALIFICATEURS DES CRITÈRES
Les qualificateurs tentent de rendre les critères pour les pratiques éclairées plus utiles, puisque certains des critères sont plutôt simplistes. Quelques propositions de qualificateurs sont faites ci-dessous  : 

  • Décider qu’une pratique est éclairée ou non dépend de la densité de la population et des niveaux d’extraction (des ressources), ainsi que du contexte ou du domaine dans lequel se situe le problème ou la question.

  • Les pratiques éclairées peuvent comporter des jugements de valeur, même les pratiques culturelles évoluent avec le temps.

  • Au premier niveau, une pratique peut être transférable, mais à un niveau plus spécifique ou au niveau de la mise en oeuvre, elle peut ne pas être transférable, en raison des perceptions culturelles, du cadre légal, d’un climat politique.

  • Pratiques éclairées : éclairées du point de vue de qui ?  

  • Qui a besoin des pratiques éclairées, des pratiques éclairée pour qui ?  

Méthodes
Avant de pouvoir identifier une activité en tant que pratique éclairée, il faut  :

  • Considérer les connaissances déjà présentes dans les pratiques éclairées existantes.

  • Définir le problème spécifique et son contexte.  

Partie B

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