Environnement et développement
dans les régions côtières et les petites îles
colbartn.gif (4535 octets)

Accéder à Internet depuis l'océan Indien

Extrait de UNESCO Sources (131) publié février 2001, page 12 - 13

— L'île de Chumbe est un exemple de "pratique éclairée" basée sur le tourisme.
(© H. Heile)

Lorsqu’en 1999 l’UNESCO a créé son Forum CSI (Régions côtières et petites îles) (nom d’utilisateur = csi, mot de passe = wise) sur Internet, celui-ci a présenté quelques exemples de «pratiques éclairées» pour amorcer un débat mondial. L’un de ces projets modèles est celui que mène un organisme privé, la Société du parc corallien de l’île de Chumbe (nom d’utilisateur = csi, mot de passe = wise), en Tanzanie, un exemple novateur de conservation par l’écotourisme. Depuis, l’Allemande Sibylle Riedmiller, directrice du projet, contribue régulièrement au Forum. Par courrier électronique, le vecteur du Forum, nous lui avons demandé d’évoquer cette expérience de communication par Internet avec des collègues du monde entier, à partir d’une petite île de l’océan Indien.

Y a-t-il un avantage à être soudain connu d’autres professionnels dans le monde entier ?

Dans les pays en développement où il n’existe guère d’autres forums de discussion, ce Forum de l’UNESCO est inestimable ! Sur place, nous devons vraiment faire très attention à ce que nous disons ; rares sont les gens au pouvoir qui nous comprennent et nous soutiennent, et la presse est très méfiante à l’égard des étrangers, si bien qu’il n’y a pas de véritable dialogue, à moins de bénéficier d’une renommée internationale et d’alliés puissants.

L’existence d’un tel dialogue a-t-elle une influence à l’échelon local ?

Oui, potentiellement. Même si les principaux décisionnaires du pays ne sont généralement pas au courant des discussions sur Internet, faute d’être connectés. Il peut nous arriver de reprendre des arguments d’autres participants au Forum ou de solliciter leur soutien. Il est toujours bon de pouvoir se référer à des expériences étrangères…

Votre contribution sur l’écotourisme a suscité des réactions assez divergentes. Cela a-t-il modifié vos pratiques ?

Pas vraiment, c’est plutôt l’inverse qui s’est produit. À mes yeux, il n’y a pas d’autre utilisation non destructrice des récifs coralliens que l’écotourisme. Le plus difficile, pour un investisseur soucieux de préservation, est de s’en tenir à des techniques et à des pratiques respectueuses de l’environnement, alors même que les politiques d’investissement et les réglementations immobilières locales favorisent le tourisme de masse.

Qu’est-ce que vous a apporté le fait d’avoir une vision des choses plus large ?

À vrai dire, cela nous a beaucoup encouragés de savoir qu’ailleurs il y a des gens qui comprennent et soutiennent ce que nous faisons ! Cela nous a aussi aidés à voir des ressemblances entre notre situation et celle de pays d’Asie comme les Philippines.

Est-il facile d’aller sur Internet à partir de l’île de Chumbe ?

En fait, nous n’avons pas le téléphone sur l’île, si bien que toutes nos communications passent par nos bureaux de Zanzibar et de Tanga. Internet ne fait tout simplement pas encore partie de la réalité quotidienne en Tanzanie, sauf pour une toute petite élite et pour des projets financés par l’étranger. Les liaisons téléphoniques sont en général rares, chères et peu fiables. Les ordinateurs coûtent pratiquement deux fois plus cher que dans les pays industrialisés. Même le matériel d’occasion, techniquement dépassé, est parfois vendu au prix des derniers modèles outremer. Les rares fournisseurs d’accès à Internet sont concentrés dans la capitale tanzanienne et facturent leurs services environ 60 dollars par mois, communications téléphoniques non comprises. En dehors de la capitale, il faut ajouter au minimum 70 cents pour trois minutes de communication, soit 14 dollars de l’heure. Les liaisons téléphoniques sont si mauvaises que la vitesse de transmission dépasse rarement 14 ,400 Kb/s. C’est beaucoup trop peu pour télécharger un site web. Aux heures d’affluence, ou pour des raisons techniques, la transmission des courriers électroniques peut être interrompue, et dans certaines régions il faut attendre le milieu de la nuit pour en envoyer. Enfin, les téléphones par satellite restent beaucoup plus cher à l’achat et à l’utilisation.

Comment le Forum s’est-il adapté à ces obstacles ?

Les connexions Internet sont si mauvaises que nous allons rarement sur le site web du Forum. Nous communiquons par courrier électronique avec le modérateur, et utilisons les contributions qu’il nous envoie régulièrement. En dehors des courriers de base (sans possibilité d’envoyer des pièces jointes !), Internet est trop lourd et trop cher, et surfer sur la Toile est exclu. Avec des factures téléphoniques avoisinant généralement les 1 000 dollars par mois dans la région, le courrier électronique est la limite de ce que peut se permettre même une entreprise comme le projet Chumbe, à la stupéfaction des volontaires expatriés, habitués de la Toile. Il y a néanmoins des exceptions notables. Lorsque nous sommes allés dernièrement à EXPO2000, en Allemagne, où notre projet avait un stand, nous avons été invités au dernier moment à aller le présenter à la Convention mondiale des parcs nationaux, à Goslar (Allemagne). N’ayant rien préparé d’avance, j’ai téléchargé notre propre contribution (nom d’utilisateur = csi, mot de passe = wise) figurant sur le site web du Forum CSI, et en quelques heures j’ai pu disposer d’une courte présentation !

Propos recueillis par Peter Coles

Introduction Activités Publications Recherche
Pratiques éclairées Régions Thèmes