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Chapitre
21
: Les arts en Afrique a l'époque de la domination
coloniale
Wole Soyinka
L'art africain
Il est difficile d'apprécier
l'impact qualitatif des activités commerciales impérialistes sur
la production artistique. De toute évidence, certains types d'activité
n'ont pas été affectés ; tel est le cas, par exemple, de la technique
des perliers camerounais ou de la sculpture religieuse des Yoruba,
Baulé, Bakota, etc., alors que d'autres formes d'art amorçaient
un processus de transformation subtile, tant dans la forme que dans
le contenu. C'est ainsi que tout en conservant une grande partie
de sa subtilité chromatique, l'art mural mbari des Ibo (Nigeria)
commençait à connaître, entre les mains de travailleurs revenus
des villes, des oppositions de couleurs violentes du type "
pop art ", qui s'expliquaient par la possibilité soudaine d'utiliser
toute une gamme nouvelle de couleurs et de matériaux. Auparavant
cet art mural était limité par la nature même et la gamme restreinte
des teintures fabriquées sur place.
Il est significatif
que le festival annuel du canton de Koumina (département de Bobo-Dioulasso-Koumina)
dans la Haute-Volta administrée par les Français ait été marqué
par une querelle opposant les " traditionalistes " et
les " modernistes ", précisément sur ce problème des teintures.
Les fabricants de masques traditionalistes préféraient l'ancienne
technique des teintures naturelles non seulement pour des raisons
liées à leur aspect visuel et à leur texture, mais parce qu'ils
estimaient qu'il devait exister une relation organique entre les
matériaux de la production artistique. Les modernistes considéraient
non seulement que les couleurs importées étaient d'un usage plus
commode, mais encore qu'elles offraient un plus grand choix de possibilités.
Ajoutons que ce festival de la moisson, qui réunissait les forgerons,
tisserands, teinturiers, sculpteurs, danseurs et griots de tous
les cantons avoisinants, et notamment les fameux musiciens kare
de Diagaso, offre un autre exemple de la persistance de la créativité
collective en dépit du processus de désintégration communautaire
favorisé par le quadrillage imposé à leurs employés par les administrateurs
coloniaux. Chaque année, lors de cette manifestation, unique au
moins par son importance, les familles dispersées se retrouvaient
au chef-lieu pour affirmer par l'art l'authenticité de leur vision
du monde.
L'artisanat local pouvait
difficilement rivaliser avec la production industrielle qui commença
à inonder les marchés africains dès le début de la colonisation.
L'objet d'art perd le rôle intégrateur qui est le sien dans l'évolution
normale de la communauté, comme en témoigne le déclin de l'art du
forowa et du kuduo, ces récipients des Ashanti (de
la Gold Coast - actuel Ghana) délicatement ciselés et décorés, comme
souvent en Afrique, d'idéogrammes exprimant la sagesse traditionnelle,
des proverbes ou des conseils moraux ou rappelant des événements
historiques. De même que les poids utilisés pour l'or, dont on pourrait
dire que l'utilité commerciale commençait à diminuer, les forowa
étaient encore couramment utilisés comme tabatières, boîtes
à onguents, etc. Mais leur production avait été largement accaparée
par des usines de Grande-Bretagne, qui avaient l'atout supplémentaire
de disposer d'un plus grand choix de métaux. C'est ainsi que Doran
H. Ross (1) signale un forowa en argent
estampillé " Birmingham, 1926 ". En revanche, rien n'indique
que l'ornementation des canots ait connu au cours de la même période
un affaiblissement comparable de l'union esthétique de l'image et
du sentiment ; au même titre que la décoration des engins motorisés,
qui avaient fait leur apparition à partir de 1910, et celle des
toiles tissées, cette technique décorative continuait à perpétuer
la stratégie d'éducation communautaire qu'on pourrait qualifier
d'" enseignement en mouvement ".
1. D.
H. Ross, 1974, p. 45.
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