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Chapitre
20
: Les arts et la société depuis 1935
J. VANSINA
Partout en Afrique aujourd'hui les
arts donnent le spectacle d'un étonnant bouillonnement de créativité
surgi avec une étourdissante diversité de toutes les couches de
la société. Beaucoup de nouvelles tendances artistiques datent de
la seconde moitié de la période coloniale. Du reste, certains pionniers
uvrent encore de nos jours. Après tout, il n'est passé que
deux générations depuis 1935. Or, dans ce court laps de temps, l'activité
artistique a été d'une richesse et d'une diversité telles que ce
chapitre pourra tout au plus retracer les grands axes de son évolution
(1).
Au départ, il faut énumérer un petit
nombre de traits généraux d'ordre social et culturel qui constituent
la matrice de l'ensemble. Ce sont : l'impact croissant mais inégalement
réparti de l'Europe, la croissance des villes, les stratifications
sociales de plus en plus tranchées qui entraînent la formation de
classes nouvelles, la division industrielle du temps qui a dégagé
des plages de loisir pouvant être consacrées à la pratique et à
la jouissance des arts, le prestige associé à la technicité et à
la formation technique, le changement de la place et du rôle de
l'artiste dans la société, passé du statut d'artisan à celui de
devin culturel, le changement d'attitude envers les uvres
d'art et leur usage, l'altération des valeurs d'une manière générale
et plus spécialement la mutation des valeurs religieuses. La multiplication
des objets de la production artistique offre de nouveaux débouchés
; ce ne sont plus seulement les centres du pouvoir d'État, les églises,
les temples et les mosquées, mais aussi les cafés, les dancings,
les institutions militaires, les écoles, les musées. Des foyers
plus anciens, palais, sanctuaires, fêtes masquées, fêtes religieuses
et écoles initiatiques, existent encore mais sont en déclin. Le
phénomène de la mode s'est intensifié sous l'impulsion de centres
en nombre désormais plus restreint, qui sont généralement de grandes
villes comme Le Caire, Tunis, Alger, Fès, Nairobi, Lagos, Dakar,
Kinshasa, Luanda ou Soweto. Cette évolution correspond à des modalités
caractéristiques de l'augmentation de la consommation visible (2)
et de l'effet d'entraînement par des élites servant de groupes de
référence à des millions d'autres. La seule énumération de ces aspects
nous montre à quel point le développement des arts est intimement
lié à l'histoire générale, sociale, intellectuelle et matérielle
de la période, et l'empreinte laissée régulièrement par ces aspects
sur toutes les formes d'art, toutes les expressions artistiques,
cesse bientôt d'étonner celui qui en approfondit l'étude.
Partant des arts visuels et d'ornementation
du corps, nous examinerons ensuite les arts d'interprétation, tels
que la musique et certaines formes de danse, et les arts du spectacle:
animation et apparat, ballet, théâtre, cinéma et télévision. Nous
conclurons par quelques remarques sur le rôle des arts africains
dans le contexte mondial.
1.Les
deux bibliographies générales sont celles de L.
J. P. Gaskin (1965a et 1965b) et de Coulet-Western
(1975). Le travail plus ancien de T. Heyse (1950) reste utile. Les
revues qui rendent compte de l'actualité artistique sont African
Arts, Présence africaine, Afrique Littéraire et West Africa.
La liste des acquisitions du National Museum of African Arts (Washington)
offre d'autres éléments de bibliographie actuels. Des bibliographies
plus restreintes et des ouvrages de référence généraux sont indiqués
au fil des sections.
2. T. Veblen,
1899 (éd. 1981), p. 185-187 et, de manière plus générale, p. 66-101.
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