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Chapitre
20
: Les arts et la société depuis 1935
J. VANSINA
En 1871 eut lieu la première
de L'Aïda de Verdi au nouvel opéra du Caire. Le fait
est caractéristique de lEgypte, seul pays d'Afrique
à être parvenu à s'accorder avec la musique instrumentale
européenne. L'Afrique du Nord possède en propre une riche
et longue tradition de musique instrumentale restée cependant
associée à l'interprétation vocale. Toutefois, dans la première
partie de notre siècle, Sayyed Darwish a élaboré un nouveau
style musical stable mêlant les traditions européenne et orientale.
En 1929 était fondé un Haut Institut de la musique arabe dans
lequel la musique instrumentale trouvait place aux côtés de
la musique vocale. Le nouveau style eut un tel succès qu'un
groupe de musiciens d'Algérie et de Tunisie jugea nécessaire,
en 1934, de fonder la Rachidiyya, un groupe qui se consacrait
à en combattre l'influence et à ranimer les vieilles traditions
de l'orchestre maluf de ses partitions nuba.
Le maluf devint dans ces pays et en Libye
un symbole d'indépendance. Mais on suivit l'exemple de lEgypte
en empruntant à l'Europe des instruments comme le violoncelle,
le saxophone et l'accordéon, le concept d'un grand ensemble
instrumental et même certaines mélodies et certains rythmes.
Au Maroc, la musique urbaine traditionnelle n'avait jamais
été en péril et continuait à prospérer dans la filiation directe
de la musique arabe érudite de l'apogée de l'islam. Ses trésors
comprennent les quatrains arubi des femmes de
Fès (86), les chants sacrés des confréries
ou encore le haddarat chanté en chur par les
femmes en diverses occasions comme les mariages ou les circoncisions,
mais surtout le melhun ou griha. Le melhun est
de la poésie. Les poèmes kasida sont chantés et créés
selon des règles dune extrême complicité. La musique
marocaine est restée beaucoup plus traditionnelle que les
autres. Ses modes musicaux continuent d'être adaptés au climat
du message ou à être chantés (87).
Cependant, comme dans l'Afrique
subsaharienne, la voix est restée l'élément central et seuls
les artistes vocaux devenaient de véritables vedettes ayant
leurs groupes d'admirateurs inconditionnels et connaissant
une immense popularité. Certains étaient des célébrités locales,
comme Saliha, la grande chanteuse d'ona badawi en Tunisie
; d'autres voyaient leur gloire se répandre dans tout le monde
arabophone. La plus célèbre chanteuse de ce siècle a été Umm
Khulthum, qui a emprunté son nom à la poésie
arabe préislamique et dont la carrière avait commencé dès
1932 (88). Elle incarna au temps d'al-Nasser
l'ambition d'un retour à la grandeur première de l'islam.
Tout à la fin des années 60, elle élabora un nouveau style
qui trouva aussi ses aficionados. Mais elle n'a été que la
plus grande d'une pléiade d'artistes. Il convient ici de préciser
qu'il n'y a pas, en Afrique du Nord, de distinction nette
entre la musique urbaine populaire et celle de l'élite. Ni
l'emploi d'un arabe vernaculaire par opposition à la langue
littéraire ni des genres déterminés ne sont des repères sûrs.
Là encore, on trouve une situation analogue au sud du Sahara,
où la chanson populaire est aussi devenue la musique de l'élite,
indépendamment des autres divisions entre les classes sociales.
86.
M. El Fasi, 1967.
Textes arabes publiés à Fès, 1971.
87. Les notes sur le Maroc reposent sur une
contribution de feu Son Excellence M. El Fasi.
88. A.
Elnaccash, 1968.

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