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Chapitre
20
: Les arts et la société depuis 1935
J. VANSINA
Les spectacles publics et le
théâtre
Les spectacles publics et le
théâtre sont un seul et même art, malgré les contraintes qu'imposent
les décors de la scène ou du studio par opposition à leur
absence lors des festivités publiques, et indépendamment même
du degré de professionnalisme que l'on rencontre chez les
acteurs de théâtre.
Les défilés, les pantomimes et
même les dialogues montés sur scène entre danseurs masqués
étaient très courants dans l'Afrique précoloniale et souvent
situés dans des contextes sacrés ou cérémonials. Beaucoup
de ces traditions ont survécu. Il y a parfois une continuité
étonnante entre les processions cérémonielles des Akan décrites
par Bowdich en 1817 et ce que font les Akan modernes, même
si la plupart de ces événements ont été mis au goût du jours
(113), inspirés par des situations nouvelles
et par des pratiques européennes, comme les défilés militaires
ou les cérémonies officielles. On voit encore couramment des
mascarades complexes sur la côte ouest en particulier, qu'il
s'agisse des traditions du Festival de la lanterne de Sierra
Leone ou de Gambie (114), des parades asafo
des Fanti (115), de l'éclat des cours
des Akan, des multitudes de mascarades du Nigéria (116)
ou du carnaval de Luanda. Les fêtes célébrant l'anniversaire
du Prophète en Afrique du Nord et les festivités publiques
des villes du littoral est-africain ont conservé et même développé
leurs activités de divertissement. Dans les régions rurales,
les rites d'initiation des garçons, souvent conçus comme des
cérémonies spectaculaires, étaient encore couramment pratiqués
en 1935 ou vers 1950, époque à laquelle V. Turner étudia
ceux des Ndembu (Zambie). Dans les régions reculées et même
dans certaines villes (117), ils se sont
perpétués jusqu'à nos jours (118). Au nombre
des productions anciennes les plus spectaculaires figuraient
celles des Tsogho (Gabon) pour lesquels le spectacle et les
transes qu'il suscitait étaient des moyens capitaux de communication
avec le surnaturel. Leur bwiti a décliné depuis les
années 30, mais dans le même temps les rites se sont répandus
dans le nord du Gabon où ils font désormais partie de nouveaux
rituels dramatiques (119). Le sens du drame
reste partout très vivant.
Le théâtre traditionnel, au sens
le plus étroit où il consiste à jouer une histoire devant
un public, était moins largement répandu. Néanmoins, du Mali
à la Cross River ou en divers endroits du bassin du Congo/Zaïre,
certains peuples organisaient de tels spectacles (120).
Les autorités coloniales ne voyaient pas d'un bon il
ces représentations et préféraient leurs propres défilés,
Te Deum et autres cérémonies des fêtes nationales,
du moins jusqu'au moment où l'on commença à percevoir la valeur
touristique de ces événements, après la seconde guerre mondiale.
Néanmoins, quelques éléments africains se faufilaient à l'occasion
dans les cérémonies européennes, comme les pièces satiriques
jouées pendant les défilés de la Force publique du Congo belge.
Celles-ci étaient dérivées de scènes mimées pendant les danses
dans la zone équatoriale (121).
Elles montraient les méfaits de la traite des esclaves à Zanzibar.
Après l'indépendance, ceux-ci devinrent tout naturellement
les méfaits du colonialisme (122).
Après l'indépendance, certains
dirigeants commencèrent à utiliser des spectacles d'autrefois
pour chauffer le public des rassemblements politiques. Les
animations sont des spectacles montés à l'occasion
de réunions publiques pour susciter l'enthousiasme des spectateurs
à l'égard des propositions politiques devant être présentées
en cours de réunion, ou plus généralement à l'appui du régime.
Des slogans politiques sont souvent lancés de cette façon.
Autant que l'on sache, la pratique s'est d'abord répandue
en Guinée avant 1965, inspirée des anciens griots, puis l'animation
a été transplantée au Zaïre dans les années 1967-1970, où
les satires militaires, les formations de danses anciennes
et même les majorettes occidentales devinrent sources d'inspiration.
113.
H. Cole, 1975.
114. J.
W. Nunley, 1985 ; J.
Bettelheim, 1985.
115. G.
N. Preston, 1975.
116. Voir les numéros spéciaux de African
Arts, vol. VI, n° 4, 1973, et vol. XI, n° 3, 1978 ; voir
aussi N. Nzewunwa,
1982, et de nombreuses descriptions dans Nigeria Magazine.
117. Voir A.
Droogers, 1980, qui montre comment les nouveaux éléments
urbains ont été fondus dans la dramaturgie.
118. Les rites d'initiation des Kuba étudiés
en 1982 par W. Binkley sont étonnamment semblables aux activités
du même ordre en 1953.
119.
J. Fernandez, 1982, p. 436-493.
120. Voir
B. Traoré, 1958 ;
Y. Ogunbiyi, 1981 ; M.
A. Alarinjo, 1981 ; J.
C. Messenger, 1962 et 1971 ;
A. De Rop, 1959 ; J.
Cornet, 1982, p. 272-278 (pièce masquée itul) ;
mais J. Leloup, 1983,
soutient que ce ne sont pas là les ancêtres du théâtre moderne
en Afrique.
121. G.
Hulstaert, 1953.
122. H.
Deschamps, 1971, p. 560.

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