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Chapitre
20
: Les arts et la société depuis 1935
J. VANSINA
La sculpture africaine a révolutionné
l'art européen, et surtout sa sculpture, à partir de 1905.
En 1935, le cubisme et l'expressionnisme allemand étaient
passés de mode mais l'influence fondamentale de l'art africain
était toujours vivace et continue encore de nos jours à dominer
la sculpture, comme en témoignent les uvres de Zadkine,
Moore, Archipenko et d'autres encore. Les principes de l'art
africain classique ont ainsi été intégrés au répertoire international
des formes (161). Ces impulsions sont souvent
revenues en Afrique. Ainsi, un artiste populaire du Bénin
(Nigéria) a copié une uvre de Benson Osawe inspirée
de Modigliani, lui-même redevable aux formes d'un masque loga
de l'est du Zaïre (162). L'impact qu'a
eu l'expressionnisme sur les artistes africains formés en
Europe est inscrit dans celui qu'a eu l'art africain sur l'expressionnisme.
Ainsi, Gerard Sekoto répercute des formes classiques à travers
le prisme de la peinture expressionniste allemande.
La musique africaine avait elle
aussi fait ses apports les plus considérables bien avant 1935
avec ce que lui doivent la création du jazz et celle de la
musique afro-latine. Comme pour les arts visuels, on comprend
ainsi pourquoi ces mouvements ont pu à leur tour tant contribuer
à la musique africaine moderne.
Pendant la haute époque coloniale,
après 1920, si l'on excepte 1'inspiration procurée à Le Corbusier
par l'architecture du Mzab (dans le Sud algérien), le patrimoine
artistique africain n'a guère eu d'impact. Le colonialisme
arrogant ne voyait dans les Africains que des élèves à éduquer,
certes pas des maîtres. Après l'indépendance, toutefois, les
arts africains ont recommencé à exercer leur influence dans
le monde. Le public international a eu l'occasion de voir
davantage d'expositions d'art classique africain, d'entendre
la nouvelle musique, d'assister aux représentations des troupes
de théâtre et de ballet. La contribution originale de ces
arts au patrimoine mondial est peu à peu reconnue et les musiciens
en particulier voient croître leur public international, tandis
qu'un film au moins, Le mandat d'Ousmane Sembene, a
connu un véritable succès populaire en Europe. Si l'art classique
jouit désormais d'une haute considération, l'art visuel moderne
commence seulement à se faire connaître d'un public international.
Il n'a, jusqu'ici, guère exercé d'influence sur la scène internationale.
Même la reconnaissance de l'art
classique africain reste encore incomplète. Malgré de nombreuses
expositions temporaires entre Paris et Tokyo, Prague et New
York, lart classique africain est encore tenu à l'écart
des conservatoires de ce qui constitue les " beaux-arts
" aux yeux du public. Seul le Metropolitan Museum de
New York expose un fonds permanent de sculpture classique
africaine, et encore est-ce au titre de " l'art primitif
". Il n'en reste pas moins que l'estime croissante dans
laquelle est tenu l'art classique a stimulé le marché des
uvres d'art. Ce marché existait en 1900 mais il a grandi
par bonds successifs après 1945, puis de nouveau après 1960.
Malheureusement cet essor s'est accompagné des problèmes habituels
dus à la contrebande, aux fouilles illicites, à l'industrie
du faux et à de nouvelles pertes notables d'uvres d'art
importantes du fait de leur exportation vers d'autres continents
(163). L'art classique n'est pas encore
entré au Louvre, mais il a pris rang dans les grandes salles
des ventes. Cependant, les artistes, musiciens, auteurs dramatiques
et cinéastes modernes luttent pour être reconnus. Comme l'ont
montré dans les années 80 le prix Nobel attribué à Wole Soyinka
et une palme d'or décernée au Festival de Cannes de 1987,
ces combats portent à présent leurs fruits.
161.
M.
Leiris et J. Delange, 1967, p. 117-161 ; D.
Ola, 1980 ;
F. Willett, 1971 ; S.
Barron, 1983, sur l'ampleur de l'impact africain, et C.
Einstein, 1915, pour son manifeste.
162. P.
Ben Amos 1977, p. 135-137 et fig. 9.10.
163. Arts d'Afrique notre consacre
beaucoup de place au compte rendu des ventes et des prix atteints
sur le marché international. Pour l'art destiné au tourisme,
voir les articles de D. Crowley dans African Arts.
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