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Chapitre
20
: Les arts et la société depuis 1935
J. VANSINA
La musique et la
danse
La musique vocale a régné sur
l'art populaire pendant toute la période, aussi bien dans
les campagnes que dans les villes, car le disque et la radio
en ont assuré la diffusion parmi les masses. Certains chanteurs
ont acquis une immense popularité, n'ayant d'égale que celle
des plus grands leaders politiques. Quelques-uns ont contribué
à la poussée vers l'indépendance en mobilisant les gens, en
diffusant des programmes et en exaltant des leaders. Aussi
n'est-il pas étonnant qu'une fois l'indépendance acquise,
des gouvernements aient continué à se servir de la musique
comme instrument de propagande et essayé d'étouffer la critique.
Cet état de choses a eu une incidence sur les textes des chansons,
mais sans grandes répercussions sur l'évolution musicale elle-même(74).
Les traditions musicales de l'Afrique
ont manifesté une continuité remarquable en dépit des forces
extérieures que l'Occident faisait peser sur elles. Les possibilités
de métissage étaient considérables en raison des similitudes
entre la musique occidentale et la musique africaine au sud
du Sahara, notamment l'usage de gammes diatoniques et de l'harmonie
ainsi que la pratique de l'accompagnement de la voix avec
des instruments à percussion et à cordes. Les principaux agents
de diffusion des modèles européens ont été les missions et
la radio (75). Malgré ces influences, les
musiques africaines ancienne et moderne ont encore des traits
stylistiques communs, notamment une même approche des rythmes
linéaires, un même concept de pulsion (beat) et de
flux d'énergie, l'emploi de motifs rythmiques, de rythmes
croisés, de types de progressions mélodiques, de parallélismes
polyphoniques et de techniques vocales communs. Mais entre
l'ancienne et la nouvelle musique africaines, il y a divergence
dans l'utilisation des gammes, de l'harmonie, de la forme
et de l'instrumentation (76).
La musique instrumentale européenne
n'a pas eu d'impact. Aujourd'hui encore, le goût de la musique
européenne est signe de la plus profonde aliénation. Certains
instruments européens ont été adoptés pour accompagner la
musique vocale, mais il n'y a aucun instrumentaliste africain
qui se soit fait un nom dans l'interprétation de la musique
classique. A une ou deux exceptions près, les compositeurs
créent de la musique d'église, soit une musique pour la voix
et non des uvres pour orchestre (77).
L'histoire de la musique au cours
des dernières générations doit distinguer deux courants différents,
l'un lié à la musique des campagnes et à la musique sacrée,
lautre qui se développe dans les dancings et les cafés,
lieux de création de la nouvelle musique urbaine.
74.
C. H. Cutter, 1968, offre un exemple de l'utilisation
de la musique et des griots pour lancer les directives du
parti, chanter les louanges de ses dirigeants et glorifier
le succès de leurs politiques.
75. A.
Merriam, 1981, p. 100-105.
76. L.
J. P. Gaskin, 1965 ; B.
A. Aning, 1967 ; A.
Merriam, 1970 ; H.
Tracey, 1973, sont des bibliographies. P.
R. Kirby, 1964 ;
G. Kubik, 1966 ; J.
H. Kwabena Nketia, 1965, 1975 et 1978 ; H.
Tracey, 1961, sont les études générales existantes de
l'Afrique au sud du Sahara. En outre, West Africa publie
souvent des articles sur la musique moderne et a une rubrique
Disques rédigée par " Concobility Jane ".
77. E.
Akin, 1965 (p. 61 sur le rejet de la musique orchestrale
occidentale) et 1970 ; sur la transformation de l'orchestre
symphonique national du Ghana, voir N.
L. Korley, 1986.
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