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Chapitre
20
: Les arts et la société depuis 1935
J. VANSINA
Si, en 1935, les traditions rurales
étaient encore à peu près intactes, les influences véhiculées
par les disques, la radio, la propagation de l'islam et du
christianisme et les orchestres de musique militaire étaient
déjà fortes et, dans les trois derniers cas, anciennes. Cependant,
beaucoup de ces influences sont si subtiles qu'elles ne sont
réellement discernables que par les musicologues (78).
La vaste diversité du répertoire chanté s'étendait des berceuses
aux chants funèbres, des chants de travail aux chants revendicatifs,
de l'éloge à la satire. Le chant accompagnant les danses avait
encore beaucoup de vitalité, mais certaines catégories, comme
les chants de travail, étaient sur le déclin. La musique purement
religieuse associée à des rituels déterminés était rare dans
la religion africaine classique. Mais lorsqu'elle existait,
elle a subi le même sort que le rituel. Les chants de protestation
ont fleuri à l'époque coloniale et parfois plus tard. Leur
musique incorporait l'ancien et le nouveau. Les chants de
protestation rwenzururu (Ouganda) sont à cet égard caractéristiques.
Certains employaient les musiques de vieilles chansons à boire,
d'autres celles de cantiques ou de ritournelles d'écoliers
(79). La forme reflétait non le message
mais la génération et l'âge des chanteurs. L'influence des
succès du disque européens a été plus forte dans les années
40 et 50 que par la suite. Dans les années 50, les Mangbetu
(Zaïre) aimaient le chanteur français Tino Rossi (80)
et en 1966, le répertoire des chants rwenzururu comprenait
l'air dAlpenrosen, vieille ritournelle sentimentale
d'Europe centrale. Mais les chansons rurales aussi innovaient.
Dans certaines régions, le vieux genre du chant épique
a servi à composer de nouvelles chansons historiques. Ainsi,
un troubadour aveugle lulua a composé un chant interprétant
l'histoire contemporaine du Kasaï (Zaïre) à travers ses chefs
traditionnels et leurs esprits protecteurs (81).
La
musique sacrée a pris davantage d'importance là où l'islam
se propageait et sous l'effet de l'activité des Églises (82).
Bien avant 1935, les cantiques jouissaient d'une grande faveur,
même si leurs gammes et leurs harmoniques étaient inconsciemment
adaptés aux normes locales. Des chorales ont été fondées dans
les écoles et pendant les années 50 des troupes montées sur
le modèle des Wiener Sängerknaben apparaissent en Afrique
centrale, orientale et méridionale (83).
Les catholiques se sont lancés dans l'expérience des "
messes africaines " à partir des années 30 (84).
Ces messes sont composées par des Africains, souvent séminaristes
ou prêtres, à partir de 1939, et la vogue atteint son apogée
avant le Concile Vatican II de 1962 et ses déclarations sur
le langage et la pratique liturgiques (85).
L'élan du mouvement s'est ensuite atténué, même
si la création de musique sacrée garde sa vigueur, en prise
sur le renouveau religieux et l'allure accrue des conversions,
manifestes sur tout le continent après 1980. Cependant, les
cantiques sont aujourd'hui moins en vogue parmi une bonne
partie de la population que la nouvelle musique populaire
urbaine, qui atteint partout les régions rurales.
78.
J. H.
Kwabena Nketia, 1978.
79. P.
Cooke et M. Doornbos, 1982.
80. A.
Scohy, 1955, p. 113.
81. T.
K. Biaya, 1984.
82. H.
Weman, 1960.
83. Pour un exemple au Shaba, à partir de
1954, voir G. Haezen,
1960.
84. P.
Jans, 1960. J.
H. Kwabena Nketia, 1957, cite Ephraïm Amu et son recueil
de Twenty-five African songs (cantiques) de style africain
et avec accompagnement africain (1933), comme étant le père
des compositeurs africains de musique sacrée.
85. T.
Tshibangu, 1960.
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