Forum UNESCO - Université et patrimoine

Byblos et Beyrouth, Liban

Patrimoine, éducation et projets spéciaux

13 décembre 2000, 14h00 - 16h00
Lebanese American University, Byblos (Liban)

Modérateur : Le Dr. Talal S. AKASHEH, Doyen de l'Institute of Sustainable Tourism and Cultural Heritage Management, the Hashemite University (Jordanie).
Rapporteur : M. Amadou Tahirou DIAW, de l'Université Cheikh Anta Diop, Dakar, (Sénégal).

M. Kheir EL DINE RIFAI de l'Adiyat Alepo Committee for Conservation (Syrie), expose le cas de la réhabilitation du centre de la ville d'Alep. Le Comité qu'il représente compte 5.000 membres de toutes les couches sociales et son mandat est de tenter d'aider à la conservation du patrimoine.

Les pressions sur la vieille ville d'Alep sont considérables :
a la construction moderne,
a les dégradations,
a la circulation routière très dense.

Il a donc été décidé que les églises, les souks , les maisons anciennes, etc. seraient restaurées. Une campagne de renaissance a donc été lancée entre 1992 et 1996. Un site pilote a été sélectionné et traité sur trois plans :
a identification des problèmes dont souffre la vieille ville,
a les limites dans lesquelles s'inscrit cette action,
a les développements à venir.
Des éléments importants ont été obtenus pour la mise en œuvre de ce projet, parmi lesquels des prêts sans intérêts, un partenariat avec la municipalité, l'implication des communautés locales, une adaptation juridique et une collaboration avec les ONG.

Mme Kerstin BARUP, de l'Université de Lund (Suède), expose le projet de sauvegarde du patrimoine bâti en bois d'Istanbul, que son université s'emploie à restaurer, conjointement avec l'Université de Yildiz (Turquie). Ces maisons ont beaucoup changé, elles sont très détériorées et leur sauvegarde et rénovation est intéressante, car elle permet de comprendre les mécanismes et les buts de leur construction et de leur utilisation, leur état actuel et leur état initial.

Ce projet nécessitant dans un premier temps une préparation minutieuse. Malgré que le temps passé sur le terrain était très limité, une mission constituée de trois professeurs et de huit étudiants s'est employée à effectuer des relevés et récolter des données qui ont été ensuite exploitées en Suède. Une maison a été sélectionnée pour son authenticité et pour l'intérêt architectural de ses particularités: escaliers, balustrades, etc.

Dans un deuxième temps, après sa restauration, cette maison sera réhabilitée en petit café ou en restaurant, pour la faire revivre. Il faut aussi prévoir sa maintenance future, notamment en raison des catastrophes naturelles (tremblements de terre) ou dues à l'homme (incendie).

L'Agence de développement de la Suède (SIDA, Swedish Development Agency) a décidé, après avoir examiné ce projet, de commencer à financer des projets de sauvegarde du patrimoine. Mme Barup propose que l'UNESCO coopère avec SIDA dans ce cadre.

M. Vinos SOFKA, de l'Université de Brno (République Tchèque), rappelle que Brno a créé en 1994 la première Chaire UNESCO de muséologie pour le patrimoine tangible et intangible, caractérisée par sa multi - disciplinarité. Réussir Forum UNESCO, selon lui, ne signifie pas seulement organiser une conférence, c'est aussi construire un réseau entre les pays, les universités, les institutions et les associations s'intéressant aux pays en transition, afin de reconnaître les facteurs de changements économiques, politiques et sociaux qui ont un impact sur le patrimoine culturel.

Dans le cadre de la Chaire UNESCO de Brno, un projet de transition intitulé "De l'oppression à la démocratie", appuyé par la Conférence générale de l'UNESCO en 1995 a été mis en route.
Un autre projet sur "Le patrimoine au temps de la mondialisation" traite d'une approche globale, interdisciplinaire et se propose d'instaurer un réseau de musées universitaires.

Pour conclure, M. Sofka pense que les musées constituent un outil important dans la transition d'un régime totalitaire à un régime démocratique.

M. Georges SALIBA, Sociologue, Consultant (Liban), met l'accent sur le patrimoine intangible et reprend les termes de la déclaration issue de la conférence organisée par l'UNESCO en mai 1999, sur la conservation de la culture traditionnelle et populaire.

Cette déclaration insiste sur l'importance du folklore, mot arabe désignant la culture traditionnelle et populaire, lien de rencontre entre les peuples et moyen d'affirmation culturelle. Elle décrit le rôle joué par le folklore dans la vie et l'histoire des peuples, menacé par les guerres, comme une série d'actes et de coutumes basés sur la tradition, transmis oralement, qui comprend la littérature, les chants, les contes et légendes. Il faut préserver le folklore en tant qu'expression culturelle, encourager les recherches pour mieux comprendre les changements dans les traditions. Il faut enfin le revitaliser par l'organisation de festivals et de cursus d'enseignement, sensibiliser les communautés à la nécessité de sa préservation.

Mme Effat ABOU ASSALY, de l'Association d'anciens étudiants de la Lebanese American University, Byblos (Liban), elle-même propriétaire d'un château de 175 ans, veut créer un musée universitaire au sein de la Lebanese American University (LAU). Les expositions que LAU organise chaque année pourraient servir de fonds pour l'ouverture de ce musée près de la maison de Khalil Gibran. Ce musée, outre une section consacrée à l'histoire et l'archéologie libanaises, devrait aussi comprendre une section d'art contemporain où les jeunes artistes libanais pourraient exposer leurs œuvres. Mme Abou Asle a commencé à collectionner leurs œuvres depuis une dizaine d'années déjà.

M. Talal S. AKASHEH, Doyen de l'Institute of Sustainable Tourism and Cultural Heritage Management, Universié hachémite (Jordanie), offre d'accueillir le séminaire international de Forum UNESCO Université et patrimoine en 2002 en Jordanie.

DEBAT

Le débat porte sur la multitude des formes d'actions dans le cadre de ce réseau et sur le fait que si les étudiants sont souvent absents des séminaires, cela ne signifie pas qu'ils sont pour autant absents des projets opérationnels.

Par ailleurs, la recherche et l'obtention de fonds permettant d'entreprendre et de mener à bien ces actions est évoquée, la possibilité est avancée de créer un fonds, géré par l'UNESCO pour aider les universités moins bien dotées.