Pays : Croatie
Le Nijemo Kolo est pratiqué par des communautés de l’arrière-pays dalmate, dans le sud de la Croatie. Il est dansé en ronde, les danseurs entraînant leurs partenaires féminines dans une suite de pas énergiques et spontanés, le danseur testant publiquement les capacités de sa partenaire, en apparence sans règle définie. Les pas et les figures, souvent vigoureux et impressionnants, dépendent de l’humeur et du désir des participants. Le trait distinctif de cette danse silencieuse en cercle est qu’elle est exécutée sans aucune musique, même si des intermèdes musicaux, vocaux ou instrumentaux, précèdent ou suivent parfois la danse. Le Nijemo Kolo est traditionnellement exécuté lors des carnavals, des foires, des jours de fêtes et des mariages ; c’est un moyen, pour les jeunes femmes et les jeunes hommes, de se rencontrer et de faire connaissance. Les différences d’exécution du Nijemo Kolo d’un village à l’autre sont également un moyen, pour les populations locales, de marquer leur identité. La danse est transmise de génération en génération, bien que cette transmission se fasse de plus en plus dans le cadre de clubs culturels où ses mouvements ont été normalisés. Certains villages de l’arrière-pays dalmate ont toutefois préservé le caractère spontané des pas et des figures. De nos jours, le Nijemo Kolo est surtout dansé par des groupes de danse de villages qui se produisent dans les festivals locaux, régionaux ou internationaux et lors de spectacles locaux, de carnavals ou le jour de la fête du saint patron de leur église paroissiale.
Pays : Hongrie
Le modèle Táncház (« maison de danse ») d’enseignement de la danse folklorique et de la musique combine des formes traditionnelles d’apprentissage avec des méthodes modernes de pédagogie et de folklore. Les instructeurs font tout d’abord une démonstration de motifs ou mouvements, puis sont imités par les participants, disposés en cercle, sur un accompagnement musical en direct, jusqu’à ce qu’un certain niveau de danse libre et d’improvisation soit atteint. La danse est complétée par un enseignement de chant, des activités artisanales et des présentations ethnographiques. Toute personne, sans distinction d’âge ou de compétence, sans expérience préalable, peut devenir un participant actif. À travers la pratique et la transmission de ce patrimoine culturel immatériel, l’objectif est d’établir une forme de loisir qui soit fondée sur des valeurs, contribue au renforcement des liens au sein de la communauté, et reste distrayante tout en étant didactique. Les méthodes Táncház sont également utilisées dans les écoles d’art et à tous les niveaux d’enseignement public, tout en influençant la danse folklorique et la performance musicale. Le festival national et le salon du Táncház représentent chaque année la plus grande réunion de tous les porteurs, médiateurs et amateurs de cette méthode, mais d’autres formes de Táncház, propres aux différents groupes d’âges ou aux contenus plus spécifiques, se sont développées, ainsi que des ateliers, des camps, des théâtres ou encore des clubs d’artisanat. Un nombre croissant de publications contribue à populariser le Táncház ainsi qu’à affiner et transmettre sa méthodologie, tandis que le Centre de ressources de danse folklorique permet au public d’accéder à des enregistrements d’archives. Ce modèle d’apprentissage à travers l’acquisition pratique est facilement adaptable à la sauvegarde et la transmission du patrimoine immatériel de toute communauté, soutenant ainsi sa diversité.
Pays : Brésil
Chaque année, le programme national du patrimoine immatériel lance un appel national à projets pour encourager et soutenir des initiatives de sauvegarde et de pratiques proposées par la société brésilienne pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Les projets doivent impliquer la participation de la communauté et des groupes concernés, promouvoir l’inclusion sociale et l’amélioration des conditions de vie des producteurs et des détenteurs de ce patrimoine, et respecter les droits individuels et collectifs. La plupart des projets comprennent des activités tel qu’une cartographie, des inventaires et une recherche ethnographique ; la systématisation de l’information et la création d’une base de données et/ou sa mise en œuvre ; la production ou la préservation de la documentation et des archives ethnographiques; la promotion et la transmission des savoirs traditionnels aux nouvelles générations ; et le renforcement des capacités des communautés pour la recherche, la sauvegarde et l’éducaton. Les projets peuvent être présentés par des institutions gouvernementales locales ou par des organisations privées à but non lucratif, mais ils doivent avoir l’accord préalable des communautés concernées. Le processus de sélection est organisé par le département du patrimoine immatériel de l’Institut national du patrimoine historique et artistique (IPHAN) à Brasilia, les projets étant évalués par un comité national d’experts. Chaque projet sélectionné reçoit approximativement R$100,000 (50.000 dollars des États-Unis) et est souvent réalisé dans les 12 mois. L’appel à projets vise à renforcer les processus de sauvegarde de la communauté et des institutions, et à créer des réseaux entre les différents acteurs institutionnels et sociaux. En tant que tel, le processus constitue un modèle de financement et d’encouragement des initiatives de la société civile pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.
Pays : Mauritanie
L’épopée T’heydinne se compose de dizaines de poèmes célébrant les glorieux exploits des émirs et des sultans maures. Elle met en avant les valeurs ancestrales qui sous-tendent le mode de vie de la communauté maure de Mauritanie et représente une manifestation littéraire et artistique de la langue hassaniya. Les griots interprètent l’épopée accompagnés par des instruments à cordes traditionnels comme le luth et la harpe, ainsi que par des timbales. Les griots préservent la mémoire collective de la société grâce aux poèmes, en transmettant les connaissances et les compétences de père en fils, les jeunes griots apprenant d’abord à jouer de ces instruments avant d’être initiés à la tradition poétique. L’épopée T’heydinne constitue un lien permanent entre les interprètes et leur tribu, chaque famille de griots possédant un répertoire particulier qui la distingue des autres. L’épopée est récitée lors d’événements sociaux comme les mariages, les cérémonies de réconciliation et les invitations. Ces spectacles sont l’occasion de réunions tribales régionales ou familiales qui renforcent les liens sociaux et encouragent une culture de la paix sociale et de l’entraide. L’interprétation de l’épopée T’heydinn décline cependant. Les griots qui la connaissent parfaitement sont peu nombreux et âgés pour la plupart. De plus, la demande pour de tels spectacles a diminué et les jeunes griots ont tendance à opter pour une forme abrégée de l’épopée, dont ils ne connaissent parfois que certains épisodes. Tous ces facteurs menacent la viabilité de l’épopée T’heydinne.
Pays : Turquie
Le Keşkek est un plat cérémoniel traditionnel turc, préparé pour les mariages, les cérémonies de circoncision et les fêtes religieuses. Femmes et hommes cuisinent ensemble dans de grands chaudrons le plat de blé et de viande appelé ”Keşkek” qu’ils servent ensuite aux invités. Le blé est lavé la veille en récitant des prières, puis emporté jusqu’à un grand mortier en pierre au son du ”davul” (tambour) et de la ”zurna” (flûte à double anche). Dans le mortier, il est séparé du son par deux à quatre personnes qui le battent en rythme à l’aide de pilons. Le plat est généralement cuisiné à l’extérieur : blé décortiqué, morceaux de viande avec os, oignons, épices, eau et huile sont versés dans le chaudron et mis à cuire pendant toute la nuit. Vers midi, le plus costauds parmi les jeunes du village sont appelés pour battre le Keşkek à l’aide de maillets en bois, tandis que la foule les encourage de ses acclamations et que les joueurs de ”zurna” interprètent des pièces musicales, annonçant l’épaississement du ragoût par une mélodie spécifique. De nombreuses expressions associées à ce plat – utilisées lors la sélection du blé, les bénédictions, les prières et le transport du blé, ainsi que pendant la préparation et la cuisson – sont devenues des expressions courantes de la vie quotidienne. De plus, la tradition inclut des divertissements, du théâtre et de la musique. Les villes et villages voisins sont invités à faire la fête ensemble dans les locaux où se déroule la cérémonie. La tradition de ce plat est sauvegardée et transmise par des maîtres cuisiniers à des apprentis.