Arts du spectacle (comme la musique, la danse et le théâtre traditionnels)

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La Convention dans le texte

  1. Article 2 : Définitions

Les arts du spectacle sont aussi bien la musique vocale instrumentale, que la danse et le théâtre, la pantomime, la poésie chantée et d’autres formes d’expression encore. Ils recouvrent de nom breuses expressions culturelles qui reflètent la créativité humaine et que l’on trouve également, dans une certaine mesure, dans de nombreux autres domaines du patrimoine culturel immatériel.

L’Urtiin Duu, chants longs traditionnels populaires

La musique est peut-être le plus universel des arts du spectacle et on la trouve dans toutes les sociétés, faisant le plus souvent partie intégrante d’autres formes d’arts du spectacle et d’autres domaines du patrimoine culturel immatériel, comme les rituels, les manifestations festives ou les traditions orales. Elle est présente dans les contextes les plus divers : sacrée ou profane, classique ou populaire, étroitement liée au travail ou au divertissement. La musique peut également avoir une dimension politique ou économique : elle peut raconter l’histoire d’une communauté, chanter les louanges d’un personnage puissant ou jouer un rôle clé dans des transactions économiques. Les occasions dans lesquelles on interprète de la musique sont tout aussi variées : mariages, funérailles, rituels et initiations, activités festives, divertissements de toutes sortes, ainsi que bien d’autres fonctions sociales.

La danse, bien que très complexe, peut être décrite simplement comme des mouvements corporels ordonnés, généralement interprétés en musique. Outre sa dimension physique, les mouvements rythmiques, les pas et les gestes de la danse expriment souvent un sentiment ou un état d’esprit, ou illustrent un événement particulier ou une action du quotidien, comme les danses religieuses et celles qui représentent la chasse, la guerre ou l’activité sexuelle.

La Samba de Roda de Recôncavo de Bahia

Les représentations théâtrales traditionnelles conjuguent ordinairement le jeu d’acteur, le chant, la danse et la musique, le dialogue, la narration ou la déclamation, mais peuvent également consister en spectacles de marionnettes ou de pantomime. Ces arts sont cependant plus que de simples « représentations » pour un public : ils peuvent aussi jouer un rôle crucial dans la culture et la société, comme les chants qui accompagnent les travaux agricoles ou la musique qui fait partie d’un rituel. Dans un cadre plus intime, on chante souvent des berceuses pour aider un bébé à s’endormir.

Les instruments, objets, objets d’artisanat et espaces associés aux expressions et pratiques culturelles s’inscrivent tous dans la définition que donne la Convention du patrimoine culturel immatériel. Dans les arts du spectacle, cela concerne notamment les instruments de musique, les masques, costumes et autres ornements du corps utilisés pour la danse et les attributs du théâtre. Les arts du spectacle sont souvent pratiqués dans des lieux spécifiques qui, lorsqu’ilssont étroitement liés à la représentation, sont considérés par la Convention comme des espaces culturels.

De nombreuses formes d’arts du spectacle sont aujourd’hui menacées. À mesure que les pratiques culturelles se standardisent, de nombreuses pratiques traditionnelles sont abandonnées. Même lorsqu’elles deviennent plus populaires, certaines expressions seulement peuvent en profiter, alors que d’autres souffrent. La musique en est peut-être l’un des meilleurs exemples, avec l’explosion de la popularité des « musiques du monde ». Bien qu’il joue un rôle important dans les échanges culturels et encourage une créativité qui enrichit la scène artistique internationale, ce phénomène peut également causer des problèmes. De nombreuses formes diverses de musique peuvent être homogénéisées dans le but de fournir un produit cohérent. Dans de telles situations, il reste peu de place pour certaines pratiques musicales vitales pour le processus d’interprétation et les traditions de certaines communautés.

La musique, la danse et le théâtre sont souvent des figures clés de la promotion culturelle destinée à attirer les touristes et font régulièrement partie des itinéraires des tour-opérateurs. Bien qu’elle puisse attirer davantage de visiteurs et assurer davantage de revenus pour un pays ou une communauté et offrir une vitrine de sa culture, cette démarche peut également avoir pour effet l’émergence de nouvelles formes de présentation des arts du spectacle, altérées en vue du marché touristique. Si le tourisme peut contribuer à revitaliser les arts du spectacle traditionnels et à donner une « valeur de marché » au patrimoine culturel immatériel, il peut également avoir un effet de distorsion, en ce que les représentations se réduisent souvent à montrer des extraits adaptés afin de répondre à la demande des touristes. Les formes artistiques traditionnelles sont souvent transformées en marchandises au nom du divertissement, ce qui s’accompagne de la perte de formes importantes d’expression communautaire. Dans d’autres cas, des facteurs sociaux ou environnementaux plus larges peuvent avoir des conséquences graves sur les traditions d’arts du spectacle. La déforestation, par exemple, peutpriver une communauté du bois nécessaire à la fabrication des instruments traditionnels utilisés pour jouer de la musique.

Khazan Rajabiy, maître du Shashmaqam, lors d'une séance de formation
Khazan Rajabiy, maître du Shashmaqam, lors d’une séance de formation

De nombreuses traditions musicales ont été adaptées aux modes de notation occidentaux afin de pouvoir être enregistrées, ou à des fins éducatives, mais ce processus peut être destructeur. De nombreuses formes de musique utilisent des gammes comportant des tons et des intervalles qui ne correspondent pas aux formes occidentales classiques et certaines subtilités tonales peuvent se perdre dans le processus de transcription. De même que l’homogénéisation de la musique, les modifications apportées aux instruments traditionnels pour les rendre plus familiers ou plus faciles à jouer pour les élèves, par exemple en ajoutant des frettes sur les instruments à cordes, altèrentfoncièrement les instruments eux-mêmes.
Les mesures de sauvegarde destinées aux arts du spectacle traditionnels devraient se concentrer principalement sur la transmission des savoirs et des techniques, du jeu et de la facture des instruments et du renforcement des liens entre le maître et l’élève. Les subtilités d’un chant, les mouvements d’une danse et les interprétations théâtrales sont autant de choses qui doivent être améliorées.

L’interprétation doit également être étudiée, enregistrée, documentée, inventoriée et archivée. Il existe d’innombrables enregistrements sonores dans les archives du monde entier, dont certains remontent à plus d’un siècle. Ces enregistrements anciens sont menacés de détérioration et peuvent être définitivement perdus s’ils ne sont pas numérisés. Le processus de numérisation permet d’identifier et d’inventorier convenablement les documents.

Les médias, les institutions et les industries culturels peuvent également jouer un rôle essentiel pour assurer la viabilité des formes traditionnelles d’arts du spectacle en développant les publics et en sensibilisant le grand public. On peut informer le public des divers aspects d’une forme d’expression, assurant à celle-ci une popularité nouvelle et plus large, tout en promouvant une approche plus experte qui renforce à son tour l’intérêt pour les variations locales d’une forme artistique et peut avoir pour effet une participation active à l’exécution même.

La sauvegarde peut également recouvrir des améliorations de la formation et des infrastructures en vue de préparer convenablement le personnel et les institutions à la préservation de l’ensemble de la gamme des arts du spectacle. En Géorgie, les élèves sont formés aux méthodes du travail de terrain de l’anthropologie, ainsi qu’à l’enregistrement des polyphonies, ce qui leur permet de poser les bases d’un inventaire national par la création d’une base de données.