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Patrimoine culturel immatériel - PCI

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Traditions et expressions orales, y compris la langue comme vecteur du patrimoine culturel immatériel

  • Réunions
  • 27/28-01-2006, Paris : Réunion pour la préparation d'un manuel sur les traditions et expressions orales
  • 23/25-03-2006, Bamako : Mettre en synergie les efforts pour préserver la diversité linguistique en Afrique

Revenir en hautVers une définition…

Le Messager du patrimoine immatériel N°4 (septembre 2006) - Numéro spécial : Langues en danger
anglais|français|espagnol|arabe
©UNESCO

Le domaine des traditions et expressions orales inclut une très grande variété de formes : proverbes, énigmes, contes, comptines, légendes, mythes, chants et poèmes épiques, incantations, prières, psalmodies, chants, représentations théâtrales, etc. Elles transmettent un savoir, des valeurs et une mémoire collective et jouent un rôle clé dans le dynamisme culturel ; nombre d’entre elles ont de tout temps constitué une distraction populaire. Bien que la langue soit un élément essentiel du patrimoine culturel immatériel de nombreuses communautés, elle ne figure pas en tant que telle au nombre des éléments dont la Convention de 2003 assure la promotion. Elle doit néanmoins être sauvegardée en tant que vecteur du PCI.

La Hikaye palestinienne
©Rafi Safieh

Certaines formes d’expression sont courantes et peuvent être utilisées par l’ensemble de la communauté; d’autres sont pratiquées par des groupes restreints, par exemple uniquement par les femmes. Dans de nombreuses sociétés, les manifestations relevant des traditions orales sont le fait d’artistes professionnels souvent tenus en haute estime car ils sont considérés comme les gardiens des mémoires collectives. On trouve des artistes professionnels dans toutes les régions. Les griots ou djelis d’Afrique sont bien connus ; on sait moins que des pays comme l’Allemagne ou les États Unis par exemple comptent actuellement des centaines de conteurs professionnels.
Les traditions et expressions orales sont le plus souvent transmises de bouche à oreille, ce qui entraine généralement des modifications plus ou moins importantes. Leur représentation fait recours à la combinaison - variable selon le genre, le contexte et l’artiste - d’imitation, d’improvisation et de création. Cette association rend les traditions et expressions orales particulièrement dynamiques et attrayantes mais parfois aussi fragiles, leur survie dépendant d’une chaine de transmission ininterrompue. Si la langue est essentielle à la plupart des formes de PCI, elle l’est plus particulièrement dans le cas des traditions et expressions orales : certaines langues déterminent et incarnent leur contenu même. La perte d’une langue entraine inévitablement la perte de traditions et expressions orales, mais c’est parallèlement dans ces expressions orales et leurs représentations sociales et culturelles qu’une langue est le mieux préservée, bien mieux que dans n’importe quel dictionnaire, grammaire ou base de données. Les langues vivent dans les chants et les récits, les énigmes et les poèmes ; la sauvegarde des langues et celle des traditions et expressions orales constituent donc deux aspects d’une même mission.
Voir également le Programme des « langues en danger » et une Revue des activités en cours portant sur les langues et le multilinguisme, 2006-2007) (anglais|français)

Revenir en hautQuelques exemples

L’Olonkho, épopée héroïque iakoute
© UNESCO

Ces exemples sont choisis parmi les 90 chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité proclamés en 2001, 2003 et 2005.

  • L’Olonkho, épopée héroïque iakoute (Fédération de Russie), rend compte des croyances et coutumes, des pratiques chamaniques, de l’histoire orale et des valeurs iakoutes. L’« Olonkhosoute », ou narrateur, doit exceller dans l’interprétation, le chant, l’éloquence et l’improvisation poétique. Comme pour la plupart des traditions orales, il existe de multiples versions de l’Olonkho, la plus longue étant composée de 15 000 vers.
  • La Hikaye palestinienne est racontée par des femmes à d’autres femmes et aux enfants et propose souvent une critique de la société du point de vue des femmes. Les Palestiniennes de plus de 70 ans sont presque toutes des conteuses de Hikaye et ce sont principalement elles qui perpétuent cette tradition. Cependant, il n’est pas rare que des filles et des garçons se racontent ces récits pour s’entraîner ou simplement pour le plaisir.
  • Les récits chantés Hudhud des Ifugao (Philippines) sont déclamés au moment des semailles, de la récolte du riz et des veillées funèbres. Une récitation complète, qui s’étend sur plusieurs jours, est généralement dirigée par une femme âgée qui fait fonction d’historienne et de prédicatrice de la communauté.

Revenir en hautUne viabilité menacée

Comme d’autres formes de PCI, les traditions orales sont menacées par des phénomènes de la vie moderne tels que l’urbanisation rapide, les migrations massives, l’industrialisation et les changements touchant l’environnement. Cependant, l’omniprésence des médias modernes - livres, périodiques, radio, télévision et Internet - peut avoir un impact à la fois positif et négatif sur le processus de transmission orale. Le problème tient en particulier à l’élargissement de leur aire d’influence (parfois mondiale, comme avec l’Internet) et à la rapidité de leur expansion. Ce sont souvent les moments de loisirs que l’on consacre aux traditions et expressions orales et, ces moments étant de plus en plus remplis par d’autres moyens et produits médiatiques, l’espace temporel restant disponible pour l’expression orale diminue. Ainsi, les poèmes épiques qui étaient autrefois récités pendant des jours risquent d’être écourtés et ne durer que quelques heures ; les chants nuptiaux, jadis préliminaires obligés au mariage, peuvent être remplacés par des CD ou des fichiers musicaux numériques. La prospérité socioéconomique risque de s’accompagner de la déstructuration des familles élargies regroupant plusieurs générations, et la télévision de remplacer les grands-parents comme baby-sitters des enfants.

Revenir en hautQuelques pratiques de sauvegarde

Le Hudhud, récits chantés des Ifugao
©Renato S. Rastrollo / NCCA -ICH /UNESCO

L’aspect le plus important de la sauvegarde des traditions et expressions orales est la préservation de leur fonction sociale, de leur rôle dans la vie quotidienne ou lors d’évènements festifs ainsi que du caractère interpersonnel de leur transmission. Cela peut passer par la multiplication des possibilités offertes aux anciens de raconter des contes et légendes aux jeunes à la maison ou dans les écoles, ou par la promotion des fêtes et évènements traditionnels lors desquels les traditions et expressions orales sont représentées. La sauvegarde de ce patrimoine peut également consister en un renforcement de l’apprentissage formel, lorsqu’il s’avère nécessaire pour maitriser une forme d’expression telle que la poésie épique, ou encore la création de nouveaux contextes, comme des festivals de récits oraux dans lesquels la créativité traditionnelle pourrait se manifester autrement. Dans l’esprit de la Convention de 2003, les mesures de sauvegarde devraient porter sur les traditions et expressions orales en tant que processus plutôt qu’en tant que produits.

Afin de sauvegarder l’art des Akyn, six ateliers ont été mis en place dans différentes régions du Kirghizistan où des conteurs épiques reconnus, les Akyn, transmettent leur savoir et leur savoir faire à des groupes de jeunes élèves qui se préparent à devenir dans quelques années des Akyn modernes. Les enseignants utilisent du matériel audiovisuel, des enregistrements et des textes, mais la principale méthode de transmission reste essentiellement interpersonnelle et traditionnelle.

Les communautés, les chercheurs et les institutions ont également la possibilité d’utiliser les nouvelles technologies de l’information afin de participer à la sauvegarde des traditions orales dans toute leur richesse, y compris les variations textuelles et les différents styles d’interprétation. L’ère numérique offre la possibilité sans précédent de conserver la trace d’éléments significatifs tels que l’intonation et un nombre bien plus grand de variantes, mais également de l’interaction entre les artistes et le public ainsi que d’aspects non verbaux tels que les gestes et les mimiques. La sauvegarde par le recueil d’informations et la documentation a pour corolaire le devoir de diffuser le patrimoine ainsi rassemblé par des technologies et moyens de diffusion adaptés, afin que les médias et les technologies de l’information contribuent au renforcement des traditions et expressions orales plutôt qu’à leur déclin.

Dernière mise à jour : 2009-03-23 19:06:51