Le Sbek Thom,
théâtre d'ombres khmère
 

Le Sbek Thom est un théâtre d’ombres khmère qui met en scène des grandes marionnettes en cuir ajouré et non articulées, mesurant jusqu’à deux mètres de hauteur. Antérieur à la période angkorienne, le Sbek Thom est considéré, à l’instar du ballet royal et du théâtre masqué, comme un art sacré. Les représentations, dédiées aux divinités, ne pouvaient avoir lieu qu’en des occasions spécifiques, trois à quatre fois par an, comme le nouvel an khmer, l’anniversaire du roi ou la vénération d’illustres personnages. Affaibli après la chute d’Angkor au siècle dernier, ce théâtre d’ombres a dépassé le cadre cérémonial, évoluant dans celui des représentations artistiques sans toutefois perdre sa dimension rituelle.

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Les marionnettes sont taillées dans une seule pièce de cuir selon un cérémonial spécifique à chaque personnage. Shiva et Vishnu doivent par exemple être découpés dans le cuir d’une vache morte accidentellement ou naturellement et doivent être entièrement finalisés dans la journée selon un rituel propre. Les peaux sont colorées avec une solution à base d’écorce de kandaol. L’artisan dessine la figurine voulue sur le cuir tanné, puis la cisèle et la peint avant de la fixer sur deux tiges de bambous qui permettront au danseur d’animer la marionnette.

Traditionnellement, les représentations avaient lieu la nuit, en plein air, aux abords d’une rizière ou d’une pagode. Un grand tissu blanc est tendu entre deux hauts mats de bambous, devant un grand feu ou – désormais - des projecteurs. La silhouette de la marionnette est projetée en ombre chinoise sur cet écran blanc. Le manipulateur lui donne vie en effectuant des pas de danse précis et spécifiques, lui insufflant ainsi une variété de mouvements. La représentation est accompagnée d’un orchestre et de deux narrateurs. Les spectacles inspirés du Reamker, la version khmère du Ramayana, pouvaient s’étendre sur plusieurs nuits consécutives et nécessiter jusqu’à 160 marionnettes pour une même représentation.

Quasiment anéanti sous le régime répressif des khmères rouges, le Sbek Thom renaît depuis 1979 grâce aux quelques rares artistes survivants. Les jeux de marionnettes, détruits pour la plupart, sont peu à peu re-confectionnés et les troupes se reforment. A ce jour, trois théâtres d’ombres ont pu renaître de leurs cendres, mais ils manquent cruellement de moyens et d’occasions de se produire. Par ailleurs, la transmission des connaissances, techniques et savoir-faire, notamment ceux liés à la confection des marionnettes, n’est plus assurée.