L'espace culturel
de Palenque de San Basilio
 

Le village de Palenque de San Basilio, qui compte environ 3 500 habitants, est situé dans les contreforts des Montes de María, au sud-est de Cartagena, la capitale régionale.  La communauté a été fondée par des esclaves en fuite qui ont cherché refuge dans les palenques – les villages fortifiés où les esclaves africains et les marrons (cimarrones) vivaient à l’époque coloniale. Sur les nombreux palenques qui existaient autrefois, seul San Basilio a survécu en tant que village, devenant un espace culturel unique. 

img

Le Palenque de San Basilio couvre des pratiques sociales, linguistiques, musicales et religieuses, ainsi que des pratiques médicales qui présentent toutes des traits africains. L’organisation sociale de la communauté est basée sur les réseaux familiaux et sur des groupes appelés ma-kuagro. Ces groupes d’âge se forment selon la l’année de naissance de la personne et durent toute la vie. L’adhésion aux kuagro crée un ensemble de droits et de devoirs à l’égard des autres membres du groupe. Des tâches quotidiennes et des activités spéciales sont effectuées par tous les membres du kuagro avec une forte solidarité interne.

Les rituels funéraires et les pratiques médicales complexes témoignent des systèmes spirituels et culturels particuliers dans lesquels s’inscrivent les concepts de vie et de mort dans la communauté palenque. Le lumbalú une cérémonie collective de deuil dans laquelle les femmes, auxquelles revient la charge de transmettre l’héritage de chants et des gestes spécifiques. Des expressions musicales comme le Bullernege Sentado, Son Palenquero ou Son de Negro accompagnent les célébrations collectives telles que baptêmes ou mariages, les fêtes religieuses et les activités de loisirs.

Le langage palenquero est central à l’espace culturel de la palenque de San Basilio. C’est la seule langue créole de toute l’Amérique qui est un métissage de mots espagnols et de caractéristiques africaines bantoues.  Il constitue un facteur vital de renforcement de la cohésion sociale entre tous les membres de la communauté.

Le patrimoine immatériel de Palenque est non seulement menacé par les conflits armés entre la guérilla et les troupes paramilitaires colombiens, mais aussi par les migrations dues à la transformation des méthodes de production et des marchés traditionnels. En dehors de la palenque, ses habitants subissent souvent une discrimination raciale et leurs valeurs culturelles sont stéréotypées et rejetées.  L’influence des médias commerciaux s’accroît et les programmes scolaires inadaptés minent le patrimoine de la communauté et tendent à homogénéiser la culture.