"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Théophanie/Peinture murale chrétienne

date
milieu du 8ème siècle après J.-C. – début du 11ème siècle après J.-C.
provenance
Eglise centrale, Abdullah Nirqi
lieux
époque
taille
1.81 m x 1.96 m
matériaux
thèmes

Cette peinture murale provient de l’église centrale d’Abdullah Nirqi, situé à 280 km au sud d’Assouan. Trois scènes figurent sur ce fragment, à droite les vestiges d’une scène de protection par la Vierge, à gauche un petit personnage et au centre une théophanie (apparition divine). Cette dernière se compose principalement d’une croix grecque avec dans une mandorle un buste du Christ Pantocrator bénissant de sa main droite, tenant un livre dans sa main gauche, la tête entourée d’un nimbe avec une croix. Entre les bras de la grande croix se logent les symboles nimbés et ailés des quatre évangélistes : une tête humaine pour saint Jean, d’aigle pour saint Luc, de taureau pour saint Mathieu et enfin de lion pour saint Marc. De nombreuses inscriptions sont visibles sur la partie gauche.

Il est difficile d’envisager la datation de ces scènes sans se référer aux peintures de la cathédrale de la ville de Faras qui constituait le centre artistique et culturel de la région. La réalisation de la scène de protection pourrait être datée entre le milieu du VIIIe siècle et le milieu du IXe siècle alors que la scène de théophanie serait plus récente, entre la fin du Xe siècle et le début du XIe.

La Nubie a été christianisée assez tard, vers le milieu du VIe siècle par le prêtre Julien envoyé de Byzance par l’impératrice Théodora et l’évêque Théodore de Philae. À la fin de ce siècle les trois royaumes nubiens, Nobatie, Makourie puis Alwa, étaient convertis et les temples païens transformés en église.

Pendant cinq siècles, la Nubie est restée chrétienne et ce ne fut qu’au XIIIe siècle avec des expéditions envoyées par les Mamelouks que commença la pénétration de l’Islam même si les premières confrontations eurent lieu dès le VIIe siècle. La fin des dernières principautés chrétiennes se situerait au XVIe siècle.

Une représentation proche de la scène centrale de la peinture se retrouve en France, par exemple au tympan de l’église abbatiale d’Arles-sur-Tech en Roussillon qui remonte au XIe-XIIe siècle : un Christ Pantocrator assis bénissant et tenant un livre s’inscrit au centre d’une croix grecque dont les branches portent, dans des cercles, les symboles des quatre évangélistes.

C’est peut-être à partir de l’image du Christ Pantocrator, très fréquente dans l’art byzantin que s’est diffusée cette iconographie dans l’ensemble du monde chrétien.

Le motif de la croix d’orfèvrerie, lui aussi très présent dans l’art byzantin, s’est répandu dans l’art copte d’Égypte (peintures murales des ermitages des Kellia), tout comme dans l’art du haut Moyen Âge en Europe occidentale (croix du trésor de la cathédrale de Tournai datée du VIIe-IXe siècle).

Par ailleurs, ces deux éléments sont souvent trouvés ensemble dans l’art byzantin et copte en particulier, comme motifs centraux dans les absides des églises, comme à l’église S. Apollinare in Classe (à Ravenne, VIe siècle), où la croix, ornée de bijoux dans l’abside, est décorée avec le buste du Sauveur. La mosaïque dans l’abside de l’église S. Pudenziana à Rome (Ve siècle, restaurée au XVIe siècle) montre la combinaison de Jésus, de la croix et des évangélistes. La peinture d’Abdullah Nirqi semble être le premier exemple de cette combinaison en Nubie.

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