"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Panneau de marbre évoquant un mihrab

date
450 H. / 1058
provenance
Ghazni
lieux
époque
matériaux
thèmes
Ce panneau rectangulaire en marbre est sculpté en bas-relief d’un décor formé d’un arc encadrant une lampe. Il est bordé, sur trois côtés, d'une bande épigraphique en écriture cursive mentionnant la date de fondation du monument. Le texte fait référence à un personnage qui construisit « ce masjid » (mosquée) « et ce mihrab » en 450 H/ 1058 mais ne porte aucune autre mention relative à la mosquée pour laquelle le panneau fut produit. Il est toutefois certain qu’il n’était pas destiné à la mosquée d’Abu al-Fath, construite plus tardivement, et dans laquelle il a été utilisé comme mihrab et photographié en 1957. L’arc, de forme outrepassée au profil externe brisé et au profil interne polylobé, repose sur deux fines colonnes à bases et chapiteaux campaniformes. Les écoinçons renferment deux motifs végétaux symétriques chacun constitué de rinceaux enroulés autour d’un trèfle donnant à son tour naissance à un second trèfle. Une lampe à panse globulaire est suspendue à la clé de l’arc au moyen de trois chaînes réunies par un anneau de suspension. Deux autres inscriptions figurent sous la lampe. La première, en graphie coufique foliée légèrement ornementée, reprend la formule pieuse al-mulk li-llah, « la souveraineté est à Dieu ». La deuxième inscription est constituée de deux lignes d’écriture enserrées dans un panneau rectangulaire. Si la plupart des lettres, plus petites, sont écrites dans un coufique moins raffiné, la graphie de certaines lettres s’apparente davantage à une forme cursive. Par ailleurs, elle mentionne deux personnages qui pourraient avoir été en charge de la construction du monument. L’ensemble de la composition décorative et la forme de l’arc semblent être le fruit d’un dessin préparatoire géométrique. Ceci contraste avec les motifs de remplissage dont les irrégularités suggèrent qu’ils auraient été tracés à main levée. La technique de la sculpture montre un certain degré de raffinement. Ainsi, le bas-relief arrondit les bords de l’inscription principale et des motifs végétaux. Tandis que l’écriture coufique est sculptée à plat. De même, la sculpture des colonnes, de la partie concave et la lampe, à l’intérieur de l’arche, ont un aspect plus rond et sont sculptés plus profondément. La valeur historique de ce panneau réside essentiellement dans la présence d’une datation, 450 / 1058, associée aux caractéristiques iconographiques et paléographiques telles que l’usage de la graphie cursive et la représentation d’une lampe suspendue à une arche sur des panneaux architecturaux. Et ceci caractérise généralement les époques ultérieures. L’écriture cursive fut certainement employée à Ghazni dès la quatrième décennie du 11ème siècle. En effet, elle est également présente dans trois exemples antérieurs datés : les épitaphes des tombes du souverain ghaznévide Mahmud (m. 1030) et d’un certain Mahmud Harawi (m. 1040) ainsi que le cadre arqué au nom du souverain Mawdud, daté de 436 H / 1044-45 ap. J-C. De même, il s’agit de la première occurrence connue du motif de lampe suspendue à la clé d’un arc dans l’art islamique sur un panneau architectural. Notons cependant la présence de ce motif dans les manuscrits coraniques de Sana’a datés d’environ 91-96 H/ 710-715 ap. J-C et dans le médaillon étoilé du mihrab de la mosquée d’Ibn Tulun au Caire datant de la fin du 9ème siècle. Dès le 12ème siècle, ce motif est reproduit de manière récurrente sur des éléments architecturaux et notamment sur les mihrabs. Mais il est surtout employé en contexte funéraire comme par exemple sur des tombes égyptiennes ou des monuments funéraires iraniens, mais également sur des mihrabs. Le panneau de Ghazni précède immédiatement un motif de lampe associée à un arc peint sur la tour-tombeau I de Kharraqan (1067-68 ap. J-C.). Toutefois, celui-ci ne présente aucun élément suggérant le contexte funéraire, ce qui implique qu’à cette période primitive, le motif ne revêtait pas, ou pas uniquement, de connotations eschatologiques. Il est peut-être significatif que ce soit à Ghazni que le motif de la lampe associée à une arche apparaît sur les tombes uniquement à partir du 12ème siècle. Sur cette plaque, le motif est associé à un texte de fondation d’une mosquée dans laquelle elle se trouvait, ainsi qu’à son mihrab – amplifiant ainsi en quelque sorte la vision architecturale évoquée par l’inscription. Le caractère religieux des monuments évoqués suggère un lien évident entre ces représentations et les mosquées (et mihrabs ?) dans lesquelles elles se trouvaient. Mais il peut également s’agir simplement d’une connotation dévotionnelle. Par ailleurs, il existe un panneau similaire produit à Ghazni (Collection David à Copenhague, inv. 74 1979). dans lequel apparait une citation coranique (Cor. IX, 18) relative à l’entretien des mosquées. Si la fonction première de ce panneau est la célébration de l’acte de construction de la mosquée et de son mihrab par son mécène, la représentation du motif de la lampe associée à une arche revêt déjà très probablement une connotation religieuse. De plus, près d’un demi-siècle plus tard, la corrélation entre l’ayat al-nûr (le verset de la Lumière, Cor. XXIV, 35) et la lampe comme image de la lumière de la foi fut établie et diffusée par al-Ghazali dans son fameux ouvrage Mishkat al-Anwar (début du 12ème siècle).

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