"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Panneau de marbre à motifs modulaires d’octogones

date
début du 12ème siècle, probablement 505 H./ 1112 ap. J.-C.
provenance
Ghazni
lieux
époque
matériaux
thèmes
Ce panneau carré, sculpté en bas-relief, correspond au coin inférieur droit d’un large lambris encadré par une bande épigraphique tracée en graphie coufique. Le décor du champ principal est constitué d’un motif modulaire d’octogones renfermant des éléments végétaux incisés et alternant avec un motif végétal. Ce dernier est fait de paires de demi-palmettes trilobées affrontées et entrelacées de manière à enserrer une fleur de lys. Les motifs de demi-palmettes convergent ainsi, par groupe de quatre, vers un nœud inséré au sein d’un motif carré. La partie supérieure de l’inscription est tronquée rendant cette dernière indéchiffrable. Le motif principal a soigneusement été conçu selon un schéma géométrique soulignant la composition. Réalisé en bas-relief de façon très minutieuse, il est animé d’octogones de profondeur différente et sculptés de façon oblique. Les détails incisés des éléments végétaux et les motifs au sein des octogones sont les seuls à disposer de particularités suggérant une réalisation à main levée. Ce panneau a été trouvé en 1958 dans la ziyara Sultan Ibrahim, petit mausolée s’élevant sur le site du palais de Mas’ud à Ghazni. Combiné à d’autres pièces de marbre, il était ainsi remployé. D’autres panneaux appartenant au même lambris ont été extraits par les archéologues italiens lors des fouilles du palais. L’un d’entre eux, qui appartenait probablement à ce panneau, est aujourd’hui conservé au Musée d’Art Oriental à Rome (inv. no. 8423). Tandis que d’autres panneaux, vraisemblablement similaires, ont également été retrouvés dans la région de Ghazni. Cet ensemble découvert, comprenant 19 éléments fragmentaires et complets, indique que lambris original était doté d’un niveau supérieur plus fortement marqué. Elle était, en effet, délimitée par une bande épigraphique écrite en coufique et ininterrompue et mesurait environ 1,5 à 2 mètres de hauteur. La partie de ces inscriptions qui a pu être déchiffrée contient une référence historique écrite en arabe. Ces preuves - à savoir les objets trouvés dans le palais, le lambris conçu en différents niveaux, la hauteur considérable de celui-ci ainsi que le probable contenu du texte - suggèrent que le panneau se trouvait à l’origine dans l’un des halls de réception du palais de Mas’ud III (probablement dans la salle du trône). Cette vraisemblable datation du début du 12ème siècle (voir n°4) est renforcée par la présence de motifs au sein d’octogones, schéma également observé sur une tombe datée de 503 H / 1109 ap. J.-C. L’apparence générale du lambris d’origine aurait convenu à un hall de réception, comme cela aurait été le cas pour un revêtement de tapisserie ou de textile. Ce type de revêtement produisait un effet très apprécié dans le décor architectural islamique. Il est ici obtenu par le décor du champ principal et mis en valeur par l’effet polychrome de la surface, originellement peinte. Les fragments de brique et de stuc retrouvés dans la salle du trône auraient ainsi complété son décor architectural. Le marbre était employé de façon distincte dans le palais : lisse pour le pavement de la cour principale ; et sculpté pour les panneaux (à l’entrée et le long de la cour principale, voir n°2), les bases des colonnes de la salle de prière, les balustrades et les petits arcs (voir n°s. 3, 4), le haut panneau rectangulaire ou les panneaux du lambris, ainsi que les éléments du système hydraulique (bassins et margelles de puits). Le grand lambris de briques incrusté de stuc, était principalement employé dans la partie supérieure des murs (voir nos. 9-12). Par ailleurs, le motif d’octogones alternant avec des nœuds végétaux était très usité à Ghazni, où une variante de ce lambris est également attestée. S’il n’existe pas de parallèles dans l’art islamique des 11ème et 12ème siècles, un motif similaire constitué d’étoiles au lieu d’octogones, a été retrouvé sur une peinture murale à Lashkari Bazar, datant probablement de la période ghoride (12ème – 13ème siècles).

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