"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Transenne de marbre à motifs wâq-wâq

date
11ème -12ème siècles
provenance
Ghazni
lieux
époque
matériaux
thèmes
Ce panneau rectangulaire correspond à la moitié d’une grande transenne. Le décor, sculpté en bas-relief sur les deux faces, se compose d’un motif végétal et de créatures fantastiques ordonnées de manière symétrique sur un grand champ central. Il s’agit vraisemblablement d’une variante du motif de l’arbre wâq-wâq. Il est encadré, sur la bordure inférieure et les bordures latérales, d’une bande continue. Tandis qu’une autre bande longe la bordure inférieure. Face A. Dans la partie centrale, le motif de l’arbre wâq-wâq comporte un buste humain ailé, un sphinx et un perroquet. Le cadre supérieur est orné d’une séquence de médaillons à quatre lobes renfermant des harpies – représentées seules ou par paire – ou des aigles bicéphales. Les médaillons sont créés par l’entrelacement des tiges des fleurs de lys affrontées et dessinées par paire. Le cadre inférieur dessine des lions courant vers la droite sur un fond de rinceaux foliés. Face B. Dans la partie centrale, le motif de l’arbre wâq-wâq comporte un sphinx ailé à deux corps, une harpie, une tête de dragon à cornes, un lion ailé, un buste humain ailé et une tête de chien avec un collier de perles. Le cadre supérieur est orné d’un motif d’entrelacs dessinant une séquence d’octogones, chacun d’eux renfermant un animal différent : des lions ailés, des bœufs et des chèvres, des griffons, des éléphants, des paons et des sphinx. Le cadre inférieur est orné d’animaux se dirigeant vers la gauche sur un fond de rinceaux foliés. Ces animaux sont : un oiseau, deux quadrupèdes ailés courant, dont l’un est un lion. Ce panneau est un chef-d’œuvre parmi les marbres sculptés de Ghazni au regard de la complexité de la composition et de la qualité de l’exécution. Les compositions ont été soigneusement pensées selon un schéma géométrique. Les motifs ont été sculptés dans un bas-relief légèrement biseauté. Et la finesse et la précision des détails, souvent incisés, donnent de la vivacité à ces derniers. Notons, par ailleurs, que la face latérale adjacente est percée d’un trou destiné à un support. Le motif de l’arbre wâq-wâq se répandit dans l’art islamique durant le 12ème et le 13ème siècle. Il est issu de récits mythologiques sur l’arbre wâq-wâq dont les fruits ont une apparence humaine ou animal et criant « wâq-wâq » (mentionné dans la littérature arabe depuis le 9ème siècle). Il est, par la suite, assimilé à l’ « arbre qui parle » d’Iskandar/ Alexandre (présent dans le Shahname de Ferdowsi, poème épique écrit à Ghazni durant le 11ème siècle). Dans l’art islamique, la traduction picturale de ce thème, issu d’une œuvre littéraire, se produisit probablement via un motif iconographique plus ancien d’origine turque. Constitué de rinceaux animés, ce motif est attesté en Asie Centrale sur des objets en métal datant des 5ème et 6ème siècles). Cette transenne, attribuée à la période ghaznévide en raison de critères stylistiques, est ornée de l’une des plus anciennes représentations connues de ce motif dans l’art islamique. L’association d’animaux – exotiques tels que le perroquet, d’animaux associés à l’univers du luxe tels que le chien au collier de perles et de figures fantastiques telles que les harpies, les sphinx et les lions ailés – à des figures humaines (bien que ailée et représentées seulement en buste), semble suggérer que, dans l’aire culturelle ghaznévide, l’arbre wâq-wâq et « l’arbre qui parle » d’Alexandre avaient déjà été assimilés. Dans cette image, les nombreuses références au luxe, tels que le perroquet et le somptueux collier de perles du chien domestique, se rapportent à un contexte de cour royale. Associées au thème royal des lions, l’iconographie princière évoquée par les deux sphinx et harpies couronnés et la tête humaine couronnée ainsi que les connotations eschatologiques des harpies (en tant que « oiseau-âme » des croyances funéraires chamaniques de l’Asie Centrale) s’adaptent à l’histoire d’Alexandre – personnage royal dont « l’arbre qui parle » prédit la fin – et à l’arbre wâq-wâq, dont l’histoire se déroule sur une île exotique. Le caractère protecteur du dragon, des sphinx etc. apporte une valeur apotropaïque à cette représentation. Et les animaux et les figures fantastiques représentées dans les bandes latérales mettent davantage l’accent sur ces connotations.

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