"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Tombe en marbre

date
12 rajab/ 2 mai 1689
provenance
Ghazni
lieux
époque
matériaux
thèmes
Environ deux cents tombes datant de la période post-Mongole ont été trouvées à Ghazni par la Mission archéologique italienne durant les fouilles et prospections effectuées dans le cimetière de la ville entre les années 1950 et les années 1970. Ces monuments funéraires peuvent être attribués à la période comprise entre le 16ème et le 20ème siècle et sont clairement un témoignage de l’époque durant laquelle la ville acquit une nouvelle importance religieuse. Les plus anciennes tombes de ce groupe, remontent en fait à l’époque où la ville de Ghazni était sous l’influence des Safavides, qui avait jeté les bases de leur théocratie et imposé le chiisme comme religion d’Etat. Bien que le contenu des inscriptions épigraphiques de ces tombes reste fortement lié au répertoire sunnite orthodoxe de tradition ghaznévide, il pouvait également être le reflet de ce climat culturel dans lequel le pèlerinage aux lieux de sépulture particulièrement vénérés acquit une nouvelle vigueur. Ces tombent furent souvent trouvées dans les ziyarat autour des tombes de ces célèbres personnage. Certains d’entre eux avaient, par ailleurs, vécu durant la période ghaznévide, et témoignaient d’une longue phase d’occupation de la région. D’un point de vue morphologique, les tombes – toutes en marbre – constituent la version simplifiée d’un modèle dont le prototype se trouve dans le sillage de la tombe du fondateur de la dynastie ghaznévide, Sebutkegin (voir également la notice n°7), et montre également l’influence de monuments funéraires de la période timouride (14ème – début 16ème siècle). Ces derniers étaient considérablement répandus en Afghanistan, mais apparemment absents de Ghazni. Ils consistent en deux éléments monolithiques (quasi invariables) : une base, ayant la forme d’un parallélépipède rectangulaire, à section trapézoïdale, et la partie sommitale en crête arborant la forme d’un parallélépipède ayant une bordure carrée ou arrondie. La tombe, présentée ici, appartient à ce dernier type. L’épitaphe, en arabe et quelques mots en langue persane, se développe le long d’une seule ligne horizontale. Certains mots sont répartis sur plusieurs niveaux à l’intérieur de cartouches de différentes formes. Il est dédié à une femme dont le nom, ainsi que la date (2 rajab 1100 H/ 2 mai 1689), sont inscrits sur la partie supérieure. Une série d’adjectifs, parmi les plus présents dans le répertoire épigraphique dédié aux femmes de cette région, précède le nom de la défunte, une native de Boukhara, et la décrit comme étant une personne dévote, pieuse et chaste. Le texte de l’inscription gravée dans la partie inférieure donne le verset du trône 255 de la sourate 2 et une expression verbale adressée à Dieu inspirée de la première partie du verset 5 de la première sourate. Le décor couvrant la surface entière des deux éléments est riche et varié, avec une prévalence de rinceaux sinusoïdaux – gravés, foliées et ornés de bijoux– d’où naissent des fleurs à trois, quatre ou cinq lobes. Le décor le plus caractéristique, offrant une élégance unique au monument, se trouve dans la bande s’étendant le long des quatre côtés de la section inférieure de l’élément sommital et est composé d’une séquence de palmettes alternées et de fleurs trilobées tenu, à la base, par une branche festonnée. Un prototype de ce motif décoratif peut être retrouvé sur certaines tombes ghaznévides et ghorides. Cette tombe fut découverte par la Mission Archéologique Italienne dans le cimetière au nord du minaret du Sultan ghaznévide Bahram Shah. Elle fait partie de la petite série de monuments funéraires exposée au Musée d’Art Oriental, G. Tucci, à Rome. C’est, par ailleurs, l’une des rares tombes dont nous avons la base et la partie sommitale.

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