"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Petit plat décoré selon la technique du sgraffiato

date
12ème -13ème siècles
provenance
Ghazni
lieux
époque
thèmes
Le plat, à paroi évasée légèrement carénée à l’extérieur, est bordé d’une lèvre simple arrondie. Il repose sur une base annulaire au profil carré et à face interne concave. L’objet est décoré selon la technique du sgraffiato: le décor est gravé dans un engobe transparent et agrémenté de touches vertes. Les deux opérations ont été réalisées avant l’application d’une glaçure jaune transparente. Cette glaçure brillante et bien conservée est probablement plombifère. Au centre, on peut constater la présence des traces du trépied en terre cuite qui séparait les céramiques dans le four. Le décor gravé sur la paroi interne est constitué d’un bandeau pseudo-épigraphique sur un fond d’écailles et sur lequel il est possible de reconnaître les lettres lam-alif alternant avec un double lam. Au centre de la face arrière, un simple dessin de forme spiralée est gravé et souligné par deux gros points. Il n’existe pas de corrélation entre le décor gravé et les touches de peinture. Ces dernières perturbent, par ailleurs, la lecture du décor gravé. Notons également que la direction des coulures et la densité de la couleur sur la lèvre suggèrent que l’objet fut séché à l’envers. Le plat est réalisé dans une argile purifiée, de couleur brun clair/ rouge brique, utilisée dans la plupart des céramiques glaçurées de Ghazni et dont les analyses archéométriques suggèrent une origine locale. Les céramiques de type sgraffiato constituent le groupe de céramiques glaçurées le plus important de Ghazni. La production est caractérisée par un décor gravé de motifs assez simples tels que des motifs végétaux stylisés, géométriques, pseudo-épigraphiques ou plus rarement zoomorphologiques auxquels s’ajoutent des coulures vertes – rarement brun-jaune rougeâtre – ou de points polychromes. Les coulures sont généralement indépendantes des lignes gravées alors que les points suivent et soulignent systématiquement le décor gravé. La forme des céramiques trouvées est presque toujours de forme ouverte. Il s’agit essentiellement de plats et de coupes. Les céramiques de type sgraffiato sont très répandues de l’Egypte à l’Asie centrale et sont principalement associées à une circulation et production locale. On trouve des artefacts similaires à ceux de Ghazni un peu partout en Iran et en Asie Centrale, comme à Nishapour, Sirjan, Gurgan, Samarcande Afrasiyad and Djâm. Pourtant, c’est avec la production de Bamiyan, bien plus qu’avec le groupe de céramiques gravées et jaspées du Lashkari bazar, que ce plat montrent les similitudes les plus proches. Selon Gardin, la céramique de Bamiyan peut être datée de quelques décennies avant 1221, une datation que Scerrato ramène à la seconde moitié du 12ème siècle, ce qui correspond à l’émergence des Ghorides. Ces attributions sont confirmées par la découverte archéologique du plat présenté ici. Il provient de la fouille d’une résidence privée de Ghazni, qualifiée de “Maison aux lustres métalliques” et datée de la fin du 12ème au début du 13ème siècles. Le plat fut découvert, parmi d’autres céramiques entières, caché dans une grande jarre en céramique argileuse. Ce contexte de découverte suggère que ces objets ont été cachés intentionnellement, probablement durant l’invasion mongole. Toutefois, étant donné que ce type de céramique fut découvert dans presque toutes les couches archéologiques du palais de Mas’ud III, une datation relative au début de la production, soit le début du 12ème siècle, ne peut être excluse.

à voir aussi