"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Carreau hexagonal moulé et glaçuré

date
12ème -13ème siècles
provenance
Ghazni
lieux
époque
thèmes
Ce petit carreau moulé et glaçuré adopte la forme d’un hexagone allongé. Sa face supérieure et ses bords latéraux sont recouverts d’un engobe blanc et d’une glaçure jaune transparente; les deux revêtements ont presque totalement sur les parties en relief. L’utilisation d’un moule a permis la réalisation du carreau. Ce dernier est orné d’un motif végétal en bas-relief dépourvu de cadre. Il s’agit d’une palmette entre deux feuilles bilobées déployées. Les carreaux trouvés à Ghazni sont faits d’une argile relativement purifiée identique à celle utilisée pour la fabrication de la céramique glaçurée. Il est donc possible que comme les céramiques en argile glaçurées, les carreaux aient été produits localement ( voir n°14). Tous les carreaux sont recouverts d’une glaçure monochrome, exceptés les carreaux turquoises, pour lesquels la glaçure semble légèrement opaque. Il existe des carreaux plats et des carreaux à relief moulé – à l’exception d’un carreau à décor moulé en creu – de décors zoomorphologiques, végétaux et plus rarement de décors épigraphiques. Parmi les motifs décoratifs, les plus souvent rencontrés, on trouve une gazelle à queue végétale, presque toujours sur les carreaux carrés, et une fleur simple formée par un triangle duquel six bourgeons se répandent, motif rencontré uniquement sur les carreaux hexagonaux. La taille est en générale assez faible (pas plus de 10 x10 cm pour 1 cm d’épaisseur). La forme la plus fréquemment rencontrée est la forme quadrangulaire. Mais il existe également des carreaux polygonaux et de forme étoilée. La plupart des carreaux ont été trouvés dans le palais de Mas’ud III à Ghazni, certains dans la “maison aux lustres métalliques” mais aucun d’entre eux n’a été trouvé in situ. Leur usage général dans le décor architectural, et conformément aux traditions mésopotamienne et iranienne, a largement été établie: ces carreaux, utilisés à la place des insertions de stuc plus fréquentes, étaient probablement placés dans un large lambris, fait de briques découpées et selon Scerrato, utilisé sur les murs intérieurs des monuments. Grube n’a pas exclus leur utilisation en tant que décor de sol et a également suggéré que les motifs étaient dérivés de ceux des textiles. L’intérêt des carreaux de Ghazni réside dans leur caractère unique et originale et peuvent être considérés comme les premiers exemples découverts à ce jour. Et à l’exception de quelques cas de la forteresse Alamut (Centre Nord de l’Iran, 11ème-13ème siècles), aucun autre cas approchant n’a été découvert en Afghanistan ou ailleurs. Néanmoins, l’analyse des caractéristiques individuelles montre que cette production participe pleinement de la sphère culturelle iranienne. En d’autres termes, il s’agit essentiellement d’une ré-élaboration locale d’un patrimoine artistique et culturel beaucoup plus riche. Concernant la datation, Scerrato attribuent les carreaux de Ghazni à la prériode post-ghaznévide, à savoir entre la seconde moitié du 12ème siècle et le début du 13ème siècle. Cependant, leur présence dans presque toutes les couches du palais de Ghazni – même dans les fondations des tours du mur d’enceinte datant probablement de la période ghaznévide – qui permettent également de les dater de la phase tardive du sultanat ghaznévide. Le terminus ante quem de 1221 est plutôt bien établi puisqu’il sagit de la date à laquelle la “maison aux lustres métalliques” fut probablement abandonnée.

à voir aussi