"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Encrier

Il s’agit d’un type commun d’encrier qui se développe aux 12ème -13ème siècles dans la région du Khorasan (Iran du Nord-est – Ouest de l’Afghanistan), renommée pour sa production métallurgique. Cet encrier a un corps cylindrique aux parois légèrement inclinées et auquel sont accrochés trois anneaux par des charnières fixées sur des plaques en forme de palmettes. Il est fermé par un couvercle plat à rebord sur lequel se dresse un élément en forme de dôme godronné terminé par un umbo servant de bouton de préhension. Trois poignées horizontales semi-circulaires sont également posées sur la paroi verticale. Le décor du corps de l’objet est riche et raffiné et révèle sa fonction. Des arcs brisés et trilobés encadrent des figures de scribes représentés préparant leur plume et écrivant. Coiffés de chapeaux à rubans accrochés aux flancs et parés de bracelets, ils sont placés sur un fond de spirales végétales, parmi lesquelles, dans deux cas, on distingue un porte-plume. Les arcs sont dessinés par un ruban continu donnant naissance à des noeuds et circonscrit les autres zones du décor. Les parties comprises à l’intérieur des arcs sont ornées de spirales végétales. Sur la paroi verticale du couvercle et à la base du corps de l’encrier, prennent place des cartouches rectangulaires sur lesquels sont inscrites des formules de voeux en arabe, raffinées adressées à un propriétaire anonyme, en caractères coufiques et cursifs. Les godrons du dôme, quant à eux, dessinent des motifs végétaux. L’encrier a été trouvé dans le palais de Mas’ud III, et plus précisemment, dans l’une des pièces utilisées plus tard comme cuisine. Elle est localisée dans la partie sud entre la salle II et la salle III. Il se trouvait près de deux grandes jarres en argile et d’un autre encrier, maintenant conservé au Musée national d’art oriental “G. Tucci” à Rome. Egalement fait d’un alliage de cuivre et de forme similaire à celui présenté ici, il est pourvu de trois pieds. Son décor diffère cependant et est, dans ce cas, composé de plaques d’argent niellées, non damassées, appliquées avec du mastic sur une base métallique. Les plaques sont de différentes formes: trois circulaires sur le corps, trois trapézoïdales sur l’épaule du couvercle et trois piriformes sur les godrons du couvercles. Les motifs décoratifs sont tirés du répertoire islamique habituel, à savoir des paires d’oiseaux adossés, des inscriptions en caractères coufiques de formules votives répétées dans les trois cartouches de l’épaule du couvercle et des motifs végétaux. La découverte des deux encriers en 1958 procura beaucoup d’excitation aux archéologues. En effet, il s’agissait de la première fois que des pièces de métal d’une certaine importance provenaient de fouilles régulières non seulement à Ghazni mais également dans tout l’Afghanistan. L’encrier orné de figures de scribes fut exposé, avec une série d’objets en différents matériaux issus de fouilles archéologiques et de recherches menées à Ghazni, dans le musée islamique de Rawza, installé dans le mausolée de ‘Abd al-Razzaq (14ème-15ème siècle) et inauguré en 1966. Il n’existe actuellement aucune information relative à une quelconque pièce de métal exposée dans le musée, et c’est la raison pour laquelle les métaux de Ghazni conservés dans le musée ‘G. Tucci’ de Rome (quelques bagues, un bracelet tubulaire aux extrémités coniques, une broche à terminaison ajourée, une poignée annulaire de lampe à huile se terminant en bec d’oiseau, quatre cuillères, un fragment de passoire, une petite lampe à réservoir ouvert, un plateau rectangulaire et un miroir) sont les seuls objets restants de la collection. Des analyses non destructives (EDXRF fluorescence X à dispersion en énergie), réalisées sur certains des objets métalliques mentionnés conservés à Rome, ont révélé que le matériau principal n’était pas du bronze, à l’exception du miroir. Il s’agit en fait d’un alliage de cuivre (peut-être du laiton), avec une proportion de zinc variant d’environ 9% à environ 17%(encrier, cuillères, passoire) auquel s’ajoute, dans certains cas, une quantité similaire de zinc et d’étain (environ 4% ou 5%), et également du plomb (petite lampe, broche) et conventionnellement appelé alliage quaternaire. Les fragments de miroir contiennent un taux élevé d’étain (environ 18%). Le petit plateau est en plomb (environ 99%), tandis que les bagues et le bracelet sont en cuivre (environ 99%).

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