"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Tête d’une jeune divinité (IsIAO archive inv. no. TS 1600)

date
Période primitive I ; 2nd au 5ème siècle ap.J.-C.
provenance
Tapa Sardar, fosse 64
lieux
époque
matériaux
thèmes
Le site bouddhiste de Tapa Sardar est un site extrêmement important pour la compréhension de l’histoire politique et religieuse de l’Asie centrale et celle de l’Asie du Sud du 1er millénaire de notre ère. Bien qu’une chronologie définitive n’ait pas encore été fixée par les archéologues, nous pouvons estimer approximativement qu’à un moment donné de la période Kouchane (1er -3ème siècles de notre ère.) jusqu’au 9ème siècle, le site fut occupé de manière significative par des communautés monastiques. Durant la première période, le décor sculptural de Tapa Sardar affiche des thèmes iconographiques et stylistiques issus de la tradition gandhârienne, dont le développement et la diffusion ont atteint leur apogée sous le règne des Kouchan. Cette tête est provisoirement identifiée à Shakra, représenté sous l’apparence d’un jeune homme portant une couronne élaborée et des boucles d’oreilles en forme de fleur. Shakra est l’une des épithètes du dieu védique Indra et signifie « le Puissant » ; utilisé comme un nom propre, il est aussi utilisé pour l’une des principales divinités du bouddhisme, particulièrement populaire dans les traditions de l’Asie orientale (Chine, Japon). Shakra dirige le ciel Trayastrimsha, au sommet du mont Meru/ Sumeru, et est immortel. Avec Brahma, il est considéré comme un protecteur du bouddhisme. Ces deux divinités jouent un rôle important dans la cosmologie indienne, ainsi que dans la sotériologie upanishadique. Toutefois, selon le point de vue bouddhiste, ils n’ont pas le pouvoir de sauver les êtres humains du samsara, l’éternel cycle des renaissances. Un tel pouvoir est réservé à Bouddha. Ainsi, les deux divinités prennent part à certains épisodes fondamentaux de la vie de bouddha (naissance, épisode de la mortification, prêche), où ils témoignent de leur présence et de leur déférence envers le rôle cosmique de Shakyamuni. Les sculptures de Tapa Sardar, telles que ce fragment, sont toutes réalisées en argile, un matériau malléable qui s’est avéré très utile pour exprimer la douceur par des formes lisses qui sont typiques de la production sculpturale de plusieurs centres artistiques du Nord-Ouest du Pakistan et de l’Est de l’Afghanistan, où les caractéristiques de l’Asie du Sud et les caractéristiques hellénistiques ont fusionné. Dans les sculptures d’argile de Tapa Sardar, la couleur apporte une touche vivace au décor. Malheureusement, il ne subsiste que de minces traces de la polychromie d’origine : la peinture brune se devine encore sur les moustaches et les sourcils, la peinture bleue sur la ligne située entre le front et la coiffe.

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