"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Bol ovoïde décoré de bovins

date
Entre 1900 et 1650 avant J.-C.
provenance
Nubie, Cimetière d’Addendan T, tombe 230
lieux
époque
matériaux
thèmes

Ce bol provient de la tombe 230 du cimetière T d’Addendan qui appartient à la culture du Groupe C. Un décor gravé sur l’extérieur de la panse se répartit en plusieurs registres. Les deux registres médians, plus développés que les autres, contiennent chacun une file de bovins avec et sans cornes: la première alterne grandes et petites bêtes tandis que la seconde ne montre que des grandes. La silhouette des animaux se détache sur un fond entièrement couvert de petites incisions verticales. Cette manière de juste marquer les contours de la figure représentée n’est pas sans rappeler les nombreuses scènes rupestres gravées sur les rochers de Nubie depuis le Néolithique, où la faune locale occupe une place majeure.

L’importance accordée aux bovins évoque les premières populations du Nord-est de l’Afrique, sociétés de pasteurs-cueilleurs nomades se déplaçant au gré de campements saisonniers liés au pâturage des troupeaux et à une économie de cueillette. La domestication du bœuf s’y est produite vers 8500 av. J.-C.: elle est fort probablement d’origine africaine et l’élevage bovin est resté prédominant durant les millénaires suivants dans l’aire soudano-égyptienne, comme dans l’ensemble de l’Afrique sub-saharienne, par opposition à l’élevage des caprinés (chèvres et moutons) qui s’est imposé au Proche-Orient. Les bœufs gras provenant de Nubie étaient très appréciés des anciens Egyptiens; ils figurent dans les scènes des tombes et des temples du Nouvel Empire. Source de richesse dans les sociétés rurales, les bovins occupent une place importante dans les pratiques religieuses et funéraires à partir du néolithique. En témoigne la diffusion, en Afrique, en Europe et en Asie, de l’offrande et de la représentation des « bucranes », crânes de bovins munis de leurs cornes. Elle apparait en Nubie à l’époque néolithique et se perpétue dans la culture de Kerma (2600-1500 avant J.C) où elle joue un rôle majeur dans les coutumes funéraires: la tombe d’un prince du Kerma Moyen ne possédait pas moins de 4000 crânes de bovins disposés près de son tumulus. Dans l’Egypte de la 1ère dynastie (vers 3000-2900 avant J.C.), des bucranes étaient déposés devant la façade des tombes de l’aristocratie. Aujourd’hui les ceux-ci sont encore attestés dans des aires géographiques variées, sans qu’on puisse établir entre elles un autre lien que les qualités propres à l’animal: il évoque universellement la puissance, la richesse et la fécondité.

à voir aussi