"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Buste d’une statuette de femme

date
Début du Nouvel Empire, 1550-1450 avant J.-C.
provenance
Ile d’Eléphantine, Assouan
lieux
époque
matériaux
thèmes

Ce petit buste retrouvé dans l’Ile d’Éléphantine à Assouan appartenait à l’origine à une statuette de femme assise sur un siège archaïque les avant-bras reposant sur ses cuisses. Le siège se prolongeait à l’arrière par un pilier dorsal où apparaît l’ébauche d’une colonne d’hiéroglyphes, inscription qui aurait pu nous informer sur le nom et les titre du personnage.

Cette statuette rentre dans une catégorie de sculptures bien attestée au début du Nouvel Empire et dont un bel exemplaire, la statuette de Tétiséneb, est conservé au musée d’Hanovre. La coiffure est caractéristique de cette époque. Elle porte une perruque ou au moins des postiches rapportés sur la chevelure. Un fort bourrelet de cheveux accompagne l’ovale du visage et se poursuit par deux pans qui retombent de chaque côté. À l’arrière les cheveux sont ramenés au niveau de l’occiput où trois larges tresses de cheveux sont noués ensembles et retombent sur les épaules.

Souvent la chevelure est divisée en trois masses dont l’une tombe en arrière et les deux autres sont ramenées en avant sur la poitrine. La statue de la reine Nofret, conservée au musée du Caire, évoque une mode du Moyen Empire avec une lourde perruque dont les pans tombant sur la poitrine se terminent par des volutes, perruque associée à la déesse Hathor.

Les soins apportés à la coiffure et l’usage de perruque sont bien attestés dans l’Égypte ancienne comme le montre de nombreux exemples de scène de toilette comme sur le sarcophage de la princesse de Kaouit, datant du début du Moyen Empire, exposé au musée du Caire. Les coiffures évoluent en fonction des modes et des époques. Des perruques retrouvées dans des tombes du Nouvel Empire sont aujourd’hui exposées au musée du Caire ou au British Museum. Elles sont composées de mèches ou/et de tresses traitées avec de la cire d’abeille et accrochées à un filet. La plupart du temps les postiches sont fabriqués à partir de cheveux humains.

Dans la poésie amoureuse la bien aimée n’a-t-elle pas « ses cheveux en lapis-lazuli véritable», semblables à ceux des dieux. Cette image n’est pas sans évoquer les reflets bleutés d’une belle chevelure couleur de jais. La chevelure fait partie des atouts de charme de la femme, elle semble même un outil de séduction particulièrement apprécié comme dans le conte des deux frères où le pauvre Bata est accusé d’avoir dit à sa perfide belle-sœur: « Viens, passons une heure (ensemble), couchons-nous. Mets ta perruque. »

Les hommes aussi pouvaient porter des perruques comme dans la vie quotidienne.

Cette importance de la chevelure est attestée de tout temps dans bien d’autres civilisations. Il suffit d’évoquer le monde oriental où les hommes portent cheveux et barbe longs, par exemple les rois assyriens à la chevelure et à la barbe toutes frisottées.

Aujourd’hui encore, de la Nubie à l’Afrique noire, on retrouve ces soins apportés à la coiffure où l’infinie variété des coiffures avec ses mèches, nattes, toupets, raies multiples et quadrillages soignés, composent de véritables « sculptures capillaires » que l’on trouve illustrées dans certaines sculptures d’art africain comme chez les Baoulés ou les Fangs.

Les coiffures comme les perruques sont des marqueurs sociaux, voire politiques. L’exemple nous est donné à l’époque romaine durant laquelle la mode impériale est imitée jusque dans les provinces les plus reculées. Les coiffures, plus ou moins élaborées parfois même très sophistiquées, des impératrices se retrouvent plus ou moins bien imitées sur des statues où des masques en stuc retrouvés dans certaines tombes d’Égypte. Ce qui est vrai pour les femmes l’est aussi, mais à moins grande échelle, pour les hommes où les représentations des empereurs véhiculées par la propagande impériale n’est pas sans avoir une influence sur la pilosité des hommes avec des chevelures et des barbes plus ou moins bouclées. Aujourd’hui ces anciennes modes et ces influences des milieux du pouvoir servent à mieux comprendre et à mieux dater certaines découvertes.

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