"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Amulette en forme de poisson

date
Nouvel Empire? Entre 1150 et 1069 avant J.-C.
provenance
Nubie
lieux
époque
matériaux
thèmes

Cette amulette découpée dans une fine feuille d’or et gravée représente un poisson nageant vers la gauche avec une longue nageoire dorsale, deux petites nageoires ventrales et une queue se déploient en éventail. L’ouïe et l’œil sont bien marqués par de petites protubérances. Sur le corps, une pierre à la tonalité bleu turquoise (feldspath vert ?) en forme d’amande est sertie à l’aide d’une fine bande d’or. La forme générale de cette incrustation n’est pas sans évoquer celle d’un œil, en particulier l’œil oudjat, symbole d’intégrité pour les anciens Egyptiens. C’est sans doute le Tilapia Nilotica, aujourd’hui appelé en Égypte boulti, qui est représenté ici. Le thème du poisson, qui vivait en abondance dans les eaux du Nil, a joui d’une grande faveur dès la Préhistoire: il a inspiré le décor de nombreuses palettes égyptiennes qui servaient à broyer le fard. Les espèces, apparentées à celles du continent africain, sont pour la plupart comestibles et le poisson occupait une place importante dans l’alimentation. Par la suite, les différents poissons furent parés d’une valeur symbolique particulière. Suivant le lieu, tel ou tel poisson était vénéré, comme le mormyre à Oxyrhynchos, et des tabous existaient quant à la consommation de certaines espèces. Le boulti fut associé au soleil et son image acquit des vertus protectrices aux yeux des anciens Egyptiens. Il fut tardivement lié au culte d’Hathor à Dendera. Pour toutes ces raisons, il est représenté sur certaines amulettes, gages de protection et de chance qui pouvaient être portées comme bijoux par les vivants ou bien accompagner les morts pour les protéger d’éventuelles embûches rencontrées dans l’au-delà.

Un des plus fameux contes du Papyrus Westcar, le « Conte des rameuses », raconte l’histoire qui a eu lieu à la cour du roi Snéfrou. Le conte est sur une amulette en forme de poisson perdue dans le lac pendant le voyage royal sur le bateau. Il témoigne que des bijoux en forme de poisson pouvaient orner la chevelure des femmes. Au-delà du prodige réalisé par le chef-lecteur Djadjaemânkh qui retrouve au fond d’un lac profond la pendeloque-poisson perdue par une des rameuses, il montre l’attachement que l’on pouvait avoir pour ce genre de parure. À l’époque chrétienne, le poisson a été abondamment représenté car en grec poisson se dit ΙΧΘΥΣ (ichthus) qui a été interprété comme l’acrostiche du nom de Jésus : [(Ι, Iêsoûs) Jésus - (Χ, Khristòs) Christ, (Υ, Huiòs) Fils de (Θ, Theoû) Dieu, (Σ, Sôt?r) Sauveur]. Le poisson représente également le baptême et pour ces raisons les premiers chrétiens l’ont utilisé comme symbole et signe de reconnaissance. On doit remarquer qu’encore aujourd’hui des amulettes en forme de poisson sont utilisées comme talisman en Nubie, pour attirer la chance et éloigner le mauvais œil.

La Nubie dut sa notoriété des siècles durant à sa production d’or. Quand les Egyptiens du Nouvel Empire ont conquis la Nubie vers 1490 avant J.-C., une large quantité d’or, extraite du désert oriental de Nubie, très loin de la Vallée du Nil a été expédié vers l’Egypte. Par conséquent nous pouvons supposer que la majeure partie de l’or utilisé dans la tombe de Toutankhamon a probablement été extraite en Nubie.

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