"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Figures des Nubiens

date
Règne de Ramsès III, vers 1184-1153
provenance
Egypte, temple de Médinet habou
lieux
époque
matériaux
thèmes

Ces deux éléments de décor mural représentent des Nubiens, très probablement prisonniers. Ils appartiennent à un ensemble qui décorait une salle d’un palais du pharaon Ramsès III, construit à l’intérieur de son temple commémoratif à Medinet Habou. Dans les pièces d’apparat, les statues, les bas-reliefs et le décor mural illustraient la toute puissance du souverain et symbolisaient sa domination sur l’univers. Il ne s’agissait pas d’une démonstration de xénophobie mais d’une utilisation de l’image dans un but magique: elle jugulait le danger réel et symbolique que représentaient tous les adversaires de l’Egypte. On les figurait dans la position réservée aux prisonniers avec des détails très précis permettant de les identifier.

Les Nubiens sont reconnaissables à leur peau foncée, à leur coiffure caractéristique, à leurs traits africains et aux scarifications qu’ils portent sur les joues. Les deux personnages portent de grands anneaux d’or aux oreilles et des vêtements exotiques qui sont représentés avec beaucoup de minutie. Une corde enserre leur cou. Le prisonnier de droite, qui lève ses bras garrottés au niveau de l’avant-bras et du coude, est vêtu d’un corselet et de deux pagnes superposés de longueurs différentes. Son compagnon, dont les bras sont liés dans le dos, est habillé d’une tunique et d’un pagne de lin blanc plissé. Des ornements africains de couleur vive tranchent sur ce costume égyptien: une grande écharpe rouge et un corselet. Les rayures, les pois et le décor tacheté évoquant le pelage d’un félin accentuent le caractère étranger des vêtements. Leur luxe indique qu’il s’agit de princes ou de chefs régionaux.

Les Nubiens, qui ont présenté un réel danger pour l’Egypte à certaines périodes historiques, n’étaient pas les seuls à être représentés dans le palais des pharaons. On y trouvait la personnification de tous les pays voisins, représentés sous l’aspect de prisonniers avec un souci de détail identique. On peut y reconnaître les Syriens avec leur crâne rasé et leurs favoris; les Palestiniens avec leurs cheveux tombant sur les épaules, un bandeau sur la tête et une longue barbe; les Libyens avec des nattes de cheveux tressées sur les tempes et une barbe effilée. Mais il y a une distance entre le symbole et la réalité. A la même époque, des échanges commerciaux et culturels étaient établis depuis longtemps entre l’Egypte et ses voisins.

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