"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Statue d’Iriketakana

date
XXVe dynastie (747-656 avant J.-C)
provenance
Temple de Karnak
lieux
époque
matériaux
thèmes

Le personnage se tient debout sur un socle rectangulaire prolongé vers l’arrière par un pilier dorsal, dans l’attitude de la marche, le pied gauche en avant et les bras le long du corps. Le personnage gras et bedonnant est représenté d’une façon très réaliste. Il est vêtu d’une tunique qui moule son ventre rebondi et sa poitrine tombante et qui lui arrive à mi-mollet; un rabat se termine avec des franges. Ce type de vêtement se retrouve souvent dans la statuaire de la période ptolémaïque. La tête, ronde et massive, est de physionomie très africaine. Les inscriptions sur le pilier dorsal et sur la base ont conservé le nom et les titres de ce grand personnage de la cour des rois koushites. Ses titres de « prince, comte, ami » sont des titres de rang classiques, de type égyptien, mais qui ne renseignent pas sur les fonctions réelles de ce dignitaire. Son nom, qu’il faut peut-être lire « Irigadiganen », serait purement koushites et le personnage semble avoir vécu vers le milieu du VIIe siècle av. J.-C.

Vers 730 av. J.-C. le roi de Koush Piankhy a conquis l’Égypte et ses successeurs ont régné sur le pays pendant environ un siècle (jusqu’en 660). Ils ont formé la XXVe dynastie, dite koushite ou « éthiopienne », dont le représentant le plus connu est sans nul doute Taharqa. Cette conquête a permis aux Koushites d’entrer en contact direct avec le monde égyptien, mais en fait bien avant des liens avaient uni l’Égypte et la Nubie, soit à cause des visées expansionnistes des pharaons, et cela depuis le Moyen Empire, soit par le commerce et les échanges. Dès le Moyen Empire, des colons égyptiens se sont installés en Basse Nubie, puis en Haute Nubie au Nouvel Empire. En Nubie, cette « aventure » égyptienne de la XXVe dynastie consacre l’égyptianisation du royaume de Kouch, dont le temple d’Amon au Djebel Barkal ou les pyramides royales de Nouri en sont encore le témoignage.

L’art de la XXVe dynastie reprend et utilise les canons de l’art égyptien même si en parallèle on fait appel à de nouveaux critères, comme un certain réalisme et un archaïsme puisant aux sources de l’Ancien et du Moyen Empire. Ces références aux modèles anciens perdurent à l’époque saïte (XXVIe dynastie), alors que le souvenir même des souverains koushites est poursuivi par le nouveau pouvoir égyptien.

Les deux statues de Harwa et Iriketakana présentées ici expriment sans détours une nette volonté de réalisme, bien éloignée du souci d’idéalisation du corps qui prévalait dans l’art du Nouvel Empire. Aucune concession n’est faite sur le physique de ces dignitaires qu’il faut bien qualifier de peu avenant. En même temps, elles témoignent sans doute d’une première tentative de traduire une esthétique africaine dans un langage formel égyptien, tentative dont l’art méroïtique marquera quelques siècles plus tard l’aboutissement.

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