"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Statue de la « Divine Adoratrice d’Amon » Amenardis I

date
XXVe Dynastie (8e – 7e siècle avant J.-C.)
provenance
Louxor
lieux
époque
matériaux
thèmes

Cette magnifique statue représente Amenardis I, fille de Kachta et soeur de Piânkhi (voir la notice sur Harwa), tous deux rois de Kush. Piânkhi conquit l’Egypte vers 747 avant J.-C., devint pharaon et fonda la XXVème dynastie. La statue, taillée dans du granite gris jadis recouvert de feuille d’or, représente la princesse debout, parée des attributs des reines et des déesses égyptiennes. Sur son front se dresse le cobra-uraeus, protecteur de la royauté pharaonique. Sa couronne, composée d’un disque solaire reposant sur des cornes de vache et surmontée de deux hautes plumes, est identique à celle des déesses Isis et Hathor. Elle serre contre sa poitrine le sceptre floral des reines. Son attitude et son costume sont purement égyptiens et la calme majesté qui se dégage de l’œuvre ne trahit aucunement l’origine étrangère d’Amenardis. Mais certains détails révèlent des influences esthétiques africaines: le modelé du corps avec des cuisses rondes et une poitrine opulente; le visage large, avec des pommettes accentuées, les lèvres charnues et le pli “kouchite” qui cerne la bouche. On retrouve ces détails stylistiques dans de nombreux bas-reliefs et sur des statues de la XXVème dynastie. Ainsi les statues d’Harwa et d’Iriketakana également exposées dans le musée d’Assouan illustrent ce dialogue stylistique avec davantage de force (voir les notices sur Harwa et Iriketakana). Toutes ces œuvres sont représentatives du “style kouchite” qui fleurit en Egypte durant la XXVème dynastie. Il associa de subtils emprunts africains à un retour au classicisme égyptien, puisant son inspiration dans l’art des XIIème et XVIIème dynasties.

La statue d’Amenardis a été découverte à Thèbes où Amenardis occupait la fonction d’Epouse divine” et de “Divine Adoratrice du dieu Amon”. Ce titre a été porté par des reines et des princesses d’Egypte, du tout début de la XVIIIème dynastie (vers 1539) à la fin de la XXVIème dynastie (vers 525). Il symbolise le mariage rituel des femmes de la dynastie régnante avec Amon-Rê, roi des dieux. Amon est l’une des principales divinités égyptiennes dont les sanctuaires majeurs, les grands temples de Karnak et Louxor, sont situés à Thèbes. Le culte d’Amon se développa également en Nubie dès le Nouvel Empire comme en témoignent les temples du Gebel Barkal et de Kawa, embellis par les souverains kouchites. L’image de son animal sacré, le bélier, y est très répandue et se retrouve jusque dans l’orfèvrerie égyptienne de la XXVème dynastie (voir la notice sur le prince et la reine de Méroé).

Exerçant dans la région thébaine le pouvoir temporel et spirituel le plus élevé, les “Divines Adoratrices d’Amon” occupent une place stratégique. Elles sont vouées au célibat à partir de l’an 1000 avant J.-C. et se succèdent dès lors par adoption. Chaque nouvelle dynastie place une princesse de son sang comme “Epouse d’Amon”. Elle est au départ fille adoptive et associée de la Divine Adoratrice en place, qui conserve sa charge jusqu’à sa mort en dépit des bouleversements politiques. Ainsi, aux princesses d’origine égyptienne succédèrent celles de la famille royale libyenne qui monta sur le trône. Amenardis I fut adoptée par la dernière d’entre elles, Chépénoupet I. A l’avènement de la XXVIème dynastie, le titre revint de nouveau à une princesse d’origine égyptienne, Nitocris, fille du pharaon Psammétique Ier.

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