"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Isis allaitant Horus

date
664-332 avant J.-C.
provenance
Nubie
lieux
époque
matériaux
thèmes

La maternité est honorée dans la plupart des civilisations et les images de « déesses-mères » sont apparues dès la Préhistoire. Parmi les images que ce thème a inspirées aux artistes, l’une des plus populaires est celle de la mère allaitant son bébé. Cette statuette de facture assez grossière figure la déesse égyptienne Isis sous cet aspect (Isis lactans). La tête légèrement engoncée dans les épaules, elle est représentée assise sur un trône archaïque, revêtue d’une robe à manches mi-longues qui lui descend jusqu’aux chevilles, les pieds étant nus. Elle est coiffée d’une lourde perruque tripartite qui dégage ses oreilles et dont deux pans retombent sur sa poitrine. Un cobra-uraeus orne son front. Sur le dessus de la perruque, une toque (modius) décorée sur le pourtour d’uraeus, porte deux cornes de vache enserrant un disque solaire, corne et disque étant en général les attributs de la déesse Hathor. Les bras de la déesse sont repliés; la main gauche soutient la tête de son fils Horus, assis sur ses cuisses, alors que la main droite offre son sein au jeune dieu. Ce dernier, représenté nu, mi-assis mi-allongé, a ses bras le long du corps et les pieds pendants. L’attitude du groupe est plus symbolique que réaliste, en particulier pour l’enfant.

À partir de la Basse Époque et à l’époque gréco-romaine, de nombreuses statuettes de ce type ont été fabriquées et diffusées bien au-delà de la Vallée du Nil. La déesse Isis est devenue au cours du temps la divinité la plus populaire du panthéon égyptien. Son rôle d’épouse fidèle à Osiris et de mère dévouée d’Horus lui ont valu une destinée tout à fait exceptionnelle dans le monde méditerranéen. Protectrice de la femme et de l’enfant, elle est aussi, à l’époque ptolémaïque, protectrice des marins sous sa forme d’Isis du Phare d’Alexandrie (Isis Pharia). En effet, son culte s’est diffusé dans tout le Bassin méditerranéen. Des sanctuaires dédiés à la déesse, baptisés Iseum, ont ainsi été retrouvés jusqu’en Gaule, en Bretagne, en Allemagne ou en Espagne; l’un des plus connus est celui retrouvé à Pompéi. La conquête de l’Egypte par Alexandre le Grand en 332 avant J.-C. et l’expansion successive des territoires romains ont contribué à la diffusion du culte d’Isis de manière impressionnante. La plupart des dieux originaires de l’Orient comme Osiris, Isis, Sérapis, Mithra et Cybèle, ont exercé une forte attraction auprès des contemporains, en raison de leurs mythes liés à la mort et à la résurrection, thèmes aux origines du culte fondamental des forces naturelles, incarné par le cycle des saisons. Il est également suggéré que le culte d’Isis ait été accueilli avec passion par les classes populaires de la Rome Antique, qui vivat alors la dégradation et la fin de la République. Ce culte correspondait à la nouvelle sensibilité et aux besoins spirituels de l’époque. Même si le Christianisme devait plus tard dominer le monde méditerranéen, les religions d’origine orientale sont considérées comme étant ses précurseurs dans ce lent processus de changement mental. Comme le Christianisme, beaucoup de cultes nés en Orient proposaient une relation individuelle entre le fidèle et la divinité, sans tenir compte de leur classe sociale, ainsi que des rituels séduisants auxquels les couches populaires pouvaient participer.

Ce culte ne s’est pourtant pas cantonné aux couches populaires puisque des empereurs romains comme Caligula ou Caracalla lui ont aussi voué un culte ou consacré un temple.

En Nubie, Isis est intégrée au panthéon méroïtique et on retrouve son image sur les murs des temples aux côtés des souverains mais également sur les monuments funéraires privés. Elle a été aussi vénérée par les Nubiens comme reine-mère. Le culte d’Isis a commencé pendant la période méroïtique et a duré tout au long de la période du Groupe X. De nombreux souverains nubiens contemporains se font représenter avec l’image d’Isis.

Le culte d’Isis se maintient tardivement dans le temple de Philae, notamment en raison de la faveur dont jouit la déesse auprès des populations nubiennes, alors que le christianisme règne déjà en Égypte. Le temple ne sera fermé que sous le règne de l’empereur Justinien, au milieu du VIe siècle ap. J.-C. Plus tard, on a voulu voir dans ces représentations d’Isis allaitant la source d’inspiration des représentations de la Vierge et de l’enfant Jésus, thème des plus fréquents dans l’art chrétien.

La popularité du culte d’Isis témoigne de cette culture vibrante et cosmopolite dans laquelle des peuples de différentes régions du monde méditerranéen ont trouvé une satisfaction spirituelle en vénérant la même divinité.

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