"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Statuette d’éléphant

date
Période méroïtique vers 250 avant J.-C. – 300 après J.-C.
provenance
Méroé
lieux
époque
matériaux
thèmes

Cette petite figurine représentant un éléphant et son cornac provient de Méroé et date de la période méroïtique. La bête fièrement campée sur ses quatre pattes, les oreilles détachées du corps et la trompe légèrement recourbée entre deux défenses massives semble attendre l’ordre d’avancer. Un anneau fiché sur le dessus de la tête du personnage devait servir à suspendre l’objet. Le fait qu’il tienne un bouclier tend à montrer que nous sommes en présence d’un éléphant de guerre.

L’emploi d’éléphants, sortes de chars d’assaut de l’Antiquité dans les combats s’est beaucoup répandu à l’époque hellénistique. Qui ne pense à Hannibal franchissant les Alpes avec ses pachydermes ou encore à Alexandre le Grand se battant contre Porus aux portes de l’Inde?  Le Carthaginois utilisait les éléphants de forêt (Laxodonta cyclotis) tandis que le Macédonien avait, avant lui, eu recours aux éléphants d’Asie (Elephas maximus). Le grand éléphant des savanes (Laxodonta africana) est très difficilement domesticable. A en juger par la manière dont les éléphants sont présentés dans l'art méroïtique, ainsi que par les photographies des éléphants soudanais prises au 19ème siècle, nous pouvons en déduire que les éléphants de cette région appartenaient à la variété des éléphants de forêt à jambes courtes.

Bien avant d’utiliser l’animal à des fins guerrières, la Nubie a été la pourvoyeuse des richesses de l’Afrique, et en particulier de l’ivoire. Ce matériau était très recherché dès la plus haute Antiquité pour la fabrication d’objets de prestige, l’animal lui-même ayant disparu de la faune égyptienne dès l’époque historique. Des analyses récentes montrent que bien souvent la dent d’hippopotame s’est substituée à l’ivoire d’éléphant dans la production égyptienne.

Ces éléphants avaient cependant suffisamment marqué l’imaginaire des anciens Égyptiens pour que la localité frontalière, établie dès la fin du IVe millénaire sur une île en aval de la Première Cataracte afin de contrôler les échanges avec la Nubie et le cœur de l’Afrique – dont le commerce de l’ivoire –, ait été nommée d’après le nom même de l’animal, Abou, toponyme que les Grecs ont simplement traduit, bien plus tard, par Éléphantinè (Éléphantine).

Au Soudan, l’éléphant a disparu plus tardivement. La chasse à l’éléphant était très répandue à Méroé, car ce pays devait une grande partie de sa richesse à l'exportation de produits issus des animaux : bétail, boucliers en cuir, ivoire et peaux décoratives d’animaux exotiques. Pendant cette période, l'éléphant habitait encore la plaine de Butana, ainsi que la région de l'Ed-Debba. A Wadi ben Naqa, deux autres articles de commerce, le bois d'ébène et l'ivoire d'éléphant, ont été trouvés stockés dans une réserve du palais. En outre, dans la chambre 15 du trésor de Sanam, un grand nombre de défenses d’éléphants endommagées par l'incendie ont été découvertes. On ignore si ces dernières étaient utilisées pour la consommation locale ou l'exportation.

Des représentations de l’animal ornent encore l’ensemble cultuel de Mussawwarat es-Sufra et on a même retrouvé dans l’enceinte sacrée une effigie en trois dimensions de l’animal. De nos jours, le commerce de l’ivoire est strictement réglementé et les éléphants protégés afin que l’espèce ne disparaisse pas de la surface de la terre.

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