"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Godet décoré de deux crocodiles

date
vers 2ème au 3ème siècle après J.-C. (période méroïtique ?)
provenance
Addendan, 40Km au sud d’Assouan
lieux
époque
matériaux
thèmes

Ce petit vase à boire en terre cuite rose recouverte d’un engobe blanchâtre et orné d’un décor peint brun-rouge, est typique des productions nubiennes des premiers siècles de notre ère. Deux crocodiles, en file indienne, s’inscrivent dans un registre délimité en haut et en bas par deux liserés brun-rouge qui occupe toute la surface cylindrique de la panse.

Les représentations d’animaux du désert ou de la vallée du Nil sont très fréquentes sur ce type d’objets. Le thème du crocodile, animal amphibie qui vit principalement dans les eaux douces, évoque en premier lieu le milieu naturel dans lequel évoluent les hommes. Aussi le crocodile tient encore aujourd’hui une grande place dans le répertoire artistique africain; son image orne par exemple de grandes portes de bois et des poids servant à peser la poudre d’or. Sa présence y est également symbolique car l’Afrique accorde une valeur déterminée, positive ou négative, aux différents animaux qui jouent le premier rôle dans les mythes, les contes et les proverbes.

Cette symbolique était déjà présente dans l’Egypte pharaonique où le crocodile occupait une place particulière. Associé au Nil, il était à la fois protecteur et garant de la prospérité agricole, mais aussi redoutable, prêt à dévorer ses ennemis et plus prosaïquement tout ce qui passe à sa portée. Animal sacré du dieu Sobek, il fut vénéré dans de nombreux endroits en Égypte, en particulier dans le Fayoum et en Nubie. Le dieu aidait au maintien de l’ordre et de la justice. Ces prérogatives se trouvent illustrées par exemple dans le chapitre 125 du Livre des morts où la grande mangeuse, affublée d’une tête de crocodile sur un corps d’hippopotame, est prête à dévorer les cœurs impurs des défunts ou encore le prodige du conte du mari trompé du papyrus Westcar relatant comment une figurine en cire jetée par un magicien dans la piscine où se baigne l’amant de l’épouse infidèle se transforme en animal redoutable et le dévore très vite. Dans ces deux cas, la morale et le bon droit l’emportent. Les animaux sanctifiés, qui pouvaient mesurer jusqu’à six mètres, étaient momifiés après leur mort. On en retrouve des exemples dans le petit musée de Kom Ombo.

Dans l’Antiquité, le crocodile pullulait sur les berges du Nil, ce qui frappa l’esprit des visiteurs étrangers. Après la conquête de l’Egypte par les Romains, l’animal devint l’un des symboles de ce pays. Des sanctuaires et des résidences privées d’Italie furent ornés de statues de crocodiles et de mosaïques dans lesquelles il figure en bonne place, évoquant les paysages nilotiques très en vogue sous le règne de l’empereur Hadrien. Beaucoup plus tard dans une de ses lettres d’Égypte et de Nubie, Champollion se réjouissait, à la suite de la prise d’un crocodile, du festin qu’il allait faire, mais la chair de l’animal ayant tourné, le régal fut rapidement relégué aux oubliettes.

L’animal a disparu au cours du XIXe siècle au nord de la Première Cataracte, mais la mise en eau du barrage d’Assouan a permis aujourd’hui à des familles de crocodiles de prospérer de nouveau sur les bords du lac Nasser.

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