"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Tesson de poterie portant une inscription méroïtique (ostracon)

date
période méroïtique (250 avant J.-C.-300 après J.-C)
provenance
Amara ouest, Soudan
lieux
époque
taille
8 cm x 9 cm
matériaux
thèmes

L’écriture est la représentation de la pensée et du langage humains par des signes. Elle est un moyen de communication durable et privilégié entre les hommes. La Nubie semble avoir constitué un creuset et un point de rencontre des écritures de l’Afrique et de la Méditerranée orientale. Au cours de leur longue histoire, les Nubiens ont utilisé et développé des écritures bien différentes. C’est d’abord, dès le IIIe millénaire av. J.-C., l’expansion du système graphique égyptien: les hiéroglyphes et leur version simplifiée, l’écriture cursive hiératique. Puis l’adaptation de ce système aux langues et usages locaux dans le courant du Ier millénaire (création des hiéroglyphes et des cursives méroïtiques); la persistance des écritures « païennes » au moins jusqu’en plein Ve siècle ap. J.-C. (démotique égyptien et cursive méroïtique); l’adaptation de l’alphabet grec à la langue égyptienne (le copte) et à la langue nubienne; l’usage du grec par les royaumes chrétiens puis, à partir du XIVe siècle, l’implantation de l’arabe. On a également retrouvé en Nubie des documents témoignant de l’usage des langues et des écritures internationales de l’Antiquité: l’araméen, utilisé dans tout l’Empire perse et le latin dans l’Empire romain.

Cet ostracon retrouvé à Amara-Ouest porte une inscription méroïtique cursive.

Deux types d’écriture ont été en vigueur dans l’empire de Méroë, tous deux dérivés de prototypes égyptiens mais adaptés aux besoins locaux: une écriture hiéroglyphique, dont les signes ont été empruntés au répertoire hiéroglyphique égyptien, et une écriture cursive aux caractères adaptés du démotique. Ces deux systèmes graphiques sont de type alphabétique: chaque écriture a 24 signes, 15 signes consonnes, 4 signes voyelles, 4 signes syllabes et un séparateur de mots. Les textes méroïtiques étaient généralement écrits de droite à gauche. Alors que les Napatéens rédigeaient encore leurs inscriptions royales en langue égyptienne en utilisant le système hiéroglyphique traditionnel, les souverains de Méroé, à partir du IIe siècle av. J.-C., ont promu leur propre système graphique ainsi que leur propre langue. Les premières inscriptions méroïtiques ont été révélées par l’explorateur français Frédéric Cailliaud, l’inventeur site de Méroé en 1821. Il faut attendre 1910 pour que le Britannique Francis Ll. Griffith établisse les valeurs phonétiques des deux écritures méroïtiques. Aujourd’hui, elles peuvent être lues aisément, mais restent toujours très partiellement comprises car la langue dans laquelle elles sont rédigées résiste encore à l’analyse des linguistes, hormis quelques mots et formules répétitifs. De récentes études ont toutefois permis de rattacher le méroïtique aux langues nilo-sahariennes et plus précisément au groupe soudanais oriental. La méthode comparative, avec des langues issues de la même famille, mais encore parlées en Afrique orientale, a déjà permis d’effectuer de rapides et substantiels progrès.

L’écriture hiéroglyphique méroïtique n’a eu qu’un usage restreint, limité pour l’essentiel aux inscriptions monumentales de certains temples. En revanche, la cursive s’est développée pour de multiples usages – inscriptions commémoratives royales, inscriptions funéraires royales et privées, textes administratifs et économiques – ainsi que sur divers supports – pierre (stèles et tables d’offrandes, parois), ostraca et papyrus.

La dernière inscription méroïtique (cursive) datée remonte au Ve siècle de notre ère (inscription de Silko à Kalabcha). C’est à la même époque que disparaît en Égypte l’usage de l’écriture démotique (dont le dernier témoignage a été identifié à Philae), remplacée par l’écriture copte servant à noter la langue égyptienne au moyen de lettres grecques auxquelles ont été ajoutées quelques lettres supplémentaires, dérivées du démotique, destinées à noter les phonèmes propres à l’égyptien. En Nubie, ce même alphabet grec a été adapté à partir du VIe siècle pour transcrire, à des fins liturgiques, la langue locale, le vieux-nubien, déchiffrée au début du XXe siècle. À côté du vieux nubien, le grec lui-même a été largement employé aussi bien pour des textes religieux que pour des inscriptions officielles ou des épitaphes funéraires. À partir du XIVe siècle, langue et écriture arabes se sont progressivement imposées, mais les dialectes nubiens ont subsisté dans les actes quotidiens jusqu’à nos jours.

à voir aussi