"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Pot à khôl en forme de sphinx

date
2ème moitié du 4ème siècle après J.-C.
provenance
Qustul, Tombe Q 14
lieux
époque
taille
3.2 cm x 11 cm
matériaux
thèmes

Cette petite figurine en bois a été retrouvée au-dessus du puits de la tombe Q 14 de la nécropole de Qustul, dans un petit sac de cuir. Elle représente un sphinx assis sur son train arrière sur un petit socle en forme de naos couronné d’une corniche à gorge égyptienne. Le sphinx barbu est coiffé d’une imposante perruque striée dont deux pans retombent sur ses épaules et ceinte d’un diadème pourvu d’un uraeus, les yeux sont incrustés d’ivoire. Une cavité percée à partir d’un orifice situé sur le dessus de la tête montre que cette statuette est en fait un pot à khôl. Des résidus de poudre ont d’ailleurs été retrouvés à l’intérieur du réceptacle. Le khôl est un élément de maquillage largement utilisé afin de souligner la beauté des yeux et de les protéger. Le pot à khôl a souvent accompagné le défunt dans sa tombe, en Egypte et en Nubie, dès la période pharaonique.

Si le thème décoratif de cet objet est bien d’inspiration égyptienne, son traitement est toutefois celui d’artisans locaux qui l’ont adapté et réinterprété. Le sphinx, animal fabuleux associant une tête le plus souvent humaine à un corps de lion, est une création égyptienne qui s’est largement diffusée dans le monde antique et inspire encore les artistes contemporains. Il apparait au début de l’Ancien Empire - l’exemple le plus fameux est le grand sphinx de Giza. Il joue plus tard le rôle de gardien et de protecteur des temples et des tombes. En Egypte, il est le plus souvent masculin et figuré dans la position couchée. Le thème se répand largement au Levant, dans l’Empire Hittite et dans le monde grec. Il subit alors de nombreuses variantes, l’animal étant figuré sous un aspect féminin, dans la position assise et souvent doté de grandes ailes. Le sphinx qui orne notre pot à khôl a en effet des traits post-méroïtiques comme sa position assise. D’autre part, le thème du lion a connu une grande faveur dans cette civilisation et le traitement du corps rappelle certaines représentations du dieu-lion nubien Apédémak.

L’usage d’accompagner le mort avec des objets évoquant son statut social ou ses besoins dans l’au-delà est une constante dans les sociétés antiques. Cette pratique sera abandonnée en Egypte comme en Nubie à partir du VIe siècle lorsque s’imposent le christianisme puis l’islam.

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