"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Couronne en argent

date
5ème siècle après J.-C.
provenance
Ballana, Tombe B80, chambre 3, sur la tête du défunt C
lieux
époque
matériaux
thèmes

Cette couronne en argent a été retrouvée dans une tombe de la nécropole de Ballana située au sud d’Abou Simbel, site aujourd’hui submergé par les eaux du lac Nasser. Cette tombe est celle d’un potentat local à n’en pas douter d’après l’abondance et la qualité du matériel mis au jour dans les années 1930 par W.B. Emery. Elle rentre dans la catégorie de la culture appelée Groupe X (ou la culture de Ballana) issue de l’éclatement de l’empire de Méroé en petits royaumes ou principautés. Cette période se situe entre la fin du IVe siècle et le début du VIe siècle.

Le personnage dont la dépouille était ornée de cette couronne était probablement un de ces petits roitelets qui ont succédé à la domination des rois de Méroé. On se plairait à l’identifier à ce Silko qui se proclamait « roi des Nobades et de tous les Éthiopiens » dans une inscription rédigée en grec dans le temple de Kalabcha, datée du Ve siècle. La couronne bien que tardive comporte encore tout un ensemble de représentations issues du répertoire directement inspiré de l’iconographie de l’ancienne Égypte, mais sa symbolique et se forme ne sont pourtant plus égyptiennes.

La couronne se compose de deux parties, un diadème et un cimier. Le diadème est orné entre deux frises composées de petits carrés et de ronds, d’une succession de représentations du faucon d’Horus tourné vers la gauche, posé sur un socle et couronné d’un pschent, la double couronne des pharaons, symbole de l’union de la Haute et de la Basse-Égypte. Les faucons sont séparés par des lotus épanouis. Le bord supérieur du diadème porte une tête de bélier en ronde-bosse sommée d’un haut cimier; des uræi dressés et coiffés d’un disque solaire découpés dans une mince tôle se répartissent en deux groupes de sept de part et d’autre de l’élément central de la couronne. Le cimier se compose d’un croissant de lune tourné vers le haut surmonté d’une paire de cornes horizontales portant quatre hautes plumes encadrées de deux uræi dressés et coiffés d’un disque solaire. Des incrustations de cabochons de pierres dures (carnelians) ornent ces éléments, sept sur le croissant, une sur chaque arrondi des plumes et sur les disques solaires. Cet assemblage assez hétéroclite d’orfèvrerie « baroque » trouve sa principale inspiration dans le monde égyptien, mais l’agencement et la symbolique de ces éléments témoignent de la relecture effectuée par les Kouchites de l’iconographie pharaonique. Le croissant lunaire est ainsi souvent associé au dieu Apédémak dont l’une des formes peut également être coiffée d’un croissant surmonté d’une couronne hemhem flanquée de plumes. Par ailleurs la forme du diadème, et plus encore celui retrouvé dans la tombe 47 de Ballana, n’est pas sans évoquer les couronnes chargées de cabochons de pierres précieuses ou semi-précieuses que l’on retrouve dans tout le monde byzantin et dans l’Europe occidentale du haut Moyen Age comme les couronnes des rois wisigoths ou la couronne de fer des rois lombards. De même, le croissant se retrouve dans la symbolique du monde arabe sans que l’on sache la réelle interaction d’une civilisation sur l’autre.

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