"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Lampe en forme de tête d’homme

date
2ème moitié du 4ème siècle après J.-C.
provenance
Ballana, 290 km au sud d’Assouan, tombe B47, chambre 3
lieux
époque
matériaux
thèmes

Cette lampe à huile en bronze a été retrouvée dans la tombe B 47 (pièce 3) de la nécropole de Ballana. Le corps de l’objet représente une tête de jeune homme en ronde-bosse avec sur le front un orifice qui servait à alimenter le réservoir en combustible et, à la place du coup, le bec par où sortait la mèche.

Les yeux grands ouverts, le nez pointu, les petites oreilles et la bouche esquissant un très léger sourire donnent au personnage un air légèrement hagard. La chevelure frisée est rendue par une superposition de mèches striées ressemblant à des écailles mais évoquant peut-être une chevelure crépue. Les traits du visage s’apparentent toutefois davantage au type méditerranéen. Les yeux sont incrustés d’argent et de grenat.

Les deux autres lampes similaires ont été retrouvées de la tombe 3 de Qustul et de Qasr Ibrim. Des lampes plastiques avec un visage (masques de théâtre, satyres, têtes négroïdes) sont attestées dès le IIIe siècle av. J.-C., à l’époque hellénistique, en métal, mais surtout en terre cuite. Les lampes à « tête de nègre » ont d’ailleurs connu une grande popularité à l’époque romaine.

Il est difficile de savoir si cette lampe est une importation ou l’interprétation locale d’un modèle alexandrin. L’usage d’incrustations de pierre et de métal précieux n’est pas sans évoquer les pièces d’orfèvrerie retrouvées dans les tombes royales du Groupe X. Comme d’autres objets découverts des tombes royales de Ballana, cette lampe présente une influence majeure d’Alexandrie, qui s’est répandue sur la Basse Nubie des 2e et 3e siècles après J.-C.

Les lampes à huile, fabriquées en métal ou en terre cuite, ont été communément utilisées pour l’éclairage à cette époque lointaine.

Elles se rencontrent aussi bien en contexte urbain que funéraire. Objets de la vie quotidienne, elles sont également des pièces de prestige et des marqueurs sociaux car l’éclairage artificiel, dans les sociétés antiques comme à des époques plus récentes, est longtemps resté un luxe accessible à un petit nombre.

Torches et lampes servant à guider l’homme et symboles d’espoir et de renaissance sont communes à un grand nombre de civilisations. Elles sont fréquentes en contexte funéraire dans tout le Bassin méditerranéen.

Les « illuminations » appartiennent de même au répertoire des fêtes religieuses de l’Égypte pharaonique, comme en témoignent les grandes torches allumées lors de la Belle Fête de la Vallée dans la Thèbes du Nouvel Empire, ou encore la « fête des illuminations » à Saïs, célébrée en l’honneur de la déesse Neith selon Hérodote (Histoires II, 62). D’autres exemples illustrent à notre époque cette permanence. Sainte Lucie, ceinte d’une couronne de bougies reste ainsi très populaire en Suède et, en France, depuis plus de 150 ans mais selon une tradition qui remonte au XVIIe siècle, chaque soir du 8 décembre la Fête des lumières voit la ville de Lyon s’illuminer entièrement, chaque habitant disposant à sa fenêtre des « lumignons » colorés pour exprimer sa reconnaissance à la Vierge Marie.

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