"Chaque partie du monde reflète l’histoire du monde entier, la subit, s’en accommode.."
Fernand Braudel

Patrimoine commun: une approche muséographique et éducative pour le dialogue des cultures et des civilisations

L’année 2010 a été déclarée Année Internationale du Rapprochement des Cultures : nous continuons à fêter, à travers le monde, le dialogue entre les civilisations, les cultures et les peuples. C’est en faisant fond sur la compréhension mutuelle des cultures et sur la reconnaissance de l’égalité de leur droit à la dignité et au respect que l’Année Internationale entend promouvoir la cohésion sociale, la réconciliation entre les peuples et la paix entre les nations.

Depuis sa fondation en 1945, l'UNESCO a travaillé, par l’intermédiaire de ses Etats membres, à renforcer la coopération entre nations, promouvant la cause de la paix à travers le dialogue entre les différentes cultures et civilisations. Les monumentales Histoires générales et Histoires régionales publiées par l’Organisation, qui réexaminent tant l’histoire des différentes régions du monde que celle de l'humanité prise dans l'ensemble, ont été un vecteur majeur de cet objectif : en incitant les hommes, à travers la planète, à acquérir une vision de l’histoire qui appréhende le monde comme un tout, elles soulignent les interactions et interconnections reliant les cultures et les civilisations qui le peuplent. Une telle approche contribue à faire échec à des interprétations partiales de l’histoire qui, au lieu de mettre l’accent sur le dialogue et la coopération, insistent sur le « choc des civilisations ».

L'histoire et l'identité des différentes cultures et civilisations restent trop souvent traitées comme des entités séparées, que les contacts ou interactions qui se sont produits entre elles soient niés ou qu’ils soient minimisés. C’est négliger le fait que c’est précisément grâce à des interactions de ce genre que beaucoup des évolutions historiques les plus remarquables ont eu lieu, tels que les échanges de connaissances scientifiques, religieuses et artistiques entre les mondes méditerranéen, arabo-musulman, islamique et les zones culturelles indienne et chinoise. Il n’est que trop fréquent de constater combien les contributions variées des différentes civilisations à l’histoire de l’humanité dans son ensemble, et les effets des échanges culturels, techniques et stylistiques sur celle-ci, tendent à être minimisés par une écriture de l’histoire qui met en avant le cloisonnement des progrès et des histoires. Contact: Nao HAYASHI DENIS (n.hayashi@unesco.org)

Pourtant, aucune culture ou civilisation ne se développe dans l’isolement, suivant une évolution linéaire. Chacune connait au contraire un développement qui résulte d’un système complexe d’influences et d’échanges avec d'autres. C’est de là que naît la nécessité de se remémorer les contributions extérieures apportées à une culture ou à une civilisation, contributions qui sont encore souvent oubliées ou méconnues. C'est à ce travail de souvenir et de redécouverte des relations qu’ont entretenues différentes cultures et civilisations qu’il faut aujourd’hui s’attacher, sans se plier aux intérêts d’un quelconque agenda politique ou communautariste, mais dans un esprit de pluralisme et d’ouverture scientifique et culturelle.

Les musées consacrés à la culture ou à la civilisation sont l’une des institutions les plus appropriées pour mener à bien une telle lecture alternative de l’histoire mondiale. Ils sont des lieux d’identité par excellence, des institutions où l’idée d’identité est en perpétuelle discussion. Les musées offrent l’image qu’une culture ou une civilisation souhaite donner d’elle-même, tant pour son propre bénéfice que pour celui des autres. C’est pourquoi ils reflètent souvent des différends politiques ou des idéologies, comme le font aussi les diverses écoles d’historiens. Néanmoins, les musées ont un rôle pivot à jouer, en suggérant différentes approches de l’histoire du point de vue du dialogue et des échanges interculturels.

C’est à la lumière de telles considérations, et avec l’intention de suggérer ces différentes approches de l’histoire, que l’UNESCO et des musées partenaires ont conçu les nouvelles narratives sur leurs collections, et celles-ci évoquent la façon dont les diverses cultures et civilisations se sont rencontrées et ont interagi en Nubie, dans le bassin du Nil, et dans la zone méditerranéenne au sens large, et dont elles ont stimulé la créativité humaine dans des domaines variés. Certains de ces objets illustrent les contributions d’étrangers ou de gens extérieurs à la culture dominante, suggérant que les frontières de toute culture donnée sont poreuses et sujettes à des apports extérieurs. Ces objets peuvent aussi concourir à nous montrer que nos propres cultures ne sont pas non plus isolées de celles des autres par des frontières immuables, mais ont toujours, dès le départ, été mêlées à d’autres, à la fois sur le plan factuel que sur le plan de l’imaginaire.