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Delegação do Brasil junto à Unesco
Connais-tu le pays où fleurissent les citronniers?
Là, dans le sombre feuillage, flamboie l'or des oranges,(…)
Le connais-tu bien? - C'est là, c'est là
Que je voudrais (…) aller.
 
Kennst du das Land, wo die Citronen blühn,
Im dunkeln Laub die Gold-Orangen glühn,
Kennst du es wohl ? - Dahin, dahin !
Möcht' ich ... ziehen.
GOETHE
 

Mon pays a des palmiers,
Où chante le sabiá (2)
Les oiseaux qui gazouillent ici,
Ne gazouillent pas comme là-bas.

Notre ciel a plus d'étoiles,
Nos vallées ont plus de fleurs,
Nos bois ont plus de vie,
Notre vie plus d'amours.

En rêvassant, seul la nuit,
Je trouve plus de plaisir là-bas;
Mon pays a des palmiers,
Où chante le sabiá

Mon pays a des attraits
Tels que je n'en trouve pas ici;
En rêvassant - seul, la nuit -
Je trouve plus de plaisir là-bas;
Mon pays a des palmiers,
Où chante le sabiá.

Que Dieu ne me permette pas de mourir,
Sans que je retourne là-bas;
Sans que je jouisse des attraits
Que je ne trouve pas ici;
Sans que je voie encore une fois les palmiers,
Où chante le sabiá.

Minha terra tem palmeiras,
Onde canta o Sabiá;
As aves, que aqui gorjeiam,
Não gorjeiam como lá.

Nosso céu tem mais estrelas,
Nossas várzeas têm mais flores,
Nossos bosques têm mais vida,
Nossa vida mais amores.

Em cismar, sozinho à noite,
Mais prazer encontro eu lá;
Minha terra tem palmeiras,
Onde canta o Sabiá.

Minha terra tem primores,
Que tais não encontro eu cá;
Em cismar - sozinho, à noite -
Mais prazer encontro eu lá;
Minha terra tem palmeiras,
Onde canta o Sabiá.

Não permita Deus que eu morra,
Sem que eu volte para lá;
Sem que eu desfrute os primores
Que eu não encontro por cá;
Sem qu'inda avista as palmeiras
Onde canta o Sabiá.

 

Casimiro de Abreu
Mes huit ans

Traduction de Regina Helena Machado
avec la collaboration d'Isabelle Garma-Berman

Oh ! souvenirs ! printemps ! aurores !

V. Hugo

 

Oh ! que j'ai des regrets
De l'aurore de ma vie,
De mon enfance chérie,
Que les années ne ramènent plus !
Que d'amours, que de rêves, que des fleurs,
Dans ces doux après-midis,
A l'ombre des bananiers,
Au dessous des orangers !

Comme sont beaux les jours
Au lever de l'existence !
- L'âme respire l'innocence
Comme la fleur des parfums;
La mer est - un lac serein,
Le ciel - un manteau d'azur,
Le monde - un rêve doré,
La vie - un hymne d'amour !

Que d'aurores, que de soleil, que de vie,
Que de nuits de mélodie
Dans cette douce allégresse,
Dans ce naïf plaisir !
Le ciel brodé d'étoiles,
La terre pleine d'arômes,
Les vagues embrassant le sable
Et la lune embrassant la mer !

Oh ! jours de mon enfance !
Oh ! mon ciel de printemps !
Qu'elle était douce la vie
Dans cette matinée rieuse !
Au lieu des chagrins du présent
J'avais, au milieu de ces délices,
Les caresses de ma mère
Et les baisers de ma soeur !

Libre enfant des montagnes,
J'allais très satisfait,
La chemise ouverte à la poitrine,
- Les pieds nus, les bras nus -
Courant dans les prairies
Autour des chutes d'eau,
Après les ailes légères
Des papillons bleus !

En ces temps de fortune
J'allais cueillir des pitangues (*),
Je grimpais pour prendre des mangues,
Je jouais au bord de la mer ;
Je priais des Ave-Maria,
Je trouvais le ciel toujours beau,
Je m'endormais en souriant
Et me réveillais en chantant !

Oh! que j'ai de regrets
De l'aurore de ma vie,
De mon enfance chérie
Que les années ne ramènent plus !
- Que d'amour, que de rêves, que de fleurs,
Dans ces doux après-midis
A l'ombre des bananiers,
Au dessous des orangers !

Oh ! que saudades que eu tenho
Da aurora da minha vida,
Da minha infância querida
Que os anos não trazem mais !
Que amor, que sonhos, que flores,
Naquelas tardes fagueiras
À sombra das bananeiras,
Debaixo dos laranjais !

Como são belos os dias
Do despontar da existência !
- Respira a alma inocência
Como perfumes a flor;
O mar é - lago sereno,
O céu - um manto azulado,
O mundo - um sonho dourado,
A vida - um hino d'amor !

Que auroras, que sol, que vida,
Que noites de melodia
Naquela doce alegria,
Naquele ingênuo folgar !
O céu bordado d'estrelas,
A terra de aromas cheia,
As ondas beijando a areia
E a lua beijando o mar !

Oh ! dias de minha infância !
Oh ! meu céu de primavera !
Que doce a vida não era
Nessa risonha manhã !
Em vez de mágoas de agora,
Eu tinha nessas delícias
De minha mãe as carícias
E beijos de minha irmã !

Livre filho das montanhas,
Eu ia bem satisfeito,
De camisa aberta ao peito,
- Pés descalços, braços nus -
Correndo pelas campinas
À roda das cachoeiras,
Atrás das asas ligeiras
Das borboletas azuis !

Naqueles tempos ditosos
Ia colher as pitangas,
Trepava a tirar as mangas,
Brincava à beira do mar;
Rezava às Ave-Marias,
Achava o céu sempre lindo,
Adormecia sorrindo,
E despertava a cantar !

Oh ! que saudades que eu tenho
Da aurora da minha vida
Da minha infância querida
Que os anos não trazem mais !
- Que amor, que sonhos, que flores,
Naquelas tardes fagueiras
À sombra das bananeiras,
Debaixo dos laranjais !

Lisbonne - 1857

(1) Coimbra, juillet 1843. Gonçalves Dias écrit dans une langue ancienne parsemée de mots d'origine tupi. Je les ai conservés dans la traduction en ajoutant des notes explicatives. Le poète a écrit un Dictionnaire de la langue tupi, publié à Leipzig en 1858.
(2) Sabiá : les dictionnaires donnent soit, tout simplement, "oiseau du Brésil", soit "griveau" (Larousse de poche). Il s'agit d'un petit oiseau au plumage vert-olive ou grisâtre, parfois roux, qui a un très beau chant. Je garde ici l'ortographe brésilienne du mot d'origine tupi, "haabi'á".
(*) Fruit du pitanguier : c'est une baie rouge au goût aigre-doux, très parfumée et savoureuse.