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Pour
dire merci à Senghor
Jean
Brière (Haïti)
Avant
que la nuit tombe,
que derrière les vieux marécages herbeux
de mon regard, lotus,
chavire la lumière,
Je veux dire :
MERCI.
Avant
le brisement de ma voix
dans l'ultime ressac,
cette houle purulente refoulée toute la vie,
qui brusquement monte,
verticale
à votre cou,
inonde votre gorge et vous assomme du dernier croup
proliférant dans chaque battement,
chaque globule,
marée sur la mémoire,
marée sur la conscience,
marée dans le souffle haletant,
marée où viennent éclater,
uniques survivances de rêves,
derniers effluves de roses mourantes,
les scintillements de vertige
des bulles de profondeurs marines,
troupeau de flores à nageoires,
vibratiles pollens de faunes en fleurs,
je veux dire : MERCI.
Je
veux dire MERCI pour Dakar trop blanche,
hier un furoncle bleu au bout du Cap-Vert,
élevée
tout en pierres sur la carte du présent ;
Pour Gorée, la douloureuse,
mon escale et ma
patrie,
mon ombilic et mon déracinement ;
Gorée où des enfants jouent à la marelle
sur la terre battue des calvaires
négrier ensablé, où geint une guitare,
Je veux dire : MERCI.
Pour
les horizons rêvés,
les horizons approchés,
les horizons reculés
en mirages renouvelés de voilures
et de sennes sidérales,
Je veux dire : MERCI.
Pour
le pain, le toit, le soleil partagés,
pour les longs crépuscules sur la Corniche,
capitonnant de pourpre les nostalgies
et d'odeurs marines les hantises,
le sourire neigeux de la nubile noire
flottant dans l’harmattan,
épaule nue ou satinée de noir,
figure de proue lessivée dans I'aurore et l'océan
des nuits
dessinée pour une pirogue royale
qui grandit encore dans le bois tendre,
Je veux dire:
MERCI.
Pour
la paix offerte,
l'offrande
du havre,
la route des ténèbres
et le bout de
chemin du jour,
le miracle du sang coagulé
et
des larmes converties en vin ;
Pour
le cad ajouré rêvant sur l'épaule du couchant,
les cailcédrats bénissant du ciel
L'îlot d'empire de la Reine Sybeth de Siganar,
les Bois Sacrés et la paillote de boue rose
du Roi pourpre d'Oussouye ;
Je veux dire : MERCI.
Pour
le chant des piroguiers,
et leur stature de bergers de la mer
chavirés dans l'eau,
parmi les colliers
de charmes ;
Pour
la Casamance en coquillages,
l'hémorragie bleue et horizontale du Fleuve,
les broderies en sinople de feuilles sur l'azur,
Pour
les palétuviers et les mangroves
où nichent des oiseaux vaporeux
Les bustes opulents
à qui les rizières
offrent des gerbes
de jade,
les dents de neige qui ne remettent qu'au soleil,
les femmes vêtues de vent de couleurs,
la blancheur solide élue par des lèvres hautaines
pour la corolle charnelle du sourire
Je
veux dire : MERCI.
Pour
ma mère égrenant son rosaire à la chandelle,
dans le village de montagne
où la pluie, la nuit et le vent
tissent le silence,
de la matière impondérable du rêve,
ma mère priant pour celui
qui a donné à son fils un pan de son manteau
Je veux dire : MERCI !
Pour
la Sicap,
le riz cassé,
l’agape des Almadies,
Le linceul scellé d'éternité des mégalithes.
Pour le dit sentencieux
et l'inédit du germe,
l'opulence de la gerbe,
semeurs et glaneuses mêmement dépendants
de la matière première de la vie,
Je
veux dire : MERCI.
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