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L’appel
de Gorée
Charles
Carrère (Sénégal)
A
lire pour saluer Senghor
larme
de lave au baiser de la mer
l'océan tisse et dé-tisse tes cheveux
signare au balcon
comme aux temps jadis des conquistadores
ocre poussière de temps
falaise de larmes
couleurs lavées de mon sang
goélettes blanches phalènes de mer aux
senteurs d'épices
dans l’air de souffrance nos visages de douleur
masque bambara
cuivre
du Bénin
statuette baoulé
débris de coeur
soleil glacé Gorée s'éloigne
ensemencer le nouveau monde
du sel fertile de ma liberté
sur les vagues le bois sacré des forêts
le tam-tam n'est que le ressac cadencé de mon angoisse
pourtant
la mer était douce
mais les vents désunis
sang de Gorée
semé d'embruns de corail dans les mers du Sud
sang nègre couleurs étalées des Caraïbes
il féconde sang perdu
de la crête des vagues à la racines des mornes
il féconde
les villes de Londres Bristol Glasgow
Manchester Nantes Roanne
il féconde pollen éclaté de parfum
de café d'indigo de rhum de vanille
il féconde les plantations de canne de coton
d'une puanteur de clou de girofle de noix de muscade
de mon dos lacère aux narines du monde
pourtant
la mer était douce
mais les vents désunis
à
présent je peins d'amour les douleurs d'autrefois
sourire a ma misère visage de lumière
la caresse du large les siècles confisqués
à présent Gorée-Saint-Domingue
Gorée-Jamaïque Gorée-Porto-Rico Gorée-Cuba
appelle ses enfants de Loango-Cabinda-Molembo
Ambriz-Loméla
salut à Antonio Médina du Mali
salut à Juan Francisco du Sénégal
Gabriel Conception Valdès du Bénin José White du Congo
Charly Harlem du Mozambique
et merci à tous pour l’ensemencement merci pour la moisson
de Séville à Lisbonne de Nantes à Bordeaux de Rotterdam
à Amsterdam aucune rue qui ne soit de votre nom
aucune banque qui ne soit de votre sueur
aucune fleur qui ne soit de votre sang
aucune larme qui ne soit de vos yeux
et aucun homme qui ne soit votre frère
pourtant
la mer était douce
mais les vents désunis.
l'empire
de mon exil s'étend
de l'ancien au nouveau monde
mon exil a bâti l'Amérique de mes bras de forçats
et redressé l'Europe de mon front avili
mixé l'humaine civilisation des races fraternelles
et trop souffert de la haine pour vivre de cette haine
monte l'amour en une étoile multiple
nouer le ciel la mer la terre en un baiser d'extase
un ardent soupir que ma lyre diffuse
un air de jazz que mon luth lance
un long silence de mon âme blessée
une larme de l'aurore au jour qui s'annonce
pour aimer chanter semer espérer
la mer est douce
et les vents réunis
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