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Présence Senghor
90 écrits en hommage aux 90 ans du poète-président*

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Senghor et l'heuristique

Yahya Diallo(Senegal)

J’ai eu l’honneur et le privilège d'être reçu en audience par le président-poète le 28 novembre 1979 à Dakar. Je venais lui parler du projet initié par le Conseil africain des sociologues et anthropologues qui consistait à organiser un colloque à Dakar. Les trente-deux minutes de l’audience étaient axées sur sa conception des disciplines des sciences de l’homme et de la société, notamment l’anthropologie, à laquelle il n'a cessé de faire allusion par rapport à la sociologie.  

L'auteur de la communication intitulée « Négritude et mathématique », lors de son 70e anniversaire, est celui qui a rendu le plus grand hommage au président Léopold Sédar Senghor. En effet, le professeur Souleymane Niang, recteur de l'Université Cheikh Anta Diop, avait perçu dans la pensée et dans la démarche du président-poète la méthode de découverte et d'invention, c'est-à-dire l’heuristique.  

Senghor, s'inspirant des travaux de Jacques Maritain et d'autres auteurs (Teilhard de Chardin, Bergson, Gaston Berger), s'est tracé une trajectoire qui s'inscrit dans une orientation de l'anthropologie culturelle. Il est devenu un anthropologue qui a pris en charge la négritude, dans son essence temporelle et intemporelle. Aussi son intuition le conduit i exercer la fonction de philosophe de la médiation. Il s'est éloigné de ce fait de la vieille école de l’ethnographie qui l’a fascinée et inspirée. Ses références en donnent l’illustration.

Nous devons mettre hors de propos toute tendance de réductionnisme et de simplification spéculative philosophique, positiviste et néopositiviste. En effet le mondialisme ou la mondialisation ne sauraient signifier l’uniformité. Plutôt que cette uniformité, nous pensons qu'il y a à promouvoir la multipolarité de la diversité culturelle. Ce n'est pas une question simpliste, de différentiel, comme l’auraient insinué des positivistes et néopositivistes.

C’est en cela que la dimension transculturelle de l’œuvre de Senghor doit être prise en compte pour constituer un pivot théorique à la démarche épistémologique, historique, prospective et éthique des Africains.

Aussi son oeuvre doit être perçue et analysée sous le regard de l'herméneutique. Il faut renverser la méthodologie, en partant du constat de ce que l’œuvre du président Senghor aura accompli pour les peuples de l'Afrique, les apports intellectuels irremplaçables, l’intelligence critique, historique et philosophique, la participation à la construction d'un univers de synthèse créatrice, fruit des cultures et des civilisations qui fondent et structurent les contours de l’universel.

Aussi l'Afrique ne doit plus être perçue par sa particularité, mais par son universalité, au même titre que les autres aires historiques, culturelles et de civilisation à l’échelle planétaire. Elle doit s'assumer dans sa mondialité.

L'Afrique comme source et comme composante de l’universel, que doit-elle apporter ? Senghor y a contribué par son immense oeuvre de manière hautement positive. C'est la raison de l’hommage. Il faut continuer avec lui, pour refonder un autre humanisme transcendant dans l'éthique et la sagesse des humains. Et dire comme Térence :

Homo sum, nihil mibi alienatio est
[Je suis homme, rien de ce qui est
humain ne m'est étranger]


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* Source :
Présence Senghor : 90 écrits en hommage aux 90 ans du poète-président.
Coordonné par Édouard J. Maunick. Profils. Paris, Éditions UNESCO, 1997 

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