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UNESCO - Dialogue among Civilizations

International Conference on
"Dialogue among Civilizations"

Vilnius, Lithuania
23 - 26 April 2001

Discours du Secrétaire général de
l’Organisation Internationale de la Francophonie
M. Boutros-Ghali
à l’ouverture de la Conférence internationale
« Dialogue entre les civilisations » 
Vilnius, le mardi 24 avril 2001

 

Monsieur le Président de la République de Lituanie, 
Monsieur le Président de la République de Pologne, 
Monsieur le Président de l’Ukraine, 
Monsieur le Directeur général de l’UNESCO,
Excellences, 
Mesdames, Messieurs,

Je suis particulièrement heureux d’être, aujourd’hui, parmi vous, pour ouvrir cette conférence internationale sur le dialogue entre les civilisations.

Et si nous sommes ici, aujourd’hui, à Vilnius, c’est, d’abord, aux autorités lituaniennes que nous le devons.

Mes premiers mots veulent donc aller vers son Excellence le Président de la République de Lituanie pour le remercier chaleureusement, en tant que Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, de sa cordiale hospitalité. Et saluer le rôle toujours plus actif que joue son beau pays au sein de notre Communauté.

Permettez-moi, aussi, de me réjouir de la présence du président de la République de Pologne. La Pologne, qui a rejoint, elle aussi comme observateur, l’organisation francophone.

J’y vois, pour ma part, le signe du rôle croissant que jouent les pays de l’Europe centrale et orientale au sein de notre communauté. Ce dont je me réjouis fortement.

Je voudrais dire, enfin, que c’est toujours avec une immense joie que je retrouve le Directeur général de l’UNESCO.

L’UNESCO et la Francophonie ont désormais pris l’habitude de travailler ensemble, car nous avons beaucoup de sujets d’intérêt commun. Comme en témoigne, d’ailleurs, cette rencontre, aujourd’hui.

Une rencontre, dont je voudrais vous dire qu’elle revêt une importance tout particulière pour l’Organisation internationale de la Francophonie, puisque nous menons, depuis plusieurs mois déjà, une réflexion sur le dialogue des cultures qui sera le thème central du prochain Sommet de la Francophonie, à Beyrouth, en octobre 2001.

Et nous aurons, dès le mois de juin, une réunion des ministres francophones de la culture, à Cotonou, au Bénin.

C’est dire que cette conférence de Vilnius viendra nourrir utilement nos débats. Et je voudrais vous faire part, maintenant, de la perspective dans laquelle la Francophonie entend inscrire cette réflexion.

Le dialogue entre les civilisations est devenu, à l’heure de la mondialisation, un enjeu politique, économique, social et culturel pour tous.

L’interdépendance entre les hommes, les sociétés, les espaces est, en effet, désormais la norme.

Les mutations scientifiques et techniques, la globalisation économique et financière, la circulation instantanée de l’information ont précipité l’humanité vers une communauté de destin.

Est-ce à dire, pour autant, vers un destin commun ? Loin s’en faut !

J’en veux pour preuve l’aggravation des inégalités et de la pauvreté dans le monde !

J’en veux pour preuve la ségrégation numérique que l’on voit s’instaurer entre le Nord et le Sud !

J’en veux pour preuve le risque d’hégémonie de quelques puissances sur l’élaboration des normes ou des décisions qui engagent l’avenir de la planète !

Le risque, aussi, d’assujettissement des économies locales à des stratégies industrielles conçues ailleurs, et qui ont peu de relations avec les besoins réels des pays.

Le risque, enfin, de monopole de quelques acteurs- privés ou publics- sur la fabrication d’un imaginaire uniforme. Sur la diffusion de modes standardisés d’être, de se comporter, de consommer, de penser, de créer.

En d’autres termes, alors que les échanges internationaux s’amplifient, les citoyens ont de plus en plus le sentiment de se voir confisquer la gestion du monde, de se voir imposer une « monoculture ».

Face à cette perte de décision, à cette perte de repères, à cette perte d’identité, grande est la tentation de se replier sur soi-même, de se cristalliser sur les valeurs sécurisantes et figées du passé, dans un climat d’intolérance qui confine parfois au fanatisme, à la haine et au rejet de l’Autre.

Et si l’on veut éviter que la guerre froide d’hier ne se mue en un affrontement culturel, attisé par d’amples mouvements de migrations internationales, il faut, au sens large du terme, démocratiser la mondialisation avant que la mondialisation ne dénature la démocratie.

C’est dire instaurer au plus vite, et entretenir, entre ces espaces potentiels d’affrontement, un dialogue et une coopération.

Car j’ai la conviction que les grandes aires culturelles et linguistiques constituent, aussi, des espaces privilégiés de solidarité qui, lorsqu’ils se rencontrent et s’entremêlent, sont les meilleurs garants de la démocratie, de la paix et du développement.

Le dialogue entre les civilisations n’a donc rien d’éthéré.

Il s’agit d’une véritable projet de société à l’échelle de la planète !

Un projet de société où les cultures, les civilisations se complètent et ne s’excluent pas, où elles se renforcent et ne se diluent pas, où elles se rassemblent sans pour autant se ressembler.

Avec, pour ultime objectif, un monde véritablement multipolaire, respectueux des plus vulnérables et de leur droit à la solidarité, respectueux d’une gestion véritablement démocratique des relations internationales.

Mais cela suppose que l’on reconnaisse que la diversité culturelle mondiale est une condition préalable pour instaurer un dialogue réel entre les peuples.

En d’autres termes, que l’on reconnaisse que le droit de tout individu de participer à la vie culturelle de sa communauté et le droit de toute collectivité culturelle de préserver son identité sont des droits fondamentaux inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme, comme garants de la démocratie.

Que l’on reconnaisse que la culture n’est pas une exception, mais qu’elle est au fondement de la civilisation.

Qu’elle ne se limite pas aux arts et à la littérature, mais qu’elle englobe tous les aspects de la vie dans sa dimension spirituelle, institutionnelle, matérielle, intellectuelle et émotionnelle, ainsi que la diversité du tissu social.

Que l’on reconnaisse que culture et développement sont indissociables, sans pour autant se limiter à une approche strictement commerciale et économique de la culture.

C’est dire que le temps est venu de voir l’ordre politique prendre l’ascendant sur l’ordre commercial et économique dans la gestion du rapport, par nature ambigu, que la culture entretient avec l’économie, le commerce, l’investissement, la concurrence, leurs modes et leurs règles de fonctionnement.

La Francophonie a très tôt compris le rôle qu’elle pouvait jouer, tant au sein de son espace institutionnel, que dans les enceintes internationales, parce qu’elle reconnaît d’emblée la pluralité et la complexité des identités culturelles des pays qui la composent.

Parce qu’elle a, aussi, pour vocation première de lutter contre la marginalisation des plus vulnérables et de faire en sorte que ce dialogue entre les civilisations ne soit pas un dialogue entre nantis.

C’est toute cette réflexion que la Francophonie, a voulu mener, d’ores et déjà, avec le Monde arabe, ainsi qu’avec les lusophones et les hispanophones, afin que ce débat soit progressivement élargi à l’ensemble des membres de la communauté internationale.

Messieurs les Présidents, Excellences, Mesdames, Messieurs,

Nous entrons, aujourd’hui, dans un nouveau monde où la démocratie, la diversité, la dignité et la liberté doivent, plus que jamais, être notre étendard commun.

Car ce monde pourrait bien être aussi celui de l’indifférence, du silence, de l’intolérance et de la violence.

Tel est l’enjeu, aujourd’hui, du dialogue entre les civilisations.

Tel est l’enjeu du pas décisif qu’il nous franchir.

Mais j’en suis convaincu : il peut arriver que, dans un monde de dangers, de craintes et de drames, l’imagination l’emporte sur le calcul, la volonté sur l’immobilisme, l’espoir sur la résignation, la solidarité sur la loi du plus fort, l’esprit de paix sur la volonté de puissance.

Il peut arriver, qu’envers et contre tout, les peuples se mobilisent pour un grand dessein.

Un concept peut devenir alors le ferment d’une prodigieuse avancée.

C’est à ce moment là que l’histoire bascule et que progresse la civilisation.

Je vous remercie.

 

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| last up-dated: 30/04/01