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Culture and Civilizations
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International
Conference on Discours
du Secrétaire général de Monsieur
le Président de la République de Lituanie, Je
suis particulièrement heureux d’être, aujourd’hui, parmi vous, pour
ouvrir cette conférence internationale sur le dialogue entre les
civilisations. Et
si nous sommes ici, aujourd’hui, à Vilnius, c’est, d’abord, aux
autorités lituaniennes que nous le devons. Mes
premiers mots veulent donc aller vers son Excellence le Président de la République
de Lituanie pour le remercier chaleureusement, en tant que Secrétaire général
de l’Organisation internationale de la Francophonie, de sa cordiale
hospitalité. Et saluer le rôle toujours plus actif que joue son beau
pays au sein de notre Communauté. Permettez-moi,
aussi, de me réjouir de la présence du président de la République de
Pologne. La Pologne, qui a rejoint, elle aussi comme observateur,
l’organisation francophone. J’y
vois, pour ma part, le signe du rôle croissant que jouent les pays de
l’Europe centrale et orientale au sein de notre communauté. Ce dont je
me réjouis fortement. Je
voudrais dire, enfin, que c’est toujours avec une immense joie que je
retrouve le Directeur général de l’UNESCO. L’UNESCO
et la Francophonie ont désormais pris l’habitude de travailler
ensemble, car nous avons beaucoup de sujets d’intérêt commun. Comme en
témoigne, d’ailleurs, cette rencontre, aujourd’hui. Une
rencontre, dont je voudrais vous dire qu’elle revêt une importance tout
particulière pour l’Organisation internationale de la Francophonie,
puisque nous menons, depuis plusieurs mois déjà, une réflexion sur le
dialogue des cultures qui sera le thème central du prochain Sommet de la
Francophonie, à Beyrouth, en octobre 2001. Et
nous aurons, dès le mois de juin, une réunion des ministres francophones
de la culture, à Cotonou, au Bénin. C’est
dire que cette conférence de Vilnius viendra nourrir utilement nos débats.
Et je voudrais vous faire part, maintenant, de la perspective dans
laquelle la Francophonie entend inscrire cette réflexion. Le
dialogue entre les civilisations est devenu, à l’heure de la
mondialisation, un enjeu politique, économique, social et culturel pour
tous. L’interdépendance
entre les hommes, les sociétés, les espaces est, en effet, désormais la
norme. Les
mutations scientifiques et techniques, la globalisation économique et
financière, la circulation instantanée de l’information ont précipité
l’humanité vers une communauté de destin. Est-ce
à dire, pour autant, vers un destin commun ? Loin s’en faut ! J’en
veux pour preuve l’aggravation des inégalités et de la pauvreté dans
le monde ! J’en
veux pour preuve la ségrégation numérique que l’on voit s’instaurer
entre le Nord et le Sud ! J’en
veux pour preuve le risque d’hégémonie de quelques puissances sur l’élaboration
des normes ou des décisions qui engagent l’avenir de la planète ! Le
risque, aussi, d’assujettissement des économies locales à des stratégies
industrielles conçues ailleurs, et qui ont peu de relations avec les
besoins réels des pays. Le
risque, enfin, de monopole de quelques acteurs- privés ou publics- sur la
fabrication d’un imaginaire uniforme. Sur la diffusion de modes
standardisés d’être, de se comporter, de consommer, de penser, de créer.
En
d’autres termes, alors que les échanges internationaux s’amplifient,
les citoyens ont de plus en plus le sentiment de se voir confisquer la
gestion du monde, de se voir imposer une « monoculture ». Face
à cette perte de décision, à cette perte de repères, à cette perte
d’identité, grande est la tentation de se replier sur soi-même, de se
cristalliser sur les valeurs sécurisantes et figées du passé, dans un
climat d’intolérance qui confine parfois au fanatisme, à la haine et
au rejet de l’Autre. Et
si l’on veut éviter que la guerre froide d’hier ne se mue en un
affrontement culturel, attisé par d’amples mouvements de migrations
internationales, il faut, au sens large du terme, démocratiser la
mondialisation avant que la mondialisation ne dénature la démocratie. C’est
dire instaurer au plus vite, et entretenir, entre ces espaces potentiels
d’affrontement, un dialogue et une coopération. Car
j’ai la conviction que les grandes aires culturelles et linguistiques
constituent, aussi, des espaces privilégiés de solidarité qui,
lorsqu’ils se rencontrent et s’entremêlent, sont les meilleurs
garants de la démocratie, de la paix et du développement. Le
dialogue entre les civilisations n’a donc rien d’éthéré. Il
s’agit d’une véritable projet de société à l’échelle de la planète
! Un
projet de société où les cultures, les civilisations se complètent et
ne s’excluent pas, où elles se renforcent et ne se diluent pas, où
elles se rassemblent sans pour autant se ressembler. Avec,
pour ultime objectif, un monde véritablement multipolaire, respectueux
des plus vulnérables et de leur droit à la solidarité, respectueux
d’une gestion véritablement démocratique des relations internationales.
Mais
cela suppose que l’on reconnaisse que la diversité culturelle mondiale
est une condition préalable pour instaurer un dialogue réel entre les
peuples. En
d’autres termes, que l’on reconnaisse que le droit de tout individu de
participer à la vie culturelle de sa communauté et le droit de toute
collectivité culturelle de préserver son identité sont des droits
fondamentaux inscrits dans la Déclaration universelle des droits de
l’Homme, comme garants de la démocratie. Que
l’on reconnaisse que la culture n’est pas une exception, mais
qu’elle est au fondement de la civilisation. Qu’elle
ne se limite pas aux arts et à la littérature, mais qu’elle englobe
tous les aspects de la vie dans sa dimension spirituelle, institutionnelle,
matérielle, intellectuelle et émotionnelle, ainsi que la diversité du
tissu social. Que
l’on reconnaisse que culture et développement sont indissociables, sans
pour autant se limiter à une approche strictement commerciale et économique
de la culture. C’est
dire que le temps est venu de voir l’ordre politique prendre
l’ascendant sur l’ordre commercial et économique dans la gestion du
rapport, par nature ambigu, que la culture entretient avec l’économie,
le commerce, l’investissement, la concurrence, leurs modes et leurs règles
de fonctionnement. La
Francophonie a très tôt compris le rôle qu’elle pouvait jouer, tant
au sein de son espace institutionnel, que dans les enceintes
internationales, parce qu’elle reconnaît d’emblée la pluralité et
la complexité des identités culturelles des pays qui la composent. Parce
qu’elle a, aussi, pour vocation première de lutter contre la
marginalisation des plus vulnérables et de faire en sorte que ce dialogue
entre les civilisations ne soit pas un dialogue entre nantis. C’est
toute cette réflexion que la Francophonie, a voulu mener, d’ores et déjà,
avec le Monde arabe, ainsi qu’avec les lusophones et les hispanophones,
afin que ce débat soit progressivement élargi à l’ensemble des
membres de la communauté internationale. Messieurs
les Présidents, Excellences, Mesdames, Messieurs, Nous
entrons, aujourd’hui, dans un nouveau monde où la démocratie, la
diversité, la dignité et la liberté doivent, plus que jamais, être
notre étendard commun. Car
ce monde pourrait bien être aussi celui de l’indifférence, du silence,
de l’intolérance et de la violence. Tel
est l’enjeu, aujourd’hui, du dialogue entre les civilisations. Tel
est l’enjeu du pas décisif qu’il nous franchir. Mais
j’en suis convaincu : il peut arriver que, dans un monde de dangers, de
craintes et de drames, l’imagination l’emporte sur le calcul, la
volonté sur l’immobilisme, l’espoir sur la résignation, la solidarité
sur la loi du plus fort, l’esprit de paix sur la volonté de puissance. Il
peut arriver, qu’envers et contre tout, les peuples se mobilisent pour
un grand dessein. Un
concept peut devenir alors le ferment d’une prodigieuse avancée. C’est
à ce moment là que l’histoire bascule et que progresse la
civilisation. Je
vous remercie.
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