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UNESCO - Dialogue among Civilizations

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International Conference on
"Dialogue among Civilizations"

Vilnius, Lithuania
23 - 26 April 2001

CHECK AGAINST DELIVERY

 

Message by H.E. Mr Abdoulaye Wade, the President of the Republic of Senegal
given by H.E. Ms. Penda M’Bow, Minister of Culture for the Republic of Senegal

Monsieur le Président de la République,
Messieurs les Présidents,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,

Le Sénégal se réjouit de participer à cette conférence internationale sur le « Dialogue entre les Civilisations », organisée à l’initiative du gouvernement de la République de Lituanie.  Nous voudrions en tout premier lieu exprimer nos remerciements à Monsieur le Président de la République, pour l’invitation qu’il nous a adressée à cet effet.

Notre pays qui a soutenu fermement l’adoption par l’Assemblée Générale des Nations Unies de la résolution faisant de l’an 2001 « L’Année des Nations Unies pour le dialogue entre les civilisations », mesure l’importance de nos travaux qui inaugurent les actions qui seront menées à cette occasion.

Dans la longue marche de l’humanité, beaucoup de drames ont eu pour origine l’incompréhension mutuelle entre les peuples et la volonté qui en est résultée pour les plus forts, d’entreprendre de subjuguer les plus faibles, au nom d’une prétendue supériorité de leur civilisation.  Les drames vécus par mon Continent au cours des quatre derniers siècles en sont l’illustration la plus éclatante. L’Afrique est sans doute la région du monde qui a souffert le plus, de l’ostracisme à l’égard de ses peuples et de leurs cultures.  Et les conséquences en sont encore visible.

Pour réduire en esclavage, déporter et exploiter la force de travail des éléments les plus jeunes, les plus créatifs, de sa population, dans les plantations des Amériques et des Antilles, pendant trois siècles, il fallait leur dénier la qualité d’homme.  Et c’est ce qui a été fait, sans état d’âme, même en plein siècle dit des « Lumières ».  En affirmant alors que les Noirs n’avaient pas d’âme, pour justifier l’injustifiable, on leur niait aussi, contre toute évidence, d’être des créatures de riches cultures et des civilisations dont témoignages étaient pourtant nombreux.

En entreprenant vers la fin du XIXème siècle de se partager son territoire, de dominer ses peuples et d’exploiter à merci ses ressources, on prétendait apporter aux africains la « civilisation » dont on estimait qu’ils étaient dépourvus, quand bien même de nombreux érudites commençaient déjà à montrer la richesse de leurs créations artistiques et l’universalité de leurs systèmes de valeurs.  Les extractions qui ont marqué la colonisation, la violation des droits de l’homme, les dénis de justice qui en ont résulté, ont été d’autres manifestations de ce que l’ignorance ou le mépris de l’autre pouvaient amener à faire de tragique.  Mais qu’on nous comprenne bien, et je dois le dire tout de suite, loin de nous est l’idée de tout rejeter en bloc et d’ignorer cette autre face des choses, à savoir certains acquis de la colonisation, puisque la langue dans laquelle je m’exprime devant vous, me vient de celle-ci.

Il aura fallu la deuxième guerre mondiale, son cortège de malheurs et ses actes de barbarie, dont les auteurs avaient fait des théories raciste leur credo, pour qu’on  comprenne enfin ce qu’il y a de dangereux pour l’humanité, à ce que soient érigées, sur la base d’idéologies perverses, des barrières de mépris et d’incompréhension, entre les peuples.

Aujourd’hui les peuples dialoguent et se comprennent mieux, et il faut féliciter le système des Nations Unies et en particulier l’organisation des Nations Unies et l’UNESCO d’y avoir contribué de toutes leurs forces.  En reconnaissant la culture de chaque peuple et en proclamant l’égale dignité de toutes les cultures, en dressant une liste du Patrimoine mondiale de l’humanité dans laquelle figurent les monuments et les ensembles qui témoignent des capacités créatrices des peuples de tous les continents,  on a accompli un pas considérable dans la voie d’une vision plus juste des réalités du monde.  En rendant ainsi justice au passé de chacun, on trace les chemins qui mènent au rapprochement mutuel entre tous les peuples.

Mais il reste encore beaucoup à faire pour réconcilier, enfin, l’humanité avec elle-même, pour que chacun sente la communauté de destin qui nous unit désormais tous, pour le meilleur et pour le pier.  Nombreux sont encore les préjugés qu’il faut surmonter, nombreuses les distorsions qui marquent le traitement de l’information, dans la présentation du passé et du présent des peuples anciennement colonisés.

Trop de silence est fait autour de faits majeurs de leur histoire dont la connaissance est essentielle pour comprendre les situations d’aujourd’hui.  Leurs cultures sont souvent ignorées, minimisées, ou sciemment biaisées, alors que d’autres sont glorifiées plus que de raison.  Si on veut créer dans la conscience des jeunes générations le respect pour les cultures des autres, il faut les éduquer et les informer sans chauvinisme excessif.  Il faut qu’ils aient conscience que nous appartenons tous à la même communauté humaine, et que les accomplissements de chaque peuple sont un enrichissement pour les autres.  Certes l’ignorance liée à l’analphabétisme, à la pauvreté, à l’isolement, marginalise trop de peuples les empêchant d’accéder aux savoirs modernes, ce qui les prive des instruments d’une meilleur appréciation de ce qui dépasse le cadre strict de leur propre univers.

C’est à corriger ces insuffisances et ces distorsions, que les conclusions de notre conférence peuvent et doivent contribuer, afin que soient réalisés les objectifs définis  dans la résolution de l’Assemblée Générale des Nations Unies.  La volonté commune peut, en effet, nous permettre de faire du monde un lieu ouvert de dialogue,  d’enrichissement et de compréhension mutuels, de solidarité et d’entraide.  Les conquêtes scientifiques et techniques et les nouvelles technologie de communication nous en fournissent les moyens.

Le Sénégal, pour sa part, y apport déjà sa contribution qu’il compte amplifier sur la base des décisions qui seront adoptées ici.  Il est conscient qu’en dépit des bouleversements qui l’agitent et du dénuement qui frappe nombre de ses populations, l’Afrique peut grâce aux valeurs sociales et humaines qu’elle recèle et au dynamisme de ses créations artistiques, apporter une contribution décisive à une coopération culturelle internationale fructueuse, fondée sur le respect mutuel.

Nous sommes un pays qui porte encore les traces visibles des drames qui ont sillonné l’histoire de l’Afrique. Cette histoire nos peuples ont contribué à la façonner dans ce qu’elle comporte d’accomplissements significatifs. C’est pourquoi nous sommes un pays d’ouverture et de dialogue. Nous avons conclu des accords culturels avec un nombre important de pays. Nos échanges avec eux se multiplient. Nous accueillons des expositions, des conférences, des activités culturelles les plus diverses. Nos intellectuels, nos écrivains sont lus et reconnus dans le monde entier. Nos artistes, peintres, musiciens, chanteurs, cinéastes, sont appréciés dans toutes les grandes capitales du monde. Nous avons fourni au système des Nations Unies quelques uns de ses fonctionnaires les plus appréciés. Nos soldats participent aux missions de paix des Nations Unies, dans toutes les parties du monde.

Nous croyons à la possibilité pour les Hommes, malgré les blessures de l’histoire, d’entretenir entre eux des relations de confiance mutuelle et de justice. Nous savons que c’est à ce prix, que peut être assurée la paix du monde, notre commun espoir. Je vous remercie de votre attention.

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© UNESCO 2000 | www.unesco.org/dialogue2001
| last up-dated: 19/06/01