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Culture and Civilizations
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International
Conference on CHECK AGAINST DELIVERY
Message
by H.E. Mr Abdoulaye Wade, the President of the Republic of Senegal Monsieur
le Président de la République, Le
Sénégal se réjouit de participer à cette conférence internationale
sur le « Dialogue entre les Civilisations », organisée à
l’initiative du gouvernement de la République de Lituanie.
Nous voudrions en tout premier lieu exprimer nos remerciements à
Monsieur le Président de la République, pour l’invitation qu’il nous
a adressée à cet effet. Notre
pays qui a soutenu fermement l’adoption par l’Assemblée Générale
des Nations Unies de la résolution faisant de l’an 2001 « L’Année
des Nations Unies pour le dialogue entre les civilisations », mesure
l’importance de nos travaux qui inaugurent les actions qui seront menées
à cette occasion. Dans
la longue marche de l’humanité, beaucoup de drames ont eu pour origine
l’incompréhension mutuelle entre les peuples et la volonté qui en est
résultée pour les plus forts, d’entreprendre de subjuguer les plus
faibles, au nom d’une prétendue supériorité de leur civilisation.
Les drames vécus par mon Continent au cours des quatre derniers siècles
en sont l’illustration la plus éclatante. L’Afrique est sans doute la
région du monde qui a souffert le plus, de l’ostracisme à l’égard
de ses peuples et de leurs cultures.
Et les conséquences en sont encore visible. Pour
réduire en esclavage, déporter et exploiter la force de travail des éléments
les plus jeunes, les plus créatifs, de sa population, dans les
plantations des Amériques et des Antilles, pendant trois siècles, il
fallait leur dénier la qualité d’homme.
Et c’est ce qui a été fait, sans état d’âme, même en plein
siècle dit des « Lumières ».
En affirmant alors que les Noirs n’avaient pas d’âme, pour
justifier l’injustifiable, on leur niait aussi, contre toute évidence,
d’être des créatures de riches cultures et des civilisations dont témoignages
étaient pourtant nombreux. En
entreprenant vers la fin du XIXème siècle de se partager son territoire,
de dominer ses peuples et d’exploiter à merci ses ressources, on prétendait
apporter aux africains la « civilisation » dont on estimait
qu’ils étaient dépourvus, quand bien même de nombreux érudites
commençaient déjà à montrer la richesse de leurs créations
artistiques et l’universalité de leurs systèmes de valeurs.
Les extractions qui ont marqué la colonisation, la violation des
droits de l’homme, les dénis de justice qui en ont résulté, ont été
d’autres manifestations de ce que l’ignorance ou le mépris de
l’autre pouvaient amener à faire de tragique.
Mais qu’on nous comprenne bien, et je dois le dire tout de suite,
loin de nous est l’idée de tout rejeter en bloc et d’ignorer cette
autre face des choses, à savoir certains acquis de la colonisation,
puisque la langue dans laquelle je m’exprime devant vous, me vient de
celle-ci. Il
aura fallu la deuxième guerre mondiale, son cortège de malheurs et ses
actes de barbarie, dont les auteurs avaient fait des théories raciste
leur credo, pour qu’on comprenne
enfin ce qu’il y a de dangereux pour l’humanité, à ce que soient érigées,
sur la base d’idéologies perverses, des barrières de mépris et
d’incompréhension, entre les peuples. Aujourd’hui
les peuples dialoguent et se comprennent mieux, et il faut féliciter le
système des Nations Unies et en particulier l’organisation des Nations
Unies et l’UNESCO d’y avoir contribué de toutes leurs forces.
En reconnaissant la culture de chaque peuple et en proclamant l’égale
dignité de toutes les cultures, en dressant une liste du Patrimoine
mondiale de l’humanité dans laquelle figurent les monuments et les
ensembles qui témoignent des capacités créatrices des peuples de tous
les continents, on a accompli
un pas considérable dans la voie d’une vision plus juste des réalités
du monde. En rendant ainsi justice au passé de chacun, on trace les
chemins qui mènent au rapprochement mutuel entre tous les peuples. Mais
il reste encore beaucoup à faire pour réconcilier, enfin, l’humanité
avec elle-même, pour que chacun sente la communauté de destin qui nous
unit désormais tous, pour le meilleur et pour le pier. Nombreux sont encore les préjugés qu’il faut surmonter,
nombreuses les distorsions qui marquent le traitement de l’information,
dans la présentation du passé et du présent des peuples anciennement
colonisés. Trop
de silence est fait autour de faits majeurs de leur histoire dont la
connaissance est essentielle pour comprendre les situations
d’aujourd’hui. Leurs
cultures sont souvent ignorées, minimisées, ou sciemment biaisées,
alors que d’autres sont glorifiées plus que de raison.
Si on veut créer dans la conscience des jeunes générations le
respect pour les cultures des autres, il faut les éduquer et les informer
sans chauvinisme excessif. Il faut qu’ils aient conscience que nous appartenons tous
à la même communauté humaine, et que les accomplissements de chaque
peuple sont un enrichissement pour les autres.
Certes l’ignorance liée à l’analphabétisme, à la pauvreté,
à l’isolement, marginalise trop de peuples les empêchant d’accéder
aux savoirs modernes, ce qui les prive des instruments d’une meilleur
appréciation de ce qui dépasse le cadre strict de leur propre univers. C’est
à corriger ces insuffisances et ces distorsions, que les conclusions de
notre conférence peuvent et doivent contribuer, afin que soient réalisés
les objectifs définis dans
la résolution de l’Assemblée Générale des Nations Unies.
La volonté commune peut, en effet, nous permettre de faire du
monde un lieu ouvert de dialogue, d’enrichissement
et de compréhension mutuels, de solidarité et d’entraide.
Les conquêtes scientifiques et techniques et les nouvelles
technologie de communication nous en fournissent les moyens. Le
Sénégal, pour sa part, y apport déjà sa contribution qu’il compte
amplifier sur la base des décisions qui seront adoptées ici.
Il est conscient qu’en dépit des bouleversements qui l’agitent
et du dénuement qui frappe nombre de ses populations, l’Afrique peut grâce
aux valeurs sociales et humaines qu’elle recèle et au dynamisme de ses
créations artistiques, apporter une contribution décisive à une coopération
culturelle internationale fructueuse, fondée sur le respect mutuel. Nous
sommes un pays qui porte encore les traces visibles des drames qui ont
sillonné l’histoire de l’Afrique. Cette histoire nos peuples ont
contribué à la façonner dans ce qu’elle comporte d’accomplissements
significatifs. C’est pourquoi nous sommes un pays d’ouverture et de
dialogue. Nous avons conclu des accords culturels avec un nombre important
de pays. Nos échanges avec eux se multiplient. Nous accueillons des
expositions, des conférences, des activités culturelles les plus
diverses. Nos intellectuels, nos écrivains sont lus et reconnus dans le
monde entier. Nos artistes, peintres, musiciens, chanteurs, cinéastes,
sont appréciés dans toutes les grandes capitales du monde. Nous avons
fourni au système des Nations Unies quelques uns de ses fonctionnaires
les plus appréciés. Nos soldats participent aux missions de paix des
Nations Unies, dans toutes les parties du monde. Nous croyons à la possibilité pour les Hommes, malgré les blessures de l’histoire, d’entretenir entre eux des relations de confiance mutuelle et de justice. Nous savons que c’est à ce prix, que peut être assurée la paix du monde, notre commun espoir. Je vous remercie de votre attention. |
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